24 octobre 2019

Au royaume de la belle fripe

De la robe de bure aux jupons du french cancan, une incroyable collection de costumes à louer à Lausanne joint l’utile à toutes les fantaisies. Un patrimoine qui fait le bonheur des théâtres et des aficionados du déguisement.

Parmi les 20’000 costumes et accessoires à disposition, tout le monde trouvera le vêtement qu’il recherche.

C’est un lieu à part, improbable et féerique. Niché dans le populaire quartier du Vallon, il est bien connu des Lausannois qui viennent y louer leurs habits de fête et déguisements. Sous l’impulsion de la société Démarche et de la nouvelle responsable des lieux, Virginia Archimi – qui a commencé à réorganiser les rayons afin de faciliter les recherches –, il trouve un second souffle: «Nous avons mis en évidence les costumes de 1850 à 1980, qui sont très demandés par les particuliers. Et comme dans un magasin, la taille est indiquée sur le cintre.»

Virginia Archimi, depuis peu responsable des lieux, a réagencé la présentation des costumes pour faciliter la recherche de la perle rare.

Il n’est pas rare qu’on entre dans ce lieu dans l’intention d’y jeter un simple coup d’œil pour n’en ressortir finalement que quelques heures plus tard. Car Ateapic Location, aussi connu sous l’ancien nom du Musée, est une véritable malle géante. Mieux: c’est un grenier, un chapiteau, une caverne d’Ali Baba, qui rassemble depuis plus de vingt ans quelque 20 000 costumes et accessoires de quasiment toutes les époques.

L’espace est généreux: ce sont 600 m2 de surface où l’habit, s’il ne fait pas le moine, fait néanmoins l’histoire. Tous les styles défilent sur les tringles, éveillant des images de film, de séries ou de souvenirs, de «La liste de Schindler» à «Hair» en passant par «Mad Men». Tout est aligné par ordre chronologique et présenté dans deux immenses salles reliées par une passerelle. Dans la première, on remonte le temps jusqu’à «La Petite Maison dans la prairie»: la robe de Nellie Oleson, dentelles blanches à rubans roses, est là, intacte, entre deux tabliers de fermier du Minnesota. Suivent la Belle Époque avec ses crinolines, les années 1920 et le charleston, «qui marchent très bien à la location, ainsi que les costumes rayés d’Al Capone. Certains clients sont très fidèles, ils reviennent chaque année, voire tous les six mois», sourit la spécialiste.

Plus loin, on reconnaît les teintes grises de l’Avant-Guerre, où les robes soudain perdent leurs froufrous, se font plus longues et plus droites sous le genou. On reprend couleur avec les mailles légères des années 1950, où les formes redeviennent plus féminines, les tissus plus fluides, les corsages découpés dans des taffetas fleuris. Quant aux années 1970, elles occupent carrément deux rayons: «Nous leur avons consacré une place de choix, parce que cette période a vraiment marqué les esprits. Elle est très demandée par les particuliers pour des soirées d’entreprise ou privées», observe Virginia Archimi. Les robes à paillettes virevoltent entre les casaques à sequins et les pantalons pattes d’eph, on croit voir passer l’ombre d’Abba...

La chasse aux trésors

Mais d’où proviennent tous ces vêtements, qui tiennent autant de la pièce de collection que du déguisement? «Certains sont issus des déstockages de théâtres, d’autres des dons de particuliers. On trouve aussi parfois des perles que les employés de Textura, qui travaillent juste en dessous, viennent nous montrer. Ainsi, nous avons récupéré une petite robe Dior de 1960», se réjouit Virginia Archimi.

Chaque costume est unique et n’existe donc que dans une seule taille. Mais le choix des vêtements et des accessoires est si vaste que chacun y trouve chaussure à son pied – une avalanche d’escarpins et de godillots fait aussi le bonheur des compagnies de théâtre. Les cartons s’empilent, contenant masques, gants, ceintures, bretelles, cols égyptiens, fraises, moustaches, postiches perruques de grand-mère… Comme un inventaire à la Prévert, on trouve des tricornes, des hauts-de-forme, des bérets basques, des faux ventres et même des faux-culs!

L’assortiment est tellement riche qu’il attire non seulement les clients passionnés de soirées à thème, mais aussi les professionnels de la scène: «Certaines costumières viennent d’autres cantons, voire de France, pour trouver un habit. Les XVIIe et XVIIIe siècles marchent très bien à cause des pièces classiques», explique Diane Grosset, couturière-costumière, qui n’a pas sa pareille pour donner une nouvelle vie aux robes de mariées. «On en a tellement que je teins certaines d’entre elles pour les transformer en robes de princesse! Cela permet de renouveler l’assortiment dans les rayons.»

Un plaisir pour tous les âges

Dans la seconde salle, que l’on rejoint par une passerelle, se trouvent non seulement de longues robes vaporeuses, mais aussi les déguisements gréco-romains, bures du Moyen Âge et capes des super-héros contemporains. Ici, la tenue de Wonder Woman scintille en première ligne. Avec même un coin spécial enfants: «Les petits viennent souvent chercher un déguisement pour Halloween. Ils peuvent s’habiller de pied en cap pour 10 francs. Chaque vêtement se loue à la semaine et doit être rendu nettoyé», précise Virginia Archimi. Qui a également regroupé dans un même espace les costumes pour hommes, redingotes et autres uniformes militaires.

Dans ce royaume de la fripe de qualité se glissent parfois des spécimens rares. Ceux-là sont sous clé, au fond d’une armoire, trop fragiles pour être portés. Comme cette robe de 1850, avec ses fronces, entièrement cousue à la main, dénichée dans un grenier de grand-mère. Ou encore cet authentique bibi à plumes, cet ancien jupon noir de 1840… «Notre mission est aussi la conservation du patrimoine. Ces habits ne peuvent pas être loués, mais on les tient à disposition des musées ou pour des films», explique Emmanuelle Rossier, responsable de prestations au sein de la société Démarche.

On s’en doute, entretenir et réparer une telle quantité de vêtements n’est pas une sinécure. D’autant que le bâtiment, classé monument historique et qui abritait autrefois les écuries de la ville, a un charme fou, mais une isolation approximative. Trop chaud en été, trop froid en hiver, et quelques mites… «On ne peut pas vaporiser d’insecticide à tout va. Une entreprise vient mettre des phéromones paralysantes deux à trois fois par année.

Et quand un habit est abîmé, il file en réparation», précise Diane Grosset, qui chapeaute justement l’atelier couture et qui, entre deux retouches, profite de compléter les collections, voire de réaliser quelques créations. D’un chemisier défraîchi, elle fait une jupette, un sac de gym ou des lingettes démaquillantes. Autant d’articles qui sont proposés à la vente, que ce soit dans le coin boutique d’Ateapic Location ou prochainement en ligne, ainsi que dans des magasins de seconde main.

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