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Petites et grosses frayeurs

Emotion essentielle à la survie, la peur, raisonnée ou non, s’invite souvent dans le quotidien des enfants. Comment les aider à l’apprivoiser?

Blotti sous sa couverture, Junior, 5 ans, refuse de s’endormir. Il en est persuadé, un monstre a élu domicile dans son armoire, prêt à le croquer une fois qu’il aura les yeux fermés! Papa et Maman ont bien essayé de le rassurer, rien n’y fait: il a peur… Lorsqu’on est haut comme trois pommes (et même quatre ou cinq, voire plus), les occasions ne manquent pas de trembler. Entre les chiens, l’obscurité, les inconnus, les araignées, le tonnerre, le dentiste, les caïds à l’école et les terroristes, les menaces – irrationnelles ou non – sont variées… et évoluent avec le temps.

«Au fur et à mesure de leur développement, les enfants changent de priorités», explique Mona Spiridon, neuroscientifique à l’Université de Genève et commissaire de l’exposition Pas de panique! au Musée de la Main à Lausanne (lire encadré) .

Ainsi, pour un bébé, il est primordial d’être auprès de ses parents. Ce qui explique chez lui l’angoisse de la séparation, de l’abandon, ainsi que la peur des étrangers.»

Plus tard, l’entrée à l’école amènera à son tour son lot de craintes, liées aux camarades, mais aussi aux résultats. Doit-on en conclure qu’à chaque âge correspondent une ou plusieurs peurs bien spécifiques, que les enfants doivent nécessairement éprouver? Pédagogue à l’Association pour l’éducation familiale de Fribourg, Cristina Tattarletti se refuse à généraliser. «Il n’y a aucun passage obligé. Tous les bébés n’ont pas peur des bruits forts, par exemple. Tout dépend du contexte dans lequel il est élevé – à la campagne, il sera habitué aux cloches des vaches alors qu’un petit de la ville risque de trouver ça effrayant la première fois qu’il y sera confronté –, de son seuil de tolérance, mais aussi de la manière dont les parents gèrent la situation. Si un enfant n’a jamais été séparé de sa maman avant son entrée à l’école, c’est évident qu’il redoutera l’éloignement.»

Et la pédagogue de préciser également que certains bambins héritent des peurs ressenties par leurs géniteurs: ainsi, une mère vivant mal le fait de confier son bout de chou à un tiers – qui sait ce qui pourrait lui arriver? – lui transmettra peut-être son appréhension. Tout comme une réaction inadéquate de la part de l’adulte face aux craintes de son rejeton renforcera probablement ces dernières.

Prenez un enfant qui rechigne à se rendre à la place de jeux à cause de camarades un peu brusques avec lui.

Si les parents, en désirant ôter la source d’angoisse, décident de ne plus l’y amener, il aura la confirmation que l’endroit est bel et bien dangereux et son inquiétude augmentera.»

Apprivoiser ses angoisses

Comment se comporter dès lors que son petit exprime l’une ou l’autre frayeur? «En premier lieu, il faut se rappeler qu’il s’agit là d’une émotion normale, et même essentielle, souligne Mona Spiridon. Sans elle, nous ne pourrions pas répondre de manière efficace aux dangers. Gardant cela en tête, il existe deux manières de réagir: on peut soit travailler sur le plan cognitif, c’est-à-dire en essayant de raisonner l’enfant, de relativiser ses craintes, soit sur le corps, en l’aidant à se dé-tendre. En éliminant les symptômes de la peur, on fait ainsi croire au cerveau que la menace a disparu.»

Pour Cristina Tattarletti, un mot d’ordre: dédramatiser. «Lorsqu’un enfant redoute les orages, on peut lui dire que deux nuages sont en train de se disputer. En utilisant une image qui lui parle, on l’aide à apprivoiser ses angoisses. Ce sont de belles situations d’apprentissage.» Attention toutefois à ne pas trop entrer dans son jeu, en passant par exemple sa chambre au crible chaque soir pour s’assurer qu’il n’y a pas de monstres.

Ce genre d’attitude nourrit la peur. Et même s’il est important de laisser sa place à l’imagination, il y a un temps pour tout. Jouer à chasser des créatures fictives durant la journée, c’est une chose: cela stimule la créativité des petits et reste dans le domaine de l’amusement. En revanche, le moment de se coucher entre dans une autre catégorie, celle de la réalité. Il faut que l’enfant comprenne bien cela.»

Et que répondre lorsqu’un bambin exprime son inquiétude face à l’actualité? Craint qu’un attentat ait lieu dans son quartier? «Tout dépend de son âge. S’il a 5 ou 6 ans, on peut lui dire que c’est aux adultes de résoudre ce problème et qu’ils vont tout faire pour le protéger. A partir de 8 ans, il est préférable d’en discuter avec lui, de cibler davantage ses angoisses, de chercher ensemble des informations pour qu’il comprenne mieux la situation.» Bref, quelle que soit la peur, irrationnelle ou non, la meilleure façon de la contrer, c’est encore d’en parler.

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

 

Publié dans l'édition MM 48
28 novembre 2016

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A voir

Pas de panique!

Décortiquer les mécanismes de la peur, voilà ce que propose l’exposition actuellement à l’affiche au Musée de la Main à Lausanne. Ludique, elle est accessible aux enfants dès 5-6 ans (accompagnés) et permet par une ingénieuse scénographie de mieux comprendre ce qui se passe dans notre cerveau lorsque nous avons les chocottes, de découvrir les stratégies développées par les animaux face à cette émotion et de faire la distinction entre la peur, les phobies, l’angoisse et la panique. Des ateliers sont également proposés aux plus jeunes. A découvrir jusqu’au 23 avril 2017.

Infos: www.museedelamain.ch


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