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Munich, le temps de vivre

Réputée pour son amour des traditions et de la bière blonde fraîche, la plus méditerranéenne des villes allemandes souffre parfois d’une image presque caricaturale d’elle-même. Tout en vendant en grande pompe son folklore, elle affiche le visage d’une ville moderne et florissante qui joue sans complexe de ses paradoxes.

«A Munich, Lederhose et ordinateurs portables forment un couple en parfaite symbiose», affirmait l’ex-président fédéral d’Allemagne originaire de Bavière Roman Herzog. Il faut dire que l’association entre modernité et tradition saute aux yeux dès les premiers pas dans la ville. Ici, on joue avec les coutumes sans peur des clichés: Lederhose et Dirndl, bretzel et bière se trouvent à chaque coin de rue. Si la capitale bavaroise n’arrive qu’en deuxième position derrière Berlin en termes de popularité, inutile de trancher entre les deux villes que tout oppose. Autant on aime Berlin pour son éclectisme alternatif, autant on se laisse séduire par la contagieuse douceur de vivre de sa rivale du sud.

Un musée à ciel ouvert

Munich est un délicieux condensé d’histoire et d’architecture bavaroise. Une sorte de mosaïque de styles dominée par un évident sens de la parade. Délimité par quatre portes magistrales (Sendlinger Tor, Karlsplatz, Isartor et Siegestor), l’ultra-centre, entièrement accessible à pied, nous invite irrésistiblement à la balade.

Au cœur de la vieille-ville s’offre à notre vue la Marienplatz et son Hôtel de Ville reconnaissable à son impressionnante façade néogothique. Depuis le haut Moyen Age, elle forme un noyau en perpétuelle émulation. Sous le regard bienveillant d’une statue de la Vierge, à qui la place est consacrée, un ballet amusant à regarder s’y anime tous les jours: touristes armés de perches à selfies, collégiens en goguette, manifestants politiques, musiciens de rue et Munichois pressés, tous inspirés par différents desseins.

Maintes fois construite et reconstruite durant sa longue histoire – notamment à la suite de la Seconde Guerre mondiale – on y trouve aussi bien des bâtiments modernes que des monuments baroques, des palais classiques ou des églises rococo. Chacun racontant un épisode différent de l’histoire glorieuse de la ville et de l’extravagance de ses riches princes-électeurs. On admire ainsi au passage les façades baroques de l’Asam­kirche ou de la Theatinerkirche qui nous rappellent que Munich fut l’un des bastions de la Contre-Réforme et l’on découvre la majestueuse Königsplatz, inspirée de la Grèce antique, qui valut à la ville de Louis Ier de Bavière le surnom d’«Athènes sur l’Isar» (du nom de la rivière qui la traverse).

Autres temps, autres extravagances: au XXe siècle, Munich continue de renouveler son style dans l’espace. De nouvelles générations d’architectes lui ont offert des perles aux accents futuristes, à l’instar de l’Allianz Arena ou du Musée BWM, deux autres emblèmes forts de la Bavière.

L’art de bien vivre

Si vous passez par Munich, oubliez les régimes et appréciez la dolce vita à la munichoise! Car la gastronomie est à l’image de ses citoyens: généreuse, roborative et traditionnelle. Produits de qualité et mets délicats régionaux sont partout à l’honneur. La célèbre maison familiale tricentenaire Dallmayr en est d’ailleurs tout un symbole. Nous ne résistons pas à acheter des denrées bourgeoisement présentées sur les comptoirs richement garnis, tradition et gourmandise obligent.

Même longévité, autre style, à quelques encablures derrière la Marienplatz s’étend depuis 1807 le Viktualienmarkt, son Biergarten, ses cent quarante stands. Cet immense marché alimentaire en plein air est le plus grand et le plus varié de la ville. On dit à son sujet que le cœur de Munich y bat plus fort. Du lundi au samedi, fruits exotiques, charcuterie, fromages, épices, fleurs ou encore produits de boulangerie mettent en éveil les papilles des gourmets.

Le stand de fruits d’Alexander Willer fait partie des incontournables du Viktualienmarkt. (Photo: Estelle Dorsaz) Ici, les connaisseurs ne manquent pas de venir trouver des denrées disponibles nulle part ailleurs à Munich.

Nous restons particulièrement ébahis devant le choix de fruits exotiques d’«Exoten Müller». Son fier patron, Alexander Willer, est au marché comme à la maison. Son étal est l’un des mieux garnis de la ville, nous dit-il. On y trouve même à une certaine période de l’année, des pitayas à chair rouge, un fruit très rare.

Pour l’amour de la bière

On boit la bière comme de l’eau. Un demi-litre c’est le minimum, si on commande un plus petit verre, on se fait regarder de travers»,

nous dit une habitante lorsqu’on la questionne sur l’impressionnante taille des verres, ou plutôt des masses, ces chopes d’un litre qui squattent toutes les tables. Il faut dire qu’ici la bière est une institution.

Et pour en boire, pas besoin de rejoindre les millions de visiteurs qui envahissent la ville lors de l’Oktoberfest, car les Biergarten sont légion. Ces brasseries en plein air sont une pure invention munichoise. Si certaines se démarquent par leur ancienneté ou par leur charme, pas une ne décevra les amateurs de houblon.

Une chose est sûre, qu’elle soit blonde, blanche ou ambrée, la bière rassemble. Rien d’étonnant d’ailleurs à ce que, dans une brasserie ou un Biergarten, des inconnus s’invitent pour un brin de causette à trinquer avec vous.

Devant une telle passion, nous demandons à Franz, notre voisin de tablée, un amusant Bavarois pure souche au dialecte aussi authentique que son Lederhose, si boire de la bière est ici un passage obligé. «On peut dire ça. Vous connaissez notre déjeuner traditionnel? Weisswurst, bretzel, moutarde douce et bien sûr... bière blanche!»

Des cerveaux en émulation

Elisa vit depuis quatre ans à Munich, où elle étudie la communication interculturelle à la LMU (Ludwig-Maximilians-Universität München). Nous avons rendez-vous avec elle pour un tour du quartier étudiant de Schwabing. Son université est l’un des centres de formation les plus réputés d’Allemagne. Elle a hébergé en son sein pas moins de trente-quatre lauréats du prix Nobel et de nombreuses personnalités connues.

Elisa, 25 ans, étudiante à Munich, a joué notre guide d’un jour. (Photo: Estelle Dorsaz)

Elisa, 25 ans, étudiante à Munich, a joué notre guide d’un jour.

Elisa nous apprend qu’à la fin du XIXe siè­cle, la ville était un important centre culturel, égal à Paris et Vienne. Réputé pour son émulation artistique et intellectuelle, ce quartier abritait alors de nombreux écrivains et artistes et a vu naître l’avant-garde expressionniste et le mouvement du Cavalier bleu, mené par Vassily Kandinsky. Aujourd’hui, Schwabing, devenu un brin hip­ster, regorge de restaurants, de bars, de boutiques, d’antiquaires ou de magasins de design. Pour des prix abordables, on y trinque ou on y casse la croûte au milieu d’étudiants qui refont le monde. «Ça c’est l’Alter Simpl, anciennement nommé Simplicissimus», nous annonce Elisa en pointant du doigt une brasserie typique avec son intérieur en bois, datant de 1903.

En déambulant, elle tient à nous emmener dans un lieu très prisé des étudiants munichois.

Lorsqu’il fait beau, c’est l’une des plus belles terrasses sur la ville»,

nous promet-elle. En face de l’ancienne Pinacothèque, nous entrons dans le bâtiment de la Technische Universität. Après un dédale de couloirs, au cinquième étage, nous découvrons le café Vorhoelzer Forum. L’immense terrasse offre une vue magnifique. Aujour­d’hui, elle est vide, mais Elisa nous rassure: «Dès qu’il y a un peu de soleil, les Munichois sortent et boivent une bière dans un garten ou ailleurs.»

Discuter avec Elisa confirme notre constat: Munich est une ville de brassage. De la bière aux idées, elle excelle dans sa capacité à produire de la qualité. Souvent accusée de traditionalisme, elle semble répondre à ses détracteurs par cette phrase d’Oscar Wilde: «J’ai les goûts les plus simples du monde, je me contente du meilleur.»  

Textes : © Migros Magazine - Estelle Dorsaz

 

Publié dans l'édition MM 12
20 mars 2017

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Carnet de route

Munich est un grand village

En 2004, il a été décidé, par référendum, qu’aucun immeuble de plus de 100 mètres ne pourrait être construit afin que les tours de la Frauenkirche mesurant 99 mètres et la tour de l’Hôtel de Ville de 85 mètres restent les bâtiments dominants du panorama.

Comment s’y rendre

Récemment, Easyjet a ouvert des vols au départ de Genève. Depuis l’aéroport, des trains mènent en 40 minutes au centre-ville. De nombreux trains et des bus relient également plusieurs fois par jour les centres-villes de Zurich et de Munich.

Où manger?

Zum Alten Markt, à deux pas du Viktualienmarkt, pour une cuisine authentique dans un décor traditionnel. Le restaurant Dallmayr, deux étoiles Michelin, pour une expérience gastronomique mémorable. L’Epicerie d’Anne- Marie pour une cuisine française classique et un bon rapport qualité-prix.

Où boire un verre?

Goldene Bar: un bar à cocktails sublime à la clientèle branchée. Sofia’s Hotel: bar d’hôtel chic avec sets de musique live. Les bars du quartier de Glockenbach pour une nuit animée. Choix de Biergarten Olympia Alm, Chinesischer Turm, Wienerplatz, Park Café.

A voir en ville

Un spot de surf insolite

Des surfeurs aguerris du monde entier viennent à Munich affronter la tumultueuse vague sur la rivière de l’Eisbach. (Vidéo: un surfeur en hiver sur l'Eisbach à Munich) Au milieu du Jardin anglais, la vague de 12 mètres de large provoquée artificiellement par un barrage en amont promet un spectacle impressionnant. Eté comme hiver, les badauds s’attroupent pour admirer les sportifs en combinaison néoprène. Le spectacle est assuré. Ce spot de surf urbain est bien connu des amateurs et des compétitions y ont lieu chaque année. (Photo: istock)

Du street art autorisé

Si les amateurs de street art se pressent toujours à Bristol ou Berlin pour y admirer des murs peints ou graffés plus ou moins légalisés, de nombreuses autres villes voient naître un intérêt grandissant pour ce type d’art en plein air. A Munich, la Tumblingerstrasse a été mise à disposition des graffeurs. Comme l’exige cet art éphémère, les fresques et leurs auteurs changent constamment. De juin à août, le coin s’anime pour accueillir un Biergarten, de nombreux stands de nour­riture et un cinéma en plein air. Ambiance alternative garantie.

Les musées

Entre l’art classique, les BMW, la bière et l’histoire naturelle, on n’a que l’embarras du choix. La ville de Munich compte plus de cinquante musées en tout genre et pour tous les goûts. Nous recommandons spécialement le musée Lenbachhaus, (lien en allemand ou anglais) installé dans une très belle maison de type villa Renaissance florentine. Cette institution dédiée à l’art moderne possède notamment une importante partie consacrée aux artistes expressionnistes du Cavalier bleu («der blaue Reiter»), tels que Vassily Kandinsky, Franz Marc ou Paul Klee.


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