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Comment récupérer après une césarienne?

Subi ou désiré, cet acte chirurgical est de plus en plus pratiqué. Mais après? Nombreuses sont les femmes à se sentir démunies face à cette cicatrice. Des ateliers proposent d’apprendre à se réapproprier son corps.

C’est une cicatrice de 10 à 15 centimètres invisible pour les autres mais pourtant bien présente. Une relique indélébile de ce moment fondamental dans la vie d’une femme qu’est le jour où elle donne naissance à son enfant.

A mi-chemin entre l’acte chirurgical et l’accouchement, la césarienne tient une place ambiguë. Noyées au milieu du flot d’émotions provoquées par l’arrivée d’un bébé, l’intervention et ses conséquences sont souvent laissées au second plan.

Maman de jumeaux nés par voie haute et thérapeute en technique de massages actifs (TMA) à Lausanne, Julia Litzen en a fait l’expérience. Sans nier sa nécessité, elle dit avoir été surprise par le manque d’information suite à son opération.

Personne n’est venu me parler, ni m’expliquer ce que je devais faire avec cette cicatrice. Hormis des anti-douleurs, on ne m’a donné aucun conseil.

Face à l’absence d’offre en matière de suivi, elle décide de mettre sur pied trois ateliers de deux heures chacun destinés à récupérer physiquement et psychologiquement. Depuis l’année dernière, les femmes qui le souhaitent peuvent suivre l’entier ou l’un des trois modules lors de cours collectifs ou privés à Lausanne et à Genève.

Entre sentiment d’échec et dégoût face à cette cicatrice

Car si certaines vivent très bien cette intervention, d’autres ont plus de peine à l’accepter: sentiment d’échec, d’avoir «raté» son accouchement, insensibilité dans le ventre, dégoût face à cette cicatrice font partie des impacts physiques et psychologiques. Julia Litzen:

Beaucoup n’osent pas toucher leur cicatrice parce qu’elles ne savent pas comment s’y prendre. Une fois rentrées à la maison, elles se sentent perdues,

L’avis est partagé par Heike Emery, sage-femme indépendante à Genève. «Il y a une vraie lacune concernant l’information aux patientes, un peu comme si ce n’était pas important», regrette-t-elle. Elle-même mère de trois enfants nés par voie haute elle a lancé en 2006 cesarienne.net, un site d’information et d’échange où l’on trouve aussi bien des témoignages que des conseils quant au soin de la cicatrice.

Gynécologue à Lausanne, le Dr Philippe Bracher reconnaît le manque d’offre quant au suivi post-opératoire à moyen et long terme de cette intervention pourtant lourde.

La césarienne est devenue tellement banale qu’on a tendance à oublier qu’il s’agit d’une grosse chirurgie. Mais on sait qu’il faut parfois plusieurs mois pour récupérer.

Toutes les femmes ne sont toutefois pas égales face à leur cicatrice, précise-t-il. «C’est davantage une question de peau que de technique de fermeture; certaines cicatriseront mieux que d’autres, mais il est vrai que le massage régulier de la cicatrice aide à une bonne cicatrisation.»

«L’impression qu’une partie de mon ventre n’existait plus»

Plus qu’un soin, les massages aident aussi à reprendre possession de son corps. «Après ma césarienne, j’avais l’impression qu’une partie de mon ventre n’existait plus, raconte Carole Bommottet Fanchini, maman d’un garçon et de jumeaux nés par voie haute qui a suivi l’atelier de Julia Litzen. Les massages m’ont aidée à retrouver des sensations dans mon ventre. On n’en parle pas, mais c’est très déroutant.»

Sans compter le choc psychologique qu’une telle intervention peut produire lorsqu’elle n’est pas anticipée ou souhaitée. «On doit faire le deuil d’un événement que l’on imaginait se dérouler autrement, témoigne Caroline Tejeda. En parlant avec d’autres femmes, je me suis rendu compte que certaines étaient dans une réelle détresse.

Et même si je suis de nature optimiste, il y a une tristesse indéniable, celle de savoir que je ne donnerai jamais naissance naturellement à un enfant.

Car souvent, une première césarienne en entraîne une deuxième et cette dernière encore plus probablement une troisième.

 

Publié dans l'édition MM 17
22 avril 2013

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Taux de césariennes

La Suisse championne

Illustration: Olga Fabrizio

Si les accouchements par césarienne sont en hausse dans les pays industrialisés, la Suisse se distingue avec un taux élevé depuis quelques années. Alors que cette intervention représentait 22,7% des accouchements en 1998, elle est passée à 32,6% en 2010. Bien loin des 10 à 15% recommandés par l’OMS ou des 20% recensés en France en 2009.

Pour expliquer le phénomène, on pointe le plus souvent l’âge de plus en plus tardif auquel les femmes ont des enfants et les risques de complications liés à ces grossesses. Mais cela ne suffit pas, car, comme le relève un rapport de l’OFSP publié en février dernier, le taux de césariennes entre les régions et les cantons varie parfois du simple au double. Les différences sont ainsi marquées entre les milieux urbains et les régions rurales, les accouchements par voie haute étant plus nombreux dans les premiers.


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5 Commentaires

meli cana [Invité(e)]

Ecrit le
6 août 2014

bonjour j ai eu 2 cesarienne le dernier date il ya 4 ans. j aimerais savoir comment faire pour ne plus avoir se ventre replie j ai essayer plein de chose mais rien na fonctionne merci de votre reponse

patricia Greco KräHenbühl [Invité(e)]

Ecrit le
12 juillet 2013

je travaille comme infirmière en post-partum et j'ai eu moi-même deux césarienne, la douleur au moment où l'on se positionne assise dans le lit est très forte lorsque l'on sort fraichement de la césarienne comme on doit se lever dans les 6h qui suivent l'opération avec la ceinture abdominale on n'a plus besoin de prendre des anti-douleurs, je conseille dans mon rôle d'infirmière toujours de masser la cicatrice au sens d'une aiguille d'une montre en me basant sur la théorie de Madeleine Turgeon cela favorise la récupération de la sensibilité à cet endroit car on ne sent plus rien cela favorise la circulation sanguine et réchauffe le ventre on masse la cicatrice après l'ablation des agrafes et cela agit sur tout le ventre.

Serge Dussex [Invité(e)]

Ecrit le
8 mai 2013

Excellente prise en charge. Effectivement il est possible de travailler sur les conséquences d'une césarienne et, par une approche psycho-corporelle, de retrouver des sensations dans la zone, d'améliorer la cicatrice, d'intégrer les conséquences de cette opération banalisée dans la société, mais pas dans l'expérience de la femme qui a mis son enfant au monde ainsi.

 

Myriam Bourgeois [Invité(e)]

Ecrit le
20 février 2017

Bonjour, je lis par "hasard" votre commentaire au sujet des césarienne. Je fais actuellement un mémoire sur le sujet. Etes-vous un spécialiste dans le domaine ? Je cherche des manières alternatives pour mieux vivre avant, pendant et après sa césarienne. Un grand merci d'avance, Myriam

 

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