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Dans les pas du touche-à-tout Auguste Quiquerez

En boucle autour de Delémont, le sentier Auguste Quiquerez, passant par l’impressionnante cluse du Vorbourg, offre un copieux mélange de géologie, d’histoire et de sciences naturelles. Et rend hommage à une gloire locale du XIXe siècle.

Un individu à la figure pâle, le sac au dos, la boussole pendue au cou, le marteau à la main, qui tire de son sac une blouse sans couleur imitable, une calotte et divers instruments. C’est ainsi que se décrivait lui-même Auguste Quiquerez.

Quiquerez? Un personnage, comme on dit, né à Porrentruy en 1801 et qui vécut, dès l’âge de 12 ans, à Bellerive, entre Delémont et Soyhières. Touche-à-tout, il a sillonné, à pied «en pèlerine épaisse, lourds souliers et bandes molletières», durant toute sa vie les routes et sentiers du Jura.

L’homme se piquait d’histoire et de géologie. Il a même été nommé ingénieur cantonal pour les mines du Jura en 1848, prédisant que le minerai n’était pas inépuisable, ce qui lui valut l’inimitié des propriétaires de mines et de la presse qui le traita «de taupe rousse dont il est urgent de se débarrasser».

Il s’intéressa aussi à l’écriture, de travaux scientifiques comme de romans de chevalerie, et à la photographie. Se passionna pour les sciences naturelles – il était membre ou correspondant d’une vingtaine de sociétés scientifiques, suisses ou étrangères.

Soldat, naturaliste, mais marcheur avant tout

Il fut également militaire: on lui doit la prise du pont de Courrendlin en 1831, à la tête de volontaires contre les troupes du bailli bernois de Moutier. A quoi il faut ajouter de nombreux travaux d’archéologie et une carrière politique: il a été député libéral au Grand Conseil bernois, puis préfet du district de Delémont, mais ses tendances écologistes – il défendait les milieux naturels – lui ont valu une non-réélection.

Avant tout, Auguste Quiquerez était un grand marcheur, avalant facilement une vingtaine de kilomètres par jour. Un sentier en boucle autour de Delémont, qui porte son nom, permet de suivre aujourd’hui ses pas.

Couteaux, poteaux, oiseaux

De l’avenue de la Gare, et après avoir dépassé une célèbre fabrique de couteaux suisses, on gagne rapidement les bords de la Birse, pour un début de balade qui alterne l’urbain – nombreux poteaux électriques, fond sonore de la route toute proche – et le bucolique, avec la réserve ornithologique du Colliard. Puis les rochers abrupts du Courroux et ceux du Vorbourg, au sommet desquels on aperçoit déjà l’imposant nid d’aigle de la forteresse, à l’endroit où la Birse, augmentée de la Sorne et de la Scheulte, quitte la vallée de Delémont.

Quiquerez, déjà, déplorait la disparition progressive de la faune aquatique qu’il avait connue dans sa jeunesse:

Le saumon remontait fort loin dans la Birse.

«Il y avait alors plusieurs variétés de truites, des barbeaux, des brochets et quelques anguilles, des ombres à foison, plusieurs poissons blancs, du menu fretin et une multitude d’écrevisses.»

Cinquante ans plus tard, on ne trouve plus que «quelques truites, très peu d’ombres, quelques meuniers, et quant aux espèces précédentes, elles ont cessé d’exister».

En revanche, la cluse abrite une jolie ribambelle d’oiseaux et de plantes rares: primevère auricule, amélanchier à feuilles ovales, lis martagon, fougère langue-de-cerf, hibou moyen-duc, chouette hulotte, pouillot siffleur…

Des anneaux de fer qui entrent dans l'histoire

L’histoire ayant circulé d’anneaux de fer incrustés au sommet des rochers, Quiquerez les chercha, ne les trouva point, mais en rapporta une histoire de son cru. «Au temps du déluge, la Birse n’avait pas encore pu se frayer le passage étroit entre les roches de Vorbourg et celles de Courroux et un lac s’accumulait derrière le barrage de pierre, recouvrant la vallée de Delémont. Un lac avec des barques que l’on accrochait en haut des rochers à ces fameux anneaux.»

Les panneaux du chemin Quiquerez dirigent facilement le promeneur dans son périple.

Voici bientôt la maison d’Auguste Quiquerez, aujourd’hui entourée de grandes fermes, et qu’il transforma en quasi musée jurassien avant l’heure, ramenant de ses incessantes promenades tous les vestiges archéologiques qui s’étaient offerts à lui. Son ouvrage le plus connu, De l’âge du fer, sera d’ailleurs réédité en 1992.

A travers champs, on regagnera ensuite la forêt, pour monter en pente douce jusqu’au château de Soyhières, aux murailles impressionnantes. Des ruines achetées par le père d’Auguste à la Révolution française et que le fils entreprendra de restaurer. Dans le silence absolu des bois, c’est tout à coup un parfum de Moyen Age qui s’abat sur le promeneur. On se prendrait presque à voir surgir des bosquets gentes dames et nobles damoiseaux. «Il résulte de faits certains que le château de Soyhières existait déjà avant le XIe siècle», assure Quiquerez.

Aux origines de la Question jurassienne

Il faut dire que pour mettre en valeur son château, le facétieux Auguste n’hésitait pas à imaginer des récits fantaisistes et même à fabriquer des fausses pièces historiques, comme le sceau et la pierre tombale d’un comte de Soyhières qu’il a construite lui-même au milieu des ruines.

Le chemin monte au pied du château, puis conduit sur l’autre versant où l’on redescend vers la Birse. Un pont amène sur l’autre rive, vers le village de Soyhières où l’on entame alors le retour vers Delémont.

Une montée agréable se fait à travers les prés verdoyants jusqu’à l’auberge du Vorbourg, l’occasion d’un beau point de vue et d’une reprise de souffle bienvenue. Surtout que, passé la chapelle du Vorbourg, dressée face au précipice, on pourra croire, à tort, avoir fait le plus difficile. Une esplanade certes se présente, au pied de laquelle la ville de Delémont semble s’offrir comme une proie facile.

C’est pourtant le moment que le sentier Quiquerez choisit pour se précipiter dans la montagne et atteindre, à travers une ascension plutôt casse-pattes, le point de vue de Béridier, sur la crête, au-dessus de l’écusson jurassien incrusté dans la roche.

Admirer les «calotypes» d'Auguste Quiquerez

Après une descente rapide, on rentre dans Delémont par la vieille ville, empruntant la porte du Loup. Une dernière visite au Musée jurassien d’art et d’histoire, pour admirer les clichés qu’Auguste Quiquerez réalisa selon la technique des «calotypes», les premiers négatifs de l’histoire de la photographie, et la boucle est bouclée.

Dans le journal Le Progrès du 24 janvier 1866, Auguste Quiquerez expliquait que son père, après la domination française, sous laquelle il avait eu d’importantes fonctions, préconisait «de s’unir avec la Suisse en formant un canton séparé. Personne alors ne pensait à une réunion quelconque au canton de Berne.» Tout juste, Auguste.

Textes: © Migros Magazine | Laurent Nicolet

 

Publié dans l'édition MM 16
18 avril 2017

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Carnet de route

Départ: la gare de Delémont. Si l’on arrive en voiture, se parquer au sud des voies ferrées, près de la Halle des expositions, ou au parc gratuit du Gros-Pré, route de Porrentruy (à 10 minutes à pied de la gare). Ensuite remonter l’avenue de la Gare. Après 300 mètres, juste avant le virage, emprunter le chemin piéton. A partir de là, les panneaux du chemin Quiquerez vous conduiront aisément dans votre périple.

Distance: 13 kilomètres.

Dénivelé: 450 mètres.

Durée: 5 heures.

Difficultés: la montée vers Béridier peut s’avérer assez ardue, et l’un des deux sentiers qui y conduit, celui qui longe la crête, peut se révéler un peu problématique suivant la météo.

Se restaurer: divers commerces et restaurants à Delémont et à Soyhières, ainsi qu’une auberge, avec une belle terrasse, au Vorbourg.

Infos: une brochure, détaillant chacune des dix étapes, peut être téléchargée sur ce lien: www.randonature.ch/sentiers-didactiques/jura/sentier-auguste-quiquerez

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3 Commentaires

Laurent ourquard Bourquard [Invité(e)]

Ecrit le
16 avril 2017

Rèfléchissons à ce qu'est le racisme ! Beaucoup de monde parle d'une Europe communautaire. Comment peut-on y parvenir ?

Bernard Wälti [Invité(e)]

Ecrit le
14 avril 2017

Il est vrai que ce circuit est d'une beauté extraordinaire. Par beau temps et avec de bons souliers, on découvre des endroits insolites dans une nature bien conservée. Les panneaux didactiques sont bien disposés et très lisibles. A refaire

Jeannine Suard [Invité(e)]

Ecrit le
14 avril 2017

Super de nous propose des ballades inconnues. Merci

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