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Bienne, ville photogénique

En marge des Journées photographiques, la ville dévoile tous les recoins et trésors qui font d’elle l’une des scènes culturelles particulièrement dynamiques de Suisse.

Bienne n’est pas celle que l’on croit. Ville souvent mal-aimée, elle fait l’objet de rumeurs qui la disent souvent terne et peu attrayante sur le plan touristique. A tort. A la lumière des Journées photographiques qui se déroulent du 5 au 28 mai, voilà qu’elle révèle tous ses secrets. Connue surtout pour son statut de métropole horlogère, Bienne est aussi et surtout l’un des fiefs de la scène culturelle et artistique helvétique. Il suffit de se balader à travers les huit lieux d’exposition de l’événement pour en prendre toute la mesure. Tous ces espaces forment un parcours au cœur de la ville qui nous embarque d’un musée à l’autre. Entre deux, la traversée est aussi saisissante qu’étonnante. Ateliers d’artistes, espace consacré à l’écriture, galeries d’art participatives, coins insolites où se mêlent trésors d’architecture et jeunes talents… Bienne est surprenante et sa terne réputation nous fait croire à une supercherie. Et ce n’est pas Hélène Joye-Cagnard, directrice des Journées photographiques, qui nous contredira. Cette passionnée d’art contemporain connaît cette ville dans laquelle elle réside depuis vingt ans comme sa poche. C’est à travers ses yeux que nous partons à sa découverte.

Hélène Joye-Cagnard dans l’espace du premier étage du Musée Schwab.

Au cœur des Journées photographiques

Le rendez-vous est donné au Centre Pasquart. Le charme opère. Au milieu d’un décor verdoyant se dresse l’entrée principale du lieu. Une immense façade de béton, génie d’architecture contemporaine, qui flanque le bâtiment plus ancien de cet ensemble destiné à l’art. C’est à l’intérieur de cet endroit, lieu d’exposition principal des Journées photographiques, que nous attend Hélène Joye-Cagnard. Elle nous embarque au premier étage, au Photoforum Pasquart, pour nous faire découvrir les photos de cette 21e édition.

La thématique de cette année, c’est la notion d’extrême,

explique la directrice. De nombreux photographes rendent compte de cette idée dans une société où l’on subit des flots d’images importants, où la technologie est omniprésente et où la société globalisée mène à tous les excès.» Sur les murs, les travaux de photographes comme Jean Revillard ou encore Julian Charrière se succèdent. La plongée photographique est curieuse et fascinante. Mais voilà que nous rejoignons déjà le bâtiment annexe, à l’arrière du Centre Pasquart.

«Ce lieu accueille l’association Visarte qui a voulu en faire un espace de rencontre et d’échange autour de l’art. Jusqu’au 28 mai, il est transformé en université modeste.» L’espace est singulier, brut, vétuste. Des feuilles accrochées aux murs sont alignées les unes à côté des autres. Sur l’une, on peut lire l’un des thèmes des ateliers: «Karaoké philo». Tout est dit. Ici on mélange le populaire et l’élitiste. Dans une petite pièce attenante, se trouve un hammam plus étonnant encore, puisqu’il s’agit d’une serre en verre recouverte de vêtement pour la protéger des regards. Là, l’artiste y accueillera dans la confidence, des personnalités du monde culturel, pour un rendez-vous disons décontracté.

Après cette halte insolite, nous emboîtons le pas à la directrice pour nous diriger vers le Musée Schwab, situé à environ 300 mètres du Centre Pasquart.

C’est le 3e musée de Suisse, s’enthousiasme Hélène Joye-Cagnard. Il date de 1871 et son architecture est de style néoclassique. Au départ il s’agissait d’un musée d’archéologie.»

Aujourd’hui il fait partie du Nouveau Musée Bienne (NMB). A l’entrée, une superbe fresque murale, où est représenté Friedrich Schwab, le collectionneur d’archéologie éponyme du lieu, nous cerne. Puis nous rentrons dans le vif du musée qui accueille une partie de l’exposition des Journées photographiques. Ici, des images gigantesques d’insectes minuscules pour illustrer, là encore, la notion d’extrême. Plus loin, une installation d’appareils de pose de Trmasan Bruialesi, que nous présente le photographe Rudolf Steiner, qui a participé au projet. Ces fameux appareils de pose visent à contraindre le photographe dans une position donnée tout en la mémorisant. «Il y a un double sens à cette installation, explique Rudolf Steiner. On peut aussi y voir l’évocation de la posture du photographe face au monde.» Notre tour reprend. Cette fois en plein air.

Les charmantes petites boutiques des rues basses en vieille ville comme ce magasin de bijoux de créateurs.

Plateforme artistique

Face au Musée Schwab, nous découvrons le bâtiment Neuhaus, le second lieu du NMB. «Il s’agit d’une ancienne fabrique d’indienne, ce tissu imprimé, développe la directrice. Elle jouissait d’une situation idéale, juste en face de la Suze, la rivière dans laquelle on venait rincer les étoffes.» Depuis, l’endroit s’est transformé en musée. Lorsqu’on y entre, on débouche sur un superbe jardin où l’on siroterait bien l’un des délicieux sirops artisanaux que propose le café du musée. Mais pas le temps de faire une halte. Hélène Joye- Cagnard a plus d’un tour dans sa tête. Parmi eux, l’institut littéraire, situé à environ 200 mètres de là. La bâtisse, qui date de 1900, est entourée d’un grand jardin, un peu à l’écart du tumulte de la ville. Dès que l’on pénètre dans le lieu, le parquet craque sous nos pas. Tout n’est que boiseries et élégantes marqueteries. On croirait débarquer dans une autre époque ou dans un film d’Harry Potter. L’entrée est exiguë et le regard est tout de suite attiré vers le haut où l’on découvre un escalier en colimaçon de trois étages qui laisse, en son centre, passer un puits de lumière. Vertigineux… Comme le rythme de notre visite qui se poursuit.

Nous prenons la direction de la vieille ville en passant par des chemins où se succèdent de vieilles maisons, des portes d’entrée sculptées et des façades recouvertes de glycines. Alors que nous franchissons la porte de la vieille ville, nous nous faufilons jusqu’«Au joli mois de mai».

Chaque soir, il y a ici un vernissage d’art, explique Hélène Joye-Cagnard. A l’intérieur, il y a aussi un bar et un restaurant. C’est un moyen de favoriser les rencontres et les échanges entre les visiteurs.»

La galerie se trouve dans un vieux bâtiment de style gothique, qu’on appelle l’Ancienne Couronne. Il appartient maintenant à la ville de Bienne qui l’a entièrement dédié à la culture. On y trouve divers espaces d’exposition et certains sont restés bruts, avec leurs murs délavés par le temps et leurs parquets usés par les pas. D’autres, comme le grenier, ont gardé intact tout leur charme. C’est là, sous une superbe charpente en bois, que les Journées photographiques exposent d’autres œuvres. Elles sont toutes signées de l’artiste ukrainienne Ola Lanko et elles font la part belle au temps, ses fractures et ses linéarités. D’ailleurs trois heures sont déjà passées depuis le début de notre visite. C’est le moment de prendre le chemin de notre dernière étape.

Le périple en vieille ville continue côté rues basses. Nous passons devant le restaurant Saint-Gervais. «C’est ici que se retrouve la scène artistique biennoise», confie Hélène Joye-Cagnard. Plus loin, des magasins de petits créateurs, des stylistes indépendants, des ateliers de photographes ou encore de vieilles librairies… Puis nous débouchons sur la rue de Nidau, la zone plus commerçante et moderne où s’entassent les enseignes plus connues, moins charmantes. Une ligne droite, la dernière, qui nous fait arriver presque pile en face du dernier lieu convoité: la maison Farel.

Elle a été rachetée par des architectes, développe notre guide. Ils ont consacré toute la zone du rez à des activités culturelles. On y trouve un café mais aussi un espace de spectacle et d’exposition pour les photos de notre événement.»

A peine franchi le seuil d’entrée du café que nous voilà frappés par la beauté de la décoration au style scandinave. Ici de superbes lampes en verre, là des tables en noyer, des pieds en compas, des sièges de design… Le lieu est parfait pour savourer un jus de fruits maison et admirer les dernières images accrochées dans la cour intérieure. A notre tour, enfin, de prendre la pause.

Texte © Migros Magazine – Nadia Barth

 

Publié dans l'édition MM 20
15 mai 2017

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Pratique

Carnet de route

Y aller: en allemand, Bienne s’appelle Biel. Située à la jonction de la Suisse romande et de la Suisse alémanique, la ville est facile d’accès, que ce soit en train ou en voiture: elle se trouve à seulement une demi-­heure de Neuchâtel et à peine plus de Berne.

Durée: il faut compter entre trois et quatre heures de balade. La plupart des lieux à découvrir se trouvent dans le quartier Pasquart et en vieille ville.

Niveau de difficulté: facile. Il s’agit d’un tour urbain avec quelques zones en montée comme en vieille ville.

Equipement: prévoir de bonnes chaussures confortables.

A noter: plus d’informations sur les Journées photographiques de Bienne: www.bielerfototage.ch


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