14 juin 2018

Générations danse de saloon

La danse country séduit toutes les générations. La preuve à Vullierens (VD), où les membres du club Spirit Wolf se retrouvent deux jours par semaine pour danser en ligne.

country
De trois membres à la création du club en 2011, le groupe est passé à 80 élèves. (Photo: Jeremy Bierer)
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Chapeaux de cow-boys à la main et santiags aux pieds: les danseurs du club Spirit Wolf étaient censés être une vingtaine, mais sont finalement plus de quarante à nous attendre devant la grande salle de Vullierens. «Hé, c’est qu’ils ont tous la passion de la country line dance, vous savez! Et ils se réjouissent de vous faire une démonstration», nous glisse Chloé Suchet, créatrice du club et enseignante diplômée de la Swiss Country Western Dance Association . Rires, coups d’œil curieux et discussions fébriles accompagnent le photographe, tandis qu’il met en place son matériel. Puis, d’une voix impérieuse, l’enseignante donne le signal du début du cours: «Tout le monde a son chapeau? Le photographe est prêt?» – «Ouiiiii!» – «Allez, hop, alors on y va!» À la première note, tous commencent à danser en rythme: deux pas à gauche, deux pas à droite, claquements de mains et de talons. Le dos bien droit, le groupe se déhanche, un sourire ravi aux lèvres. 

Des accessoires mignons à croquer

Le but de la country line dance? Danser en ligne et en colonne, en étant bien alignés. Les airs se succèdent. «Oh non, se lamente Bernadette, qui vient d’arriver, Chloé a mis Sofia d’Álvaro Soler. C’est ma chanson préférée, il va falloir qu’elle la remette! Je ne pouvais pas venir plus tôt, car je m’occupais de ma petite-fille.» Passionnée de bijoux, elle crée de ravissants accessoires en miyuki, de minuscules perles en verre japonaises. Et se charge de toutes les broderies sur les chemises du club. Une seconde créatrice pare elle aussi les danseurs: Alexe Marendaz, ancienne prof de zumba, a craqué pour la danse country, «parce qu’on y touche à plein de sortes de danses, et qu’il y a un effet de groupe très sympa». Du coup, elle propose dorénavant de mini-santiags et autres créations, toutes issues de capsules de café.

Toutes les musiques possibles

Philippe et Béatrice, à la chemise rouge assortie brodée d’un fer à cheval dans le dos, s’approchent à leur tour: «Personne ne se rend compte qu’avec la country on peut danser sur toutes les musiques possibles! s’émerveillent-ils eux aussi. Par exemple, on prend souvent la chanson de Shakira Waka waka pour présenter un cours d’initiation au public. On danse même sur Human de Rag’n’Bone Man!» – «Les gens pensent que la country est assez ringarde et qu’on la danse en salopette, à la Cotton Eye Joe des Redneck, confirme Chloé Suchet. Mais cela n’a rien à voir! On peut danser aussi sur toutes les musiques actuelles et il existe une quantité astronomique de chorégraphies, créées par des spécialistes du monde entier.» 

Une méthode qui séduit

Savez-vous d’ailleurs que chaque danse, consignée précisément pas à pas, peut ainsi être interprétée de la même manière partout dans le monde? «La base des pas est par ailleurs identique pour tous, souligne la fondatrice du club. Mais sur la même chorégraphie, les débutants pourront simplifier les pas, de manière à pouvoir suivre les avancés. Pour ma part, j’intègre la terminologie exacte à mes cours et indique toujours les pas en anglais: ainsi, si les danseurs suivent un workshop ou vont danser dans un autre pays, ils comprendront sans problème le chorégraphe.» 
Une méthode et un enseignement qui semblent séduire: de trois membres à la création du club en mai 2011, le groupe est passé à 80 élèves, répartis sur quatre niveaux. Tous participent aussi à des démonstrations, initiations et animations pour des repas d’entreprises, des fêtes de villages, des institutions, etc. 

Cohésion parfaite

Daniela, arrivée d’Italie pour retrouver son amoureux, et qui se sentait très seule avant de commencer les cours avec lui. Danielle, qui a «exporté» la country line dance des États-Unis en Suisse romande dans les années 1990. Nicole, qui regarde avec bienveillance «les deux Dupondt», Alain et Lulu, «qui mettent l’ambiance en faisant de petits witz». Gaël, premier élève du club, qui a toujours été fasciné par les westerns. Nicolas, dont la passion pour la country est née d’un pendentif à tête de buffle qu’il avait acheté il y a deux ans… Âgés ou jeunes, sportifs ou non, tous terminent le cours essoufflés mais avec le même air radieux. «Ça a vraiment été une belle soirée, entend-on ensuite dans le couloir. J’espère qu’on a donné envie au photographe et à la journaliste de s’inscrire aux cours!» 

«Ça me plaît beaucoup d’être dans un groupe, tout en dansant seul»

Donatien Lecocq, 13 ans

«J’ai découvert la country line dance en septembre dernier grâce à une amie, qui nous avait dit qu’il y avait une démonstration des Spirit Wolf. Quand j’ai vu ce que c’était, j’ai tout de suite aimé et j’ai voulu m’inscrire aux cours! Du fait de mon syndrome d’Asperger, je n’apprécie pas tellement d’être en contact physique avec les autres gens. Alors là, ça me plaît beaucoup d’être dans un groupe, tout en dansant seul. J’ai la chance d’avoir une bonne mémoire, je me suis très vite souvenu des pas et des chorégraphies et j’ai intégré directement le groupe de deuxième année.

J’ai la chance d’avoir une bonne mémoire, je me suis très vite souvenu des pas et des chorégraphies

Donatien Lecocq

Maintenant, j’aime tellement cette danse que je participe aux cours de deuxième et de troisième année, le lundi et le mercredi. Ce que je préfère dans la country line dance? Tout! J’ai aussi une autre passion, c’est les bateaux à voile radiocommandés. Je suis champion suisse avec l’un de mes voiliers.»

«Ce cours, c’est un moment clé de la semaine»

Stuart Kingma, 82 ans

«Ma femme et moi avons commencé les cours au début de cette année, grâce à une voisine qui nous en a parlé. Ma femme aime beaucoup danser, moi je n’ai jamais dansé avant, mais j’adore! Chloé est une très bonne instructrice, qui explique bien et avec patience. Au début, j’ai dû souvent m’excuser et me mettre de côté pour observer les séries de pas. Mais comme il y a beaucoup de gens autour de soi, on regarde, on copie et c’est bon! De toute manière, on ne se sent jamais gêné ou incapable, car tout le monde est là pour apprendre et s’améliorer, et on se soutient les uns les autres.

Comme il y a beaucoup de gens autour de soi, on regarde, on copie et c’est bon!

Stuart Kingma

Ce cours, c’est un moment clé de la semaine, très précieux pour nous. L’ambiance est conviviale, familiale, on est là tous ensemble, on fait beaucoup de nouvelles connaissances et on crée de belles amitiés.»

«On est là pour partager les mêmes émotions»

Stéphanie Montferrini Kastrati, 36 ans

«Depuis que je suis toute jeune, j’ai toujours aimé la country. Cela fait maintenant six ans que je danse avec Chloé, et elle a commencé à me proposer de donner moi-même des cours il y a environ deux ans. Je travaille dans le domaine des soins et je ne me sentais pas du tout prête à enseigner. Mais quand elle m’en a reparlé l’été dernier, j’ai décidé de créer une extension du Spirit Wolf. J’ai trouvé une salle au collège du Genevrey, à Grandvaux, et j’ai commencé à donner mes cours aux débutants en janvier dernier. J’ai découvert que j’aime beaucoup enseigner, et que cela me plaît de voir progresser les élèves.

Il y a une telle cohésion dans le club que dès qu’on se voit, c’est comme si on s’était quitté la veille

Stéphanie Montferrini Kastrati


Il y a une telle cohésion dans le club que dès qu’on se voit, c’est comme si on s’était quitté la veille. Il n’y a pas de classe sociale, pas de m’as-tu-vu, on est tous là pour partager la même passion. Pour ma part, cela me manque beaucoup si je ne danse pas une semaine. J’ai arrêté deux semaines avant mon accouchement, et j’ai vite repris deux semaines après, cela me manquait trop ! »

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