26 juillet 2018

La nature au bout du pinceau

Dernière tendance en matière d’immersion dans la nature: les marches permettant d’allier découverte, bien-être et initiation au dessin ou à l’aquarelle. Exemple illustré à Avenches.

avenches
On peut découvrir Avenches (VD) par le regard, mais aussi par le biais du crayon et du papier. (Photos: Laurent de Senarclens)

Le soleil est de la partie ce mercredi matin. C’est une chance, car nous avons rendez-vous avec Bastian Keckeis, accompagnateur en montagne, pour découvrir Avenches (VD) par le regard, mais aussi par le biais du crayon et du papier. Car ce dernier, fondateur de «La Trace Bleue», est spécialisé dans des marches durant lesquelles la nature est à la fois savourée par tous les sens et immortalisée au travers de croquis et d’aquarelles. «J’ai choisi de faire cette balade avec vous à Avenches, car je trouve la région très belle.»

Trouver le sujet idéal

Nous partons donc à gauche de la gare le long de la route Industrielle, pour remonter ensuite à droite la route de l’Estivage. Petit coup d’œil à gauche et à droite, avant de traverser avec prudence la route de Berne pour prendre le chemin des Thermes, qui nous mène tout droit aux thermes romains. De là, le sentier fleuri serpente entre les champs, favorisant l’observation et la découverte. «La règle principale, c’est de prendre le temps, souligne le spécialiste, dont le regard ne cesse de balayer le paysage pour trouver le sujet de dessin idéal. Il y a des touristes qui font le tour de l’Europe en une semaine, alors qu’on peut visiter uniquement Avenches durant le même laps de temps, si on prend le temps de découvrir chaque détail.» Il conseille donc de partir à l’aventure durant au moins une demi-journée, voire une journée à chaque fois. «On arrive ainsi en général à faire trois à quatre dessins, dont une aquarelle. Comme pour la photo, les heures de balade idéales sont le matin tôt et en fin de journée: les couleurs sont alors plus vives, et on voit bien les détails. Le reste du travail peut ensuite être effectué en milieu de journée.»

Indispensables pour peindre une aquarelle: une boîte d’aquarelle, deux-trois pinceaux et un gobelet d’eau.

Autre conseil de pro: «Rester humble par rapport au sujet choisi. Plutôt que de prendre un angle de 180 °C comprenant trop d’éléments, il vaut mieux cibler un seul élément. Les débutants sont généralement attirés par les détails, et veulent dessiner précisément ce qu’ils voient. Le taux de réussite est donc nettement supérieur si on dessine une fleur ou une fenêtre plutôt qu’un paysage entier. C’est important pour ne pas être déçu du résultat et cela permet de rester motivé.»

Bastian Keckeis commence par un croquis de la tour au crayon.

Tout en devisant, nous remontons le chemin en direction de la tour de la Tornalla – puis prenons l’embranchement à droite, qui nous en éloigne. «Contrairement à la logique des promeneurs habituels, il faut acquérir le réflexe de prendre du recul par rapport à l’objet que l’on désire dessiner. Selon mon expérience, cela vaut généralement le coup de marcher cinq minutes de plus, pour avoir davantage de distance et mieux observer le paysage. Là, j’ai décidé de croquer la tour, si la lumière est bonne. Il faut donc maintenant que je détermine quel sera le meilleur endroit pour la dessiner. Quand je suis seul, je tourne souvent en spirale autour de l’objet, pour trouver le meilleur point de vue.» 

Quand l’étape de l’esquisse au crayon est terminée, on peut passer à la pose des couleurs.

Nous grimpons les marches inégales de la tour qui aboutissent à une vue splendide. «À l’époque romaine, la muraille faisait six kilomètres et était renforcée de septante-trois tours. La route du sel passait par Sainte-Croix et transitait par Avenches. Le lac venait jusqu’à l'actuelle usine Nespresso et les pierres, prélevées dans la carrière de la Lance, étaient transportées en barque depuis Vaumarcus jusqu’ici.» On redescend et on s’éloigne pour trouver l’endroit stratégique où s’arrêter. Puis Bastian Keckeis sort son matériel: «Étant donné que je ne dessine qu’en extérieur, j’essaie de rester simple: je prends juste une petite trousse avec une boîte d’aquarelle, deux-trois pinceaux, un gobelet, un tissu, de l’eau, un crayon, une gomme et un carnet de croquis ou d’aquarelle. Ainsi qu’un sac en plastique, utile à beaucoup de choses, entre autres à s'asseoir par terre quand l’herbe est humide.» 

L’aquarelle se travaille toujours humide, car, une fois sèche, elle est impossible à retoucher.

Du crayon au pinceau

Avant de commencer à dessiner, le spécialiste «mesure l’objet à l’œil, pour pouvoir ensuite reporter la tour sur la feuille en taille réelle». Puis il croque les éléments environnants – ici, les arbres et les hautes herbes – pour les situer, avant de s’attaquer au dessin plus précisément. «Je commence toujours par un petit croquis au crayon pour que les lignes soient justes. Il m’arrive assez fréquemment de déplacer un élément: les éléments polluants du paysage, une ligne électrique ou une cheminée que je ne trouve pas bucoliques, par exemple, je ne les prends pas en compte! C’est l’avantage du dessin…»

Le sentier qui serpente entre les champs favorise l’observation et la découverte.

Au crayon, il esquisse les ombres, avant de donner une perspective en dessinant un arbre au premier plan et un autre à l’arrière-plan. «J’invente parfois un peu… c’est ce que je trouve important de dire à mes élèves: l’essentiel n’est pas forcément d’être juste dans les proportions, mais que le dessin rende bien l’atmosphère du site. S’il n’y a par exemple pas le bon nombre de fenêtres, c’est secondaire, je crois.» L’étape de l’esquisse au crayon est terminée. Il s’agit ensuite de réfléchir à la hiérarchisation des couleurs: en toute logique, les plus claires seront appliquées avant les foncées. Bastian Keckeis, qui «met toujours les couleurs sur place», commence par le ciel, puis passe au feuillage de l’arbre en arrière-plan. «J’essaie à chaque fois de mettre l’accent sur l’élément principal, sans trop insister sur les détails autour. Mais en aquarelle, il y a toujours des surprises: il arrive souvent qu’on parte dans une direction qu’on ne pensait pas prendre. Et cela fait aussi partie du charme.»

L’ombre de la tour résiste au pinceau de l’artiste: «Il faut essayer de regarder le sujet en clignant des yeux, cela permet de mieux visualiser les contrastes. Et il faut prendre le temps: là, je vais laisser la peinture sécher avant de la reprendre. Quand on s’énerve et qu’on s'acharne, on finit par ne plus être objectif et on risque de péjorer son travail. Il vaut mieux s’arrêter, prendre de la distance et éloigner un moment l’aquarelle de soi. Savoir s’arrêter au bon moment, c’est l’une des règles de l’aquarelle les plus difficiles à respecter…»

S’il te plaît, dessine-moi une fleur

Après une dernière couche de contraste sur la tour, quelques dessins de briques et herbes supplémentaires et un temps respectable de séchage de l’œuvre, on reprend le chemin pour descendre en direction du théâtre romain. En passant, Bastian Keckeis propose de nous montrer comment faire un «jeté d’aquarelle, qui permet d’aller rapidement à l’essentiel», en prenant un coquelicot pour modèle. «Souvent, on regarde trop loin alors qu’il y a souvent une jolie petite fleur juste à côté de nous, souligne-t-il. Et c’est un exercice pas trop difficile et gratifiant de dessiner une fleur. Je le fais d’ailleurs souvent avec les gens que j’accompagne. C’est en général très difficile de dessiner un bâtiment en volume et perspective. Alors qu’une fleur, elle, n’a aucun angle droit. Et si notre rendu n’est pas parfait, ce n’est pas grave: personne ne le remarquera!»

Dessiner une fleur est un exercice pas trop difficile et gratifiant.

Il est temps de retourner à la gare, non sans avoir admiré au passage le Sanctuaire du Cigognier. Avant de nous quitter sous un soleil de plomb, l’expert ès aquarelles nous donne encore un dernier conseil précieux: «L’aquarelle se travaille humide et est quasi impossible à retoucher lorsqu’elle a séché. Il est donc important de tenir compte de la température de l’air et du vent. Et d’éviter de faire sécher son œuvre au soleil, car cela ternit les couleurs.»

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