30 juin 2014

Bienvenue aux «Inhospitalières»!

Sur la frontière des langues, entre Gruyère et Simmental, se dresse l’imposante et mythique chaîne des Gastlosen. En faire le tour à pied est presque un jeu d’enfant…

La face nord des Gastlosen sous un ciel menaçant:
La face nord des Gastlosen sous un ciel menaçant: ce décor rappelle la légendaire colère du diable.
Temps de lecture 5 minutes
Un randonneur se dirige vers un des pics des Gastlosen.
Le tour des Gastlosen constitue une jolie randonnée réalisable en une bonne demi-journée

Les Gastlosen, les «Inhospitalières» en français: une barre de calcaire de quelque 15 km de long et de plus de 300 m de haut, posée au croisement des frontières entre les cantons de Fribourg, Berne et Vaud. Le paradis pour les alpinistes, l’antre du diable pour nos ancêtres et un chouette but d’excursion pour nous marcheurs! Surtout qu’il est possible de rejoindre pratiquement le pied de cette chaîne en télésiège (lire encadré) ou en voiture.

Une dentelle de pics à contre-jour

Ce matin-là, nous nous extrayons péniblement d’un break japonais au parking du Chalet du Soldat, au lieu-dit Schli Sat­tel (1430 m), avec la ferme intention de faire le tour du massif en question dans le sens des aiguilles d’une montre dans le but d’avoir une bonne lumière pour les prises de vue. Au final, l’on recommanderait d’ailleurs de l’effectuer plutôt en sens inverse.

Paysage en route, avec un randonneur devant les panneaux de signalisation jaunes indiquant les divers chemins possibles.
Un paradis pour randonneurs

Il est 10 heures. L’air est encore chargé d’humidité. Départ au son du glouglou d’un torrent et du cui-cui des oiseaux. Commence alors une tranquille marche d’approche qui permet au randonneur d’appréhender pas après pas les rugueuses, solides et presque inquiétantes Gastlosen. Dans cette dentelle de pics à contre-jour, la silhouette d’un félin – c’est l’aiguille du chat – se détache. On se sent minuscule souris devant lui.

La route caillouteuse serpente jusqu’au Musersbergli (station d’arrivée du télésiège). Juste après, un sentier descend à droite, puis remonte abruptement via Mattenwald, une forêt de résineux. Prudence de Sioux pour éviter les pièges constitués de pierres glissantes et de racines retorses. Allure de sherpas afin de ne pas s’asphyxier dès les premières enjambées. En haut, un petit coin d’Alpes se dévoile. Plus haut encore, un drapeau suisse pend paresseusement le long de son mât. Nous voilà au Chalet Grat (1642 m), un sympathique restaurant de montagne.

Les Gastlosen montrent leur face sud, leur moins beau profil. Après quelques encablures sur une chaussée goudronnée, nos semelles apprécient de retrouver le moelleux du pâturage. Des piquets fichés en terre indiquent le chemin à suivre. Sous l’effet de la chaleur, les fleurs qui tapissent le sol commencent à exhaler leurs parfums enivrants destinés à faire perdre la tête aux abeilles, bourdons et papillons.

Gentianes
Gentianes aperçues lors de la randonnée.
Anemones pulsatiles
Anemones pulsatiles

Soleil de plomb, pas la moindre brise, pas le moindre courant d’air. Heureusement qu’un troupeau de cumulus passe en ordre dispersé au-dessus de nos têtes, nous procurant parfois quelques précieuses secondes d’ombre. Comme le précisent d’officiels panneaux, les chiens doivent être tenus en laisse pour ne pas déranger marmottes et chamois. On ne verra ce jour-là ni la queue de l’une ni celle de l’autre. Pour cela, il aurait fallu être plus matinal.

Le Chalet du Soldat et sur la droite, la face Nord.

Un sérieux raidillon nous mène au Wolfs Ort, le col du Loup, point culminant de cette balade (1921 m). Petite pause amplement méritée pour reprendre notre souffle et contempler un large panorama sur Alpes et Préalpes. «Soldatenhaus – 30 min»: la flèche jaune nous invite à plonger sur le Chalet du Soldat (1752 m). On crapahute sur un sentier rocailleux en pente raide pour atterrir sur la terrasse de cet établissement désormais public (lire encadré).

Les traces de la colère du diable

Quarante minutes de marche nous séparent encore du parking. Passage obligé donc sous la face nord des «Inhospitalières», la plus belle, la plus spectaculaire. Le ciel se fait un brin menaçant et quelques coups de tonnerre se répercutent sur ce rempart de pierre qui a poussé là il y a des millions d’années. Faut pas traîner: les orages ici peuvent être aussi violents que dévastateurs.

Le décor est en place pour qu’entre en scène le diable qui, un jour de divine colère, aurait lancé sa grand-mère contre les Gastlosen. Avec une telle rage que la roche se serait fissurée au point d’impact. Tout cela pour expliquer la présence, dans la paroi, d’une ouverture béante baptisée Grossmutterloch. Celle-ci se révèle à nos yeux juste avant de boucler la boucle, à l’instant même où tombent les premières gouttes de pluie…

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