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Elle deviendra grande comme maman

Qui l’eût cru? Les filles font davantage d’études que les garçons, mais cela ne signifie
pas pour autant qu’elles seront appelées à occuper des postes à responsabilités.
Leur éducation leur transmet souvent une image très sexuée de leur futur rôle dans la société.

Une petite fille qui joue aux voitures, un petit garçon qui s’amuse à faire la cuisine et à passer l’aspirateur. En voilà une belle image de l’égalité chez les petits. Cette apparente uniformité est toutefois trompeuse et cache une réalité plus nuancée.

Si filles et garçons jouent indifféremment à des jeux autrefois réservés à l’un ou à l’autre sexe et ne sont plus séparés en classe, la parité est loin d’être atteinte lorsqu’on parle scolarité, études et par conséquent carrière professionnelle, fait remarquer Farinaz Fassa, professeure de sociologie de l’éducation et co-directrice de l’Observatoire de l’éducation et de la formation (Obsef) à l’Université de Lausanne.

Comme d’habitude, quand on parle d’égalité, les choses ne sont pas simples.

Dans le domaine de l’éducation, tout a par exemple changé par rapport à il y a cinquante ans: aujourd’hui les filles font davantage d’études supérieures que les garçons, mais tout comme il y a cinquante ans, les femmes atteignent rarement des postes à décisions. C’est pour cela qu’on ne peut pas distinguer la femme qu’elles deviendront de la fille qu’elles sont, puisque, l’un dans l’autre, on se rend compte que les inégalités demeurent de façon très nette.»

Des différences dès la naissance

Ce traitement différencié commence dès le berceau, rappelle la sociologue Marianne Modak, professeure à la Haute Ecole de travail social et de la santé de Lausanne.

Diverses études ont montré que l’on s’adresse plus doucement à un nourrisson de sexe féminin que masculin.»

Plus tard, c’est à la maison et à l’école que l’on agit, la plupart du temps sans s’en rendre compte, différemment à l’égard des petites filles et des petits garçons, note pour sa part Farinaz Fassa: «En classe comme à la maison, on a tendance à tolérer plus facilement qu’un garçon soit rétif et désobéissant. Souvent, on le laisse couper la parole ou interrompre son interlocuteur plusieurs fois avant d’agir, alors qu’à l’inverse on attend d’une fille qu’elle soit sage et obéissante.

Même si ce n’est pas intentionnel, on finit par faire une place beaucoup plus grande aux garçons qu’aux filles.

Cela se vérifie aussi dans la cour de récréation où les garçons occupent beaucoup plus d’espace.»

Les filles ne seraient donc pas les bienvenues? Il ne s’agit pas de cela, affirme Marianne Modak, ces dernières n’étant pas moins désirées que les garçons et recevant formellement la même éducation. Le problème se cache ailleurs, dans cette fameuse égalité homme-femme qui n’est que de façade, déplore-t-elle, et que les parents s’attachent à renvoyer sans se douter des conséquences sur leurs enfants.

«Une petite fille ou un petit garçon qui voit sa mère réaliser 80% des tâches domestiques et considérer que son activité professionnelle passe après le bien-être de la famille, tandis que son père met son travail au premier plan, ne pourra que penser que les rôles sont ainsi distribués dans la vie.

Au final, on ne leur présente pas un monde juste.»

Lessive, vaisselle et aspirateur pour tout le monde

Maman d’Antoine, 14 ans et demi, et d’Emilie, 13 ans, Karine a mis un point d’honneur à traiter ses deux enfants à égalité, au risque d’en demander parfois trop à son fils. «Je me suis rendu compte que

j’étais tellement obsédée par cette question et que j’avais tendance à toujours m’adresser à Antoine quand il s’agissait de m’aider dans les tâches ménagères.»

Chez cette enseignante lausannoise, pas question de servir sans se faire aider: les enfants vident le lave-vaisselle, passent l’aspirateur et étendent le linge, une question de principe: «Je leur ai toujours dit que les choses n’arrivaient pas sur un plateau et qu’ils devaient participer au ménage, tout comme ils voient aussi leur papa faire les courses et la lessive lorsqu’ils vont chez lui.

J’ai également essayé de faire attention à ce qu’ils ne me voient pas toujours en train d’effectuer des tâches domestiques, mais aussi dans un fauteuil en train de bouquiner, car

je ne veux pas qu’ils retiennent l’image d’une mère qui s’oublie pour sa famille et qui ne s’accorde pas de temps.»

Alors, l’égalité entre garçons et filles, c’est pour demain? Il y a peu de chances, estime Marianne Modak. Car même lorsque les femmes mènent de front leur carrière professionnelle et leur rôle de mère, c’est très souvent parce qu’elles ont délégué la garde des enfants à une nounou ou à une crèche où les éducatrices sont majoritaires, ou à une grand-maman et parce qu’elles reçoivent l’aide d’une femme de ménage. Bref, tout un petit monde féminin appelé à soutenir et porter la femme égale à l’homme.

Texte: © Migros Magazine | Viviane Menétrey

 

Publié dans l'édition MM 10
6 mars 2017

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En chiffres

Les filles et les études

4,1%
des filles et 16% des garçons ont obtenu une maturité option «physique et application des mathématiques» en 2013. Alors qu’en 1981, 14,8% des gymnasiennes et 37,7% des gymnasiens avaient un profil en «sciences» (maturité C). Dans le cursus débouchant sur une maturité gymnasiale (filière généraliste), les choix d’options spécifiques sont très sexués, relève Farinaz Fassa.

3
points de plus que les garçons en maths. Telles sont les performances des filles en Finlande lors de l’étude Pisa de 2014. L’argument essentialiste de l’amour masculin pour les mathématiques est battu en brèche, note la co-directrice de l’Obsef. Bien que les garçons affichent en général de meilleurs résultats, cela prouve que les différences entre filles et garçons varient selon les pays.

56,2%
des élèves en maturité gymnasiale en filière généraliste étaient des filles en 2013-2014, contre 74% en Ecole de culture générale.

50,2%
des étudiants dans les hautes écoles universitaires étaient des filles en 2013-2014.

Sources: Office fédéral de la statistique (OFS) et «Filles et garçons face à la formation. Les défis de l’égalité», Farinaz Fassa, Lausanne, PPUR 2016, disponible chez Ex Libris.

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