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Pour une vie familiale plus sereine

Faire face aux crises de ses rejetons tout en créant un climat favorable à leur développement, sans pour autant faire l’impasse sur l’autorité? C’est possible, grâce à la parentalité positive.

Scène de la vie courante: ce matin – comme la plupart des matins, d’ailleurs –, Junior, 5 ans, refuse catégoriquement de s’habiller. Assis sur le sol de sa chambre, il semble sourd aux injonctions de sa maman qui, voyant l’heure tourner, commence à perdre patience. A coup sûr, elle arrivera encore en retard au boulot et subira l’ire de son patron. Exaspérée, elle est à deux doigts d’exploser et d’embarquer son fiston sous le bras, même en pyjama!

Difficile parfois de garder son sang-froid face aux caprices, crises et lubies de ses rejetons… Pour venir en aide aux adultes désemparés devant des situations conflictuelles, de plus en plus d’experts prônent la parentalité positive. S’agit-il simplement de chausser ses lunettes roses et de se persuader que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes? De s’abandonner définitivement à la dictature de l’enfant tyrannique en accédant à ses moindres demandes? Point du tout!

«Nous devons sans cesse nous battre contre ces préjugés,

reconnaît Charlotte Uvira. Voilà trois ans que cette coach active dans le domaine de l’éducation a développé l’atelier «Techniques de parentalité positive», ou Tepapo, d’abord à Fribourg, puis dans toute la Suisse romande. «C’est en cherchant des solutions pour gérer mes propres difficultés de maman que je me suis intéressée à cette approche. Et c’est à la suite de nombreuses formations que j’ai monté ce programme.»

Alors, la parentalité positive, qu’est-ce que c’est? «Plutôt que d’une méthode d’éducation, je parlerais d’une posture adoptée par les parents et visant à apporter un certain bien-être au sein de toute la famille. Un aspect important étant de mieux comprendre ce qui se passe dans le cerveau de son enfant.» Même son de cloche chez la psychologue France Frascarolo-Moutinot, co-directrice du Centre d’étude sur la famille au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et fervente adepte de l’approche Triple P, pour «pratiques parentales positives»: «Développé en Australie, à l’Université du Queensland, ce programme se base sur le respect mutuel entre enfants et parents, et contribue à créer un climat qui favorise le développement des premiers sans pour autant retirer leur autorité aux seconds.»

Un point de vue qui change tout

Comment cela fonctionne-t-il concrètement? «Il s’agit de mettre l’accent sur le positif et ne pas se contenter de réagir aux crises, répond France Frascarolo-Moutinot. Il faut complimenter l’enfant lorsqu’il se comporte bien et ne pas uniquement lui accorder de l’attention quand il fait des bêtises.» Et Charlotte Uvira de renchérir:

Il est important de passer des moments agréables avec son petit, en plus du temps consacré à la logistique et aux devoirs.»

Toutes deux se rejoignent également sur un point: l’anticipation. «Pour éviter par exemple une crise dans un magasin, on peut réfléchir auparavant si le moment choisi est vraiment idéal pour l’enfant, souligne la psychologue lausannoise. S’il est fatigué, il sera plus prompt à perdre patience, de même si la durée des courses est trop longue. On peut aussi lui donner une règle à suivre, comme de rester à côté du chariot, et trouver un moyen de l’impliquer davantage dans le processus, lui demander son avis sur certains achats.»

Pour Charlotte Uvira, l’adulte doit bien comprendre qu’il est responsable de la gestion du temps. «Si on a l’impression de devoir courir les matins parce que les petits ne se préparent pas assez rapidement, ce n’est pas forcément de leur faute. Il faut peut-être faire l’effort de se réveiller un quart d’heure plus tôt. Il est donc possible de mettre en place des solutions en amont.»

Et si une crise éclate malgré tout et que le bambin s’obstine à garder son pyjama? «On peut lui assurer qu’on entend bien son refus de s’habiller, mais que l’on n’est pas d’accord avec lui.

Il doit bien comprendre que ce refus et ce désaccord ne font pas de lui une mauvaise personne.

Il a le droit d’être en colère. Il faut savoir que le lobe préfrontal, la partie du cerveau responsable de la régulation des émotions, ne commence son développement que vers l’âge de 6 ans, pour ne s’achever qu’à 25 ans: bien souvent, l’enfant comprend que son comportement n’est pas adapté, mais ne dispose pas d’outils pour se contrôler.» Ainsi, plutôt que de s’énerver soi-même, mieux vaut proposer au petit de choisir ses vêtements ou lui dire que si c’est comme ça, il ira à l’école en pyjama. «Cela devrait le faire changer d’avis. Le plus important, c’est de rester dans le dialogue.»

Rester dans une démarche commune

Charlotte Uvira reconnaît qu’il n’y a pas de remède miracle. «Si rien de cela ne fonctionne et qu’on est vraiment pris par le temps, on devra peut-être se résoudre à l’habiller de force. On peut lui expliquer qu’on n’a pas envie de le faire, mais qu’on ne voit pas d’autre solution pour le moment et qu’on en reparlera plus tard. Ce débriefing est primordial pour réfléchir ensemble à la façon d’aborder la situation une prochaine fois.»

La parentalité positive: une panacée? «Tout le monde y gagne, affirme France Frascarolo-Moutinot.

En gérant mieux les situations conflictuelles, les adultes acquièrent plus de confiance en eux.»

A en devenir des parents parfaits? «Bien sûr que non, admet volontiers Charlotte Uvira. En dépit de toutes les théories, il peut nous arriver à tous de perdre notre sang-froid. Mais en s’engageant sur cette voie, nous essayons de renoncer à toute forme de maltraitance envers nos enfants, qu’il s’agisse de propos humiliants, de chantage, de violence verbale ou physique. Nous pouvons toujours nous tromper, nous excuser et apprendre de nos erreurs…»

France Frascarolo-Moutinot donnera une conférence sur le thème de l’amour et de l’autorité le 15 mai 2017 à 20h au collège de Marcolet à Crissier (VD )

Textes: © Migros Magazine - Tania Araman

 

Publié dans l'édition MM 11
13 mars 2017

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Une solution pour chaque situation

Spécialiste française de la parentalité positive, la psychologue et psychothérapeute Isabelle Filliozat a publié deux ouvrages pour aider les parents à gérer au mieux les situations potentiellement conflictuelles avec leurs enfants. Quelques exemples.

Votre petit de 2 ans et demi ne vient pas quand vous l’appelez à table. Au lieu de vous énerver, joignez le geste à la parole en lui touchant par exemple l’épaule. Les ordres verbaux ne sont pas évidents à cet âge. Il faut d’abord l’entendre, puis le mémoriser jusqu’à la réalisation. Les garçons réagissent davantage au contact physique. Chez les filles, la zone de traitement du langage tisse des liens plus rapidement avec les zones motrices.

Votre fille de 8 ans a cassé votre vase préféré. Au lieu de la traiter de maladroite, privilégiez l’expression de vos propres sentiments et appelez-en à l’empathie dont sont capables les enfants: «J’aimais tellement ce vase! Fais-moi un câlin pour me consoler. Nous allons réparer ensemble les dégâts.»

Votre fils de 11 ans a encore laissé traîner son sac dans le salon. Plutôt que de l’enjoindre à le récupérer, signalez sans colère la présence du sac en donnant une chance à l’enfant de régler lui-même le problème.

A lire: Isabelle Filliozat, «J’ai tout essayé» et «Il me cherche» , Ed. JC Lattès, disponibles chez Ex Libris.


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