8 octobre 2012

Balade ensorcelante autour du lac de la Gruyère

Au cœur du pays des armaillis, entre les villages de Corbières et de Broc, tombez sous le charme d’un chemin tout beau, tout neuf le long de rives paresseuses.

Vue sur les Préalpes et le Moléson.
De l’autre côté du rivage, une vue magnifique sur les Préalpes et le Moléson.
Temps de lecture 5 minutes

Pont de Corbières, imposant ouvrage de pierre surplombant une eau vert émeraude: c’est ici que nous démarrons ce circuit lacustre qui permet, depuis cette année, de faire le tour de la zone méridionale du lac de la Gruyère. Comme il s’agit d’une boucle, on peut bien sûr aussi décider de partir d’une autre localité riveraine.

Rive droite ou rive gauche? Notre cœur balance et nous optons finalement pour le versant occidental du lac avec l’idée de rejoindre Broc, via Morlon. Le chemin descend en pente douce pour se stabiliser un poil au-dessus de la berge. Une vingtaine de bateaux de plaisance – apparemment pas de première jeunesse – sont posés sur l’onde, avec les Préalpes fribourgeoises à l’arrière-plan. On se dirait face à une toile impressionniste.

Le lac de la Gruyère est le plus grand lac artificiel de plaine en Suisse. Un sentier suit ses berges presque sur l’entier du pourtour du plan d’eau.
Le lac de la Gruyère est le plus grand lac artificiel de plaine en Suisse. Un sentier suit ses berges presque sur l’entier du pourtour du plan d’eau.

Un sentier qui suit les contours du lac

Tout beau, tout neuf, le sentier pédestre serpente à l’ombre de feuillus et d’épineux. On imagine sans mal le travail de forçat qu’a dû nécessiter sa conception. «Ici, il est possible de longer les rives, pas comme au bord du Léman», remarque fort à propos le photographe qui nous accompagne.

Avec l’aisance d’un Tarzan au meilleur de sa forme, un écureuil roux se déplace de branche en branche sans trébucher ni lâcher sa noisette. Nous quittons l’artère principale pour prendre une allée perpendiculaire qui débouche sur une petite plage. Quelques arbres ont les racines dans l’eau. La faute au barrage de Rossens qui est à l’origine de la création, en 1947, du plus grand lac artificiel de plaine de Suisse!

Un cadre qui invite à la contemplation

Un tronc couché là nous sert de banc improvisé. Pas un souffle, pas un bruit, tout invite à la contemplation, à la méditation, à l’introspection. Nous profitons de cette pause pour grignoter une pomme et nous vider la tête de nos tracas quotidiens.

L'Impatiente glanduleuse diffuse un parfum 
puissant.
L'Impatiente glanduleuse diffuse un parfum 
puissant.

Des tintements de cloches rappellent – si besoin était – que nous sommes en Gruyère, patrie du roi des fromages à pâte dure et de la double crème. De belles laitières de toutes les couleurs paissent en amont. Deux joggeuses nous dépassent sans vergogne. Les vaches risquent un torticolis à les regarder courir.

Plus loin, plantes de marais et mûriers s’enchevêtrent amoureusement pour dessiner les contours harmonieux d’un jardin japonais. Le glougloutement d’un invisible ruz ajoute encore une touche à la «zénitude» de l’endroit.

Au détour du chemin, l’on surprend une jeune amazone en bikini qui donne le bain à Luna, une solide monture à la robe marron. Cette dernière fait un petit tour dans le lac avec sa cavalière, puis ressort de l’eau aussi sec! «Elle adore ça», sourit Sabrina.

Notre route passe sous le village de Morlon. Nous longeons une magnifique ferme à la façade de laquelle est accrochée l’incontournable poya. Halte au lieu-dit Les Laviaux dans l’espoir de se sustenter. «Mince de mine!» la buvette est fermée justement aujourd’hui et nous n’avons pas prévu de casse-croûte pour le cas où!

L’estomac dans les talons et le moral dans les chaussettes, nous quittons cette presqu’île que les Gruériens envahissent à la belle saison, comme en témoignent les deux toilettes sèches installées ici ce printemps. Cahin-caha, nous poursuivons notre quête sous le regard du Moléson. Des orchidées par milliers diffusent un parfum fruité, entêtant, limite écœurant.

La nature est riche autour 
du lac.
La nature est riche autour 
du lac.

Au pays de la cuchaule et de la moutarde de Bénichon

Un pont nous permet de sauter par-dessus la Sarine. Petit détour par Broc pour se restaurer et acheter une cuchaule ainsi qu’un pot rempli à ras bord de moutarde de Bénichon. Nos pas nous conduisent ensuite à Broc-Fabrique. On peut y visiter au choix la chocolaterie Cailler ou l’usine électrique Electrobroc, voire faire un crochet par les bouillonnantes gorges de la Jogne.

Une bonne grimpette et nous nous retrouvons près de Botterens, village célèbre pour ses meringues. Juste le temps de saliver et voilà qu’on plonge en direction du plan d’eau que l’on avait perdu de vue depuis un bon moment déjà.

Des contours harmonieux dignes d’un jardin japonais.
Des contours harmonieux dignes d’un jardin japonais.

Du vent agite les aiguilles d’un mélèze, la surface du lac se ride de vaguelettes, des nuages menaçants s’amoncellent au-dessus de nos têtes. Nous accélérons l’allure, mais le sentier s’avère plus chaotique que sur la rive opposée. Une marcheuse, croisée au début de la balade, nous avait prévenus: «Vous verrez, de l’autre côté, c’est nettement plus casse-pattes!»

Après pratiquement deux heures d’un chemin en montagnes russes, la délivrance: les cinq arches du pont de Corbières se détachent à l’horizon. Il commence à pleuvoir. Encore une jolie montée en lacets et nous rejoignons notre point de départ. Heureux et un peu fourbus.

De retour à la maison, on tartine une grande tranche de cuchaule d’une généreuse couche de moutarde de Bénichon pour retrouver l’atmosphère ensorcelante du lac de la Gruyère… A chacun sa madeleine!

Photographe: Laurent de Senarclens

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