4 juin 2012

«Au secours, mon fils de 5 ans ne me parle que de mort!»

Vient un âge où les enfants se posent – et nous posent – 1001 questions sur la grande faucheuse. Comment évoquer avec eux ce délicat sujet? Réponses d’un pédopsychiatre.

Enfants portant des masques représentant des têtes de mort
A 7-8 ans, l’enfant commence à s’interroger sur sa propre mort et à ce qui se passe après. (Photo: Getty Images/ Livia Corona)

Dis, grand-papa, quand est-ce que tu seras mort?» «Et moi, est-ce qu’un jour je serai plus là?» «On va où après?» Difficile pour un parent – ou un grand-parent – d’éviter ce genre d’interrogations: un jour ou l’autre, elles finissent bien par arriver. Sur un ton plus ou moins léger, d’ailleurs: «Une fois, mon fils de 4 ans et demi m’a demandé s’il pourrait avoir ma voiture quand je serai partie», raconte cette maman, amusée, sur un forum internet. Et une autre d’ajouter: «Ma fille a voulu savoir combien de dodos il restait jusqu’à la disparition de sa grand-mère...»

Mais pourquoi la mort les obsède-t‑elle tant? «Rien de plus normal, rassure le pédopsychiatre français Stéphane Clerget*. Après tout, il s’agit d’une thématique importante et ces questions nous poursuivent tout au long de notre existence. Au fur et à mesure qu’ils grandissent, à chaque étape de leur développement, les enfants ne cessent de se les reposer. Pour s’interroger, finalement, à l’adolescence, sur le sens de la vie.»

De l’immobilité à l’absence prolongée

Ajoutons qu’il n’est pas nécessaire pour nos philosophes en herbe d’être directement confrontés au décès d’un proche pour commencer à se creuser les méninges. «Au début, la mort est associée à l’immobilité. Un petit de 2 ans peut par exemple en prendre conscience en écrasant une fourmi. Il ne réalise en revanche pas encore le caractère irréversible de l’événement.»

Voilà pourquoi les questions d’un enfant de 4 ans ne trahiront pas nécessairement une angoisse. «A moins qu’il n’ait déjà perdu quelqu’un dans son entourage. A ce moment-là, pour lui, la mort équivaut à une absence qui se prolonge.» Et c’est vers l’âge de 5 ans, poursuit le spécialiste, qu’il commence à redouter la disparition de ses parents: «Ce qui l’inquiète avant tout, c’est de se retrouver seul.» Enfin, à 7-8 ans, le petit commencera à s’interroger sur sa propre mort et à ce qui se passe après.

C’est vers l’âge de 5 ans que l'enfant commence à redouter la disparition de ses parents. (Photo: Getty Images/Garry Gay)
C’est vers l’âge de 5 ans que l'enfant commence à redouter la disparition de ses parents. (Photo: Getty Images/Garry Gay)

Eviter le tabou et tabler sur la sincérité

Que leur enfant soit angoissé ou simplement curieux, les parents ne devraient en aucun cas éviter le sujet ou détourner la conversation, sous prétexte qu’il est trop jeune pour comprendre. «Nul besoin de le protéger, confirme Stéphane Clerget. S’il pose la question, c’est qu’il est prêt à entendre la réponse. Il ne faut surtout pas que le sujet devienne tabou. Il doit se sentir libre d’en parler, sinon, il risque de s’inquiéter encore davantage.» Et si l’on est soi-même trop angoissé par ce sujet, on ne doit pas hésiter à le lui avouer et à le renvoyer vers un autre membre de la famille.

Si l’enfant pose la question, c’est qu’il est prêt à entendre la réponse.

Sincérité. Voilà le mot d’ordre à adopter dans nos explications. Inutile donc d’assurer à son enfant que les gens qui meurent vont au ciel si l’on ne croit pas au paradis. «D’ailleurs, si la réponse ne le convainc pas, il reposera la question, souligne le spécialiste. Dans le cas du ciel, il risque de demander à rejoindre la personne défunte en prenant l’avion...» Et d’ajouter: «Chacun devrait répondre en fonction de ses propres croyances, tout en laissant entrevoir que les explications sont plurielles. On peut lui donner son point de vue en précisant qu’on n’est sûr de rien, qu’on peut se tromper, et en le renvoyant à d’autres explications. Pourquoi ne pas s’inspirer de différentes religions? Après tout, celles-ci ont été créées en partie pour répondre à nos angoisses de mort.»

Et lorsque l’obsession de l’enfant se fait trop importante? «Il faut commencer à s’inquiéter lorsque l’on sent chez lui une envie de mort, de rejoindre son grand-père au ciel, par exemple. A ce moment-là, une visite chez un psy sera peut-être nécessaire. Il s’agira de s’assurer qu’il a bien compris le caractère irréversible de la mort et de lui montrer qu’on peut résoudre ses problèmes autrement qu’en quittant la vie...»

Des livres pour mieux en parler

Pour les parents

Voici trois ouvrages pour mieux comprendre l’intérêt que portent les enfants à la mort, pour trouver les mots justes en cas de décès dans l’entourage, pour adopter une attitude adéquate face à leurs questions.

  • «Dis, c’est comment quand on est mort? 
Accompagner l’enfant sur le chemin du chagrin», Hélène Romano, Pensée sauvage.
  • «La mort pour de faux et la mort pour de vrai»,Dana Casto, 
Albin Michel.
  • «Parler de la mort 
à un enfant», 
Charlotte Mareau, 
Studyrama.

Pour les enfants

  • Petit-Bond la grenouille découvre dans la forêt un merle qui ne bouge plus. Que lui est-il arrivé? Dort-il? Est-il malade? Est-il mort? Déconcertés, le héros et ses amis mènent l’enquête. Un premier élément de réponse à la question: qu’est-ce que la mort? «La découverte 
de Petit-Bond», 
Max Velthuijs, L’Ecole des Loisirs. Pour les 3-6 ans
  • Zelda la cane et Lucie la tortue sont amies de longue date. Mais voilà qu’un jour Lucie ne se pointe pas à leur rendez-vous. «Elle est partie pour un long voyage», explique-t-on à Zelda, qui peu à peu fait son deuil«Lucie est partie»,Sebastian Loth, Nord-Sud. Pour les 3-6 ans
  • L’incontournable série Max et Lili compte bien entendu un épisode sur la mort. Ou comment gérer le décès d’un membre de la famille. Comme de coutume, l’album contient également une série de questions à aborder avec les enfants.«Grand-Père est mort», Dominique 
de Saint-Mars, Calligram. Dès 6 ans.
  • Une vieille femme solitaire reçoit un jour la visite de la mort. Au lieu de s’effrayer, elle l’accueille à bras ouverts. Surprise, la mort en tombe malade et se laisse soigner par son hôte. Idéal pour dédramatiser la thématique de la mort.«Bonjour Madame la Mort»,Jean-Charles 
Sarrazin, L’Ecole des 
Loisirs. Dès 6 ans.
  • De la naissance de la vie sur Terre aux divers chemin du deuil, de la question de l’âme aux décès des animaux de compagnie, cet ouvrage, à mi-chemin entre album et documentaire, propose 1001 pistes de réflexion aux enfants et à leurs parents.«Le grand livre de la vie et de la mort», Sylvie Baussier, Milan Jeunesse. Pour les 6-10 ans

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