30 août 2017

Au secours des parents dépassés

Signe des temps, des communes genevoises financent un service de coaching éducatif à domicile pour les familles qui rencontrent des difficultés avec leurs enfants. Dans le but de les aider à se «réapproprier des compétences parentales».

illustration parents dépassés
L’allusion à «Super Nanny» est souvent utilisée pour qualifier le travail de l’APMF.
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Parents, c’est quand même le seul métier au monde qu’on n’apprend pas, il est normal qu’on puisse rencontrer des difficultés.» C’est ce constat qui a poussé à la création à Genève de l’Action préventive en milieu familial (APMF), comme l’explique sa directrice Sybille Gallandat Crevoiserat. Un travail d’accompagnement auprès des familles existait bien déjà, mais sous mandat du Service de protection des mineurs: «On s’est rendu compte alors qu’il manquait une prestation plus en amont, dans la prévention pour des familles qui avaient besoin d’un soutien éducatif, en toute confidentialité, sans forcément ouvrir un dossier à l’Etat.»

Gratuite, la prestation ne concerne pour l’heure que les résidents des communes qui la financent: Genève, Le Grand-Saconnex et Versoix. Concrètement, des éducateurs spécialisés interviennent au domicile des familles, à leur demande, à raison de deux heures par semaine sur une période qui peut aller jusqu’à six mois: «Nous n’allons pas faire le travail d’un psy ou d’un médecin, explique le directeur adjoint David Crisafulli. Nous intervenons uniquement sur le plan éducatif. Nous regardons comment ça se déroule au quotidien à l’intérieur de la famille, nous travaillons sur des questions comme la communication, notamment intergénérationnelle, sur le rôle et la place de chacun.» Ou encore, avec les familles d’origine étrangères, les questions d’interculturalité «pour les aider à connaître les coutumes et les conditions proposées en Suisse».

Complexification de la société

Ce sont évidemment souvent des problèmes d’autorité que connaissent ces familles en difficulté. «Face à des enfants qui sont dans la toute-puissance, qui sont devenus des enfants rois, les parents ne savent plus trop quel cadre, quelles règles imposer, explique Sybille Gallandat Crevoiserat. Ils sont désemparés, ne savent plus comment reprendre un rôle de parents dans la famille. Des histoires de vie aussi ont pu leur faire perdre momentanément leurs compétences parentales.» Le passage de l’enfance à la préadolescence peut servir de révélateur douloureux, comme le raconte David Crisafulli: «Des parents qui ont eu un système éducatif excellent quand l’enfant était petit s’entendent maintenant dire par l’école ou les voisins qu’il ne se comporte pas bien.» Autre situation qui peut s’avérer délicate, celle des familles recomposées, avec des enfants «qui n’ont pas eu la même éducation, des parents qui n’ont pas la même vision, l’un plutôt laxiste, l’autre plutôt sévère, et la difficulté de trouver une manière commune de faire.»

L’apport d’un professionnel dans toutes ces situations sera d’abord d’amener de la distance, «cette fameuse distance qui permet de trouver parfois des réponses que les parents n’arrivent plus à voir parce qu’ils sont dans l’émotion, qu’ils ont le nez dans le guidon».

Des difficultés qui doivent beaucoup selon les responsables de l’APMF à une «complexification de la société». «Les parents doivent désormais répondre à de nombreuses exigences dans leur vie aussi bien familiale que professionnelle ou personnelle, et ce, souvent dans des situations complexes – familles recomposées, familles monoparentales. Certaines personnes ne savent plus où donner de la tête.»

Pertes de rythme

Plus que dans un laxisme souvent présenté comme le péché mignon de l’époque, il faudrait donc chercher les causes de certains naufrages éducatifs dans les cadences que peuvent imposer l’école, les loisirs et la profession. «Nous sommes dans une société qui bouge, invite chaque acteur à se mettre en mouvement, mais à l’intérieur d’une famille, des événements comme un divorce, une maladie, une séparation peuvent occasionner des pertes de rythme.»

L’allusion à «Super Nanny» est souvent utilisée pour qualifier le travail de l’APMF. Une comparaison qui laisse Sybille Gallandat Crevoiserat dubitative: «Certes, comme ça au moins les gens comprennent ce qu’on vient faire chez eux. Mais ça ne se passe pas comme à la télévision, du style j’arrive dans la famille, je donne les règles, on les applique, tout va bien et je repars. La réalité est beaucoup plus complexe.»

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