12 juillet 2017

Biarritz et Saint-Jean-de-Luz: le Sud autrement

Après avoir séduit les flâneurs aristocrates, Biarritz et Saint-Jean-de-Luz attirent les surfeurs acrobates. Mais pas seulement. Tous les gourmets et les amateurs d’une nature préservée ne pourront être que séduits par le Pays basque français.

A Biarritz, la plage appelée «La Côte des Basques» attire surfeurs et sportifs de l’extrême. (Photos: Office du tourisme de Biarritz)

Avenue de l’Impératrice, boulevard du Prince-de-Galles, rue Albert-1er: il suffit de lire un plan de la ville de Biarritz pour faire rejaillir le passé prestigieux de cette petite ville de 25 000 habitants. Celui d’une époque, la seconde moitié du XIXe siècle, où toute l’aristocratie européenne se pressait sur la côte basque. «On doit l’essor du tourisme à Eugénie, l’épouse de Napoléon III, qui a fait construire une somptueuse villa sur la plage en 1855», explique Isabelle Franke, guide spécialisée en histoire de l’art. Dans la foulée, toutes les cours européennes lui ont emboîté le pas, transformant rapidement ce petit port de baleiniers en une station climatique mondaine. De nos jours encore, on retrouve des traces de ce faste: la villa Eugénie, agrandie après un incendie, s’est muée en un palace, l’hôtel du Palais, qui ploie sous les dorures et les lustres à pampilles. A quelques centaines de mètres de là, cachée entre d’élégants immeubles, la chapelle impériale rappelle aussi ce temps révolu. «Autrefois, l’église faisait partie du domaine de la villa. Il s’étendait sur 27 hectares et comptait 15 000 pins. Lorsque Eugénie l’a vendu en 1880, il a été morcelé», raconte notre guide, qui vous récitera avec bonheur l’arbre généalogique des Bonaparte. Si l’extérieur de l’édifice est plutôt quelconque, l’intérieur, richement décoré, ne manque pas d’étonner le visiteur. «Il est de style romano-byzantin et hispano-mauresque», précise Isabelle Franke. Dans ce joyeux mélange qui évoque entre autres les origines d’Eugénie, née à Grenade, on retrouvera les armes des empereurs français, l’abeille, ainsi que des évocations de la Vierge mexicaine de Guadalupe, qu’aimait prier l’impératrice.

Isabelle Franke, guide spécialisée en histoire de l’art.

Dès la fin du XIXe siècle, les bourgeois golfeurs ont remplacé les aristocrates en nombre. On compte ainsi dans la région la plus grande concentration de golfs de France avec seize parcours ouverts toute l’année. Quand aux surfeurs, ils ont fait leur apparition dès 1957 suite au tournage d’un film américain lors duquel les deux réalisateurs, Dick Zanuck et Peter Viertel, comprirent très vite le potentiel du spot de Biarritz. C’est grâce à eux que le surf fut introduit en Europe. Le succès fut immédiat, et un petit groupe de Français – baptisés les Tontons surfeurs – les imitèrent aussitôt. «La région a l’avantage de présenter une grande variété de vagues», explique Fred Papagiorgiou, moniteur de surf depuis douze ans au centre de glisse de la Milady. Cela s’explique aussi bien par la topographie du littoral du golfe de Gascogne que par les fonds marins parfois très accidentés. Du coup chacun y trouve son plaisir: les apprentis surfeurs tout comme les sportifs de l’extrême qui iront taquiner la Belharra, une vague géante – l’une des plus grosses d’Europe – qui se brise sur une dalle rocheuse à 10 kilomètres au large de Biarritz. «Le surf, c’est une école de la vie. On apprend à se connaître et à faire preuve de patience et de persévérance afin de rechercher la glisse la plus parfaite possible. Mais on apprend aussi à être humble face à la nature. Il faut respecter sa puissance.»

Macarons royaux

A une petite vingtaine de kilomètres plus au sud, Saint-Jean-de-Luz peut elle aussi se targuer d’une histoire prestigieuse. C’est ici en 1660 que Louis XIV a épousé Marie-Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne, mettant un terme à la guerre qui sévissait entre les deux royaumes. Le bel étage de la maison où le monarque a séjourné durant un bon mois se visite et donne un bel aperçu de la vie au XVIIe siècle. Mais pour réellement revivre ce royal passé, le visiteur s’empressera de pousser la porte de Maison Adam. Située de l’autre côté de la place, cette pâtisserie a su séduire le jeune roi avec ses macarons basques, une spécialité à base d’amandes, de sucre et de blancs d’œufs dont la recette précise est jalousement gardée secrète. Ces délices sont toujours et encore préparées quotidiennement. Y croquer c’est, le temps d’une bouchée, jouir d’un royal plaisir.

Fred Papagiorgiou, moniteur de surf.

Blottie derrière un épais mur protégeant les maisons des assauts de l’océan, la petite ville de Saint-Jean-de-Luz se visite aisément à pied. La flânerie est l’occasion de découvrir de nombreuses autres spécialités de la région. Chez Pariès – une institution – on confectionne entre autres des caramels, des chocolats et des gâteaux basques fourrés aux cerises noires ou à la crème depuis cinq générations. A deux pas, chez Pierre Oteiza, on déguste du jambon du Kintoa AOC. Provenant d’une race de porc réintroduite il y a une trentaine d’années et vivant en liberté dans la vallée des Aldudes jouxtant l’Espagne, cette spécialité surprend par son goût puissant et sa chair persillée. Et sous la belle halle en fer forgé du marché, les gourmets trouveront une profusion de poissons et de coquillages, de fruits et légumes ainsi que de fromages et de douceurs, laissant penser que le Pays basque français sait tirer le meilleur à la fois de la mer et de la terre.

Après une journée de farniente au bord de l’eau ou plus active sur l’eau – à Saint-Jean-de-Luz on pratique tous les sports nautiques allant de la pirogue hawaïenne au kitesurf en passant par le kayak –, on restera en mode balnéaire pour goûter un vin unique au monde. A Ciboure, à un jet de pierre de là, se trouve le chai Egiategia où Emmanuel Poirmeur a développé une technique de vinification sous-marine étonnante: «Immerger des cuves dans la baie, à 15 mètres de profondeur, permet d’avoir une agitation permanente grâce à la houle ainsi qu’une pression et une température constantes. Des conditions idéales pour ce qu’on appelle la prise de mousse dans la vinification des vins effervescents. Et de quoi permettre d’agiter sans cesse les levures afin qu’elles développent des arômes inédits.» Tellement inédits d’ailleurs que ce vin 100% immergé est plutôt réservé aux sommeliers. Il faut un palais de pro pour encaisser une telle explosion en bouche. Pour les profanes, Emmanuel Poirmeur a créé un blanc, un rosé et un rouge qui sont des assemblages de vins vinifiés sur terre et sous l’eau. Les trois s’avèrent toutefois déjà plus que troublants...

Emmanuel Poirmeur, viticulteur.

Au pays du piment et de l’hortensia

Une visite du Pays basque français ne serait pas complète sans l’exploration des terres intérieures. Ici les villages, magnifiquement préservés, ont fière allure. On cherche quelques verrues architecturales. En vain. Les vieilles fermes aux murs blanc éclatant et aux colombages rouge sang de bœuf, vert profond ou bleu très foncé forcent l’admiration. Tout comme les jardins entourés de dalles de Rhune, ces pierres plates formant d’élégants murs de pierre, qui accueillent une végétation luxuriante composée immanquablement d’hortensias géants.

Le village d’Espelette vaut bien sûr le détour avec ses célèbres piments AOC séchant sur les façades. Sare est certes moins connu mais mérite également une halte. L’intérieur de l’église Saint-Martin est typiquement basque avec ses galeries superposées en bois. C’est là que prennent place les hommes pour la messe. Les femmes restant en bas. Une séparation qui est toujours la règle aujourd’hui. C’est que le Basque n’est pas qu’un bon vivant, fier de ses racines: il sait – et aime – respecter les traditions.

Ce voyage a été rendu possible grâce à «easyJet» et au Comité départemental du tourisme Béarn-Pays basque.

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