19 décembre 2019

L’aventure des seniors fringants

Le Neuchâtelois Philippe Schucany s’est embarqué le 10 décembre pour une traversée de l’Atlantique à la rame avec trois autres compagnons. Une manière pour le retraité de se maintenir actif et de faire la nique au temps qui passe

Philippe Schucany, criminaliste à la retraite et passionné d’aviron, est impatient de découvrir la navigation en mer.
Temps de lecture 4 minutes

Après une vie à la police scientifique de Neuchâtel, Philippe Schucany s’amuse à jouer les «filous» – son surnom de marin: traverser l'Atlantique à l’aviron avec trois autres fringants compères. L’aventure est de taille. Il faut dire que le criminaliste, fraîchement retraité, n’en est pas à son premier coup de rame. «Je pratique l’aviron depuis quarante ans. C’est un sport très physique qui développe le cœur et toute la musculature», explique celui qui n’hésite pas à sortir son skiff plusieurs fois par semaine ou, si le temps est mauvais, à suer sur son ergomètre.

À 61 ans, il est donc en pleine forme. Le regard vif, la silhouette athlétique et l’esprit aussi méthodique que juvénile. Curieux de partir, pressé de se frotter à la vague, impatient de découvrir la navigation en mer. Il sait que la traversée de l’océan n’a rien à voir avec le tour du lac Léman, une compétition à laquelle il participe chaque année. «Je fonctionne aux défis. Et puis j’ai pensé que ça me servirait de transition après la vie professionnelle. Ça me maintient dans une vie active et ce sera l’occasion de faire une introspection. On n’est plus le même à l’arrivée.»

Sûr qu’il aura le temps de réfléchir. De Puerto Rico aux Canaries jusqu’à la Martinique, il faudra souquer ferme pendant 5000 km, soit quarante jours «si on est très bon» ou cinquante si les vents et les courants sont défavorables. Il faudra aussi vivre à quatre dans la promiscuité de Jasmine, le bateau qui affiche 1 m 70 de large sur 8 m 60 de long. Ramer jour et nuit, deux par deux. Soit deux heures d’effort, deux heures de repos. «Les pauses servent à manger, dormir, faire sa toilette et vérifier la route. Nous serons en liaison avec un routeur resté à terre.»

L’organisation à bord

Évidemment Jasmine n’est pas une simple embarcation, mais un bateau high-tech, en fibre de verre et carbone avec ses deux cabines et ses panneaux solaires pour alimenter le dessalinisateur. La cale sera bien remplie: 300 kilos de nourriture lyophilisée, quelques conserves, des fruits secs et du pemmican à haute valeur énergétique. «Une nutritionniste a préparé des sachets avec des goûts différents et des valeurs caloriques adaptées à chacun de nous», explique Philippe Schucany qui avoue appréhender un peu la difficulté à préparer les repas dans le vent et la fatigue.

Bien sûr, il a fallu apprivoiser le bateau, différent d’un aviron traditionnel, et harmoniser l’équipage, composé de Bernard Gerbeau, Philippe Berquin et Philippe Michel, trois seniors français tous amateurs de défis sportifs. S’entraîner avec ces rames plus lourdes qui nécessitent un autre geste et beaucoup de coordination. Pas de capitaine à bord, mais chacun aura son rôle à jouer. «Je m’occuperai de la bricole et des poubelles. J’ai la réputation d’être propre en ordre», rigole celui qui a cherché des empreintes et des traces d’ADN pendant plus de trente ans.


S’inspirer des meilleurs

Si le but n’est pas de battre un record, les quatre fringants navigateurs pourraient bien entrer dans le Guinness Book: c’est l’équipage le plus âgé à tenter la traversée d’un océan à la rame (65 ans de moyenne d’âge). Mais leur objectif est ailleurs: le projet justement baptisé À l’Abord’Âge est surtout une façon de promouvoir le bien vieillir, de montrer que la vie ne s’arrête pas à la retraite, mais qu’elle est aussi une traversée qui nécessite de sortir parfois de sa zone de confort. D’ailleurs Jasmine, après l’exploit, sera revendue au profit d’une association active dans le domaine de la santé, du bien-être et du sport.

On n’est plus le même à l’arrivée

Avant de partir, Philippe Schucany a quand même relu les livres de Gérard d’Aboville et de Maud Fontenoy. Ses deux modèles. «Nous, on est des gens ordinaires, mais eux, ce sont de vrais héros, qui ont fait la traversée seuls et dans l’autre sens, en résistant à la pression de l’inconfort.» Le mal de mer? «Le roulis du bateau me berce, je me réjouis presque.» Sa seule crainte: «Rencontrer des objets flottants, genre conteneurs. Ce serait stressant aussi de croiser certains animaux, baleines ou orques qui se jettent parfois sur le pont…»

Pour le reste, Philippe Schucany affiche une zénitude à toute épreuve et s’apprête à passer Noël sur l’eau – «si les rennes pouvaient nous livrer une dinde aux marrons, ce serait sympa». Il a prévu d’emporter son petit ours blanc en peluche, offert par une de ses filles, et sa tondeuse de poche. «Sans être coquet, j’ai envie d’être le plus beau possible à l’arrivée», dit-il en souriant. MM

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