11 septembre 2018

Bill Holden, l'artisan des sons

Voilà près de quarante ans que l’Américain Bill Holden fabrique ses propres instruments de musique à La Chaux-de-Fonds. Il anime également des ateliers pour enfants, durant lesquels les jeunes participants sont invités à jouer avec ces inventions.

Bill Holden
Comme il disposait de moyens financiers limités, Bill Holden s’est lancé dans la conception de ses propres instruments. (Photo: Guillaume Perret/Lundi13)
Temps de lecture 4 minutes

Une boîte à biscuits, des bidons de lait, des skis à l’ancienne, une tringle de rideau, des passoires en acier, une jante de vélo: derrière cet inventaire à la Prévert, que l’on pourrait décliner à l’infini, se cachent de bien curieux instruments de musique. Affublés d’un manche en bois ou d’une tige en métal, fixés sur un support ou à un tuyau, ces objets se transforment, sous les doigts habiles de Bill Holden, en batterie, en trompette ou encore en banjo. Dans son local chaux-de-fonnier baptisé La Sonorie, l’Américain du Tennessee joue depuis près de quarante ans avec les sons, bricolant et créant au gré de son imagination. Et anime des ateliers pour enfants, histoire de partager sa passion.

La musique, il l’a dans le sang. «Ma mère était pianiste, elle composait. J’ai donc eu la chance de baigner dans cet univers dès mon enfance, même si je suis loin d’être aussi doué qu’elle.» C’est à la trompette que le jeune Bill fait ses premières armes, dans la fanfare de son école. «Ces dernières sont très populaires aux États-Unis. Et puis, j’ai toujours préféré jouer en compagnie d’autres musiciens.» Plus tard, étudiant en histoire à l’université, il anime avec divers groupes bals et fêtes privées. Son credo? Le rhythm’n’blues et la soul, deux genres très prisés de l’Amérique des années 1960 et 1970.

«Après mes études, j’ai décidé de changer radicalement de vie: je suis parti au Maroc pour apprendre l’anglais à des lycéens. Incidemment, j’ai découvert de nouveaux rythmes et j’ai été frappé par le rôle social que revêt la musique dans la culture maghrébine.» Riche de ces nouvelles expériences, il poursuit son chemin en Algérie et en Tunisie, avant de se diriger vers la Suisse en 1978. «Un vieux copain était établi à Zurich, je suis allé lui rendre visite. N’ayant jamais eu de plan de carrière, j’ai toujours aimé me laisser porter par le hasard.»

Que l’on souffle, pince, gratte, tape ou secoue, tous les moyens sont bons pour produire du son

Bill Holden

C’est d’ailleurs une rencontre fortuite qui, quelques mois plus tard, marquera un nouveau tournant dans son existence. «Je faisais du stop dans la vallée de Tavannes, dans le Jura bernois. Je suis tombé sur un type dont le break était rempli d’instruments de musique. De fil en aiguille, il m’a proposé d’assister aux ateliers qu’il animait pour les enfants. J’ai été fasciné par la façon dont il arrivait à inciter la curiosité de ces derniers. J’ai décidé de me lancer dans une démarche similaire.»

En 1979, Bill Holden s’installe donc à La Chaux-de-Fonds. Disposant de moyens financiers limités, il se lance dans la conception de ses propres instruments. En récupérant des objets dans les décharges ou dans la rue, en les détournant à l’aide d’un outillage très primaire, en tâtonnant. «En anglais, on dit que nécessité est mère d’invention, sourit-il. Certaines de mes réalisations représentent le fruit d’années d’expérimentation. Et que l’on souffle, pince, gratte, tape ou secoue, tous les moyens sont bons pour produire du son. D’ailleurs, le courant de la musique minimaliste, qui a secoué mes racines classiques, me parle beaucoup. Pour moi, la création musicale doit s’apparenter à une activité ludique.»

Cette philosophie, il l’applique à la lettre lors des ateliers qu’il anime pour les enfants depuis 1981: les jeunes disciples sont invités à découvrir ces instruments improvisés, à s’y essayer. «Aucun apprentissage technique n’est nécessaire pour en jouer. Ce qui importe, c’est l’écoute et le partage.» À une fillette qui, un jour, lui demandait si les sons qu’elle produisait étaient justes, il répondit: «Est-ce qu’à toi ça te plaît? Si c’est le cas, c’est que c’est juste…» Son but: allumer une étincelle, susciter l’envie. Et la formule semble fonctionner, puisqu’il accueille désormais les enfants de ses anciens élèves…

Fantasme musical

En parallèle de cette activité d’animateur, Bill Holden joue régulièrement, depuis son arrivée en Suisse, dans des ensembles musicaux. S’il a quitté aujourd’hui la Fanfare du Loup à Genève et la Compagnie d’Eustache à Lausanne – «C’étaient des expériences formidables, mais il était temps de laisser la place aux jeunes!» – il donne occasionnellement des concerts avec deux de ses amis: «L’un chante et joue du banjo, l’autre gratte sur une planche à laver avec des dés à coudre! Mon instrument à moi, c’est le sousaphone, une sorte de tuba que l’on porte sur l’épaule. Il m’arrive aussi de souffler dans une cruche, ou «jug» en anglais: c’est pourquoi notre trio s’appelle l’Organic Jugband.» À ses heures perdues, il se produit également dans un bistrot kurde de La Chaux-de-Fonds.

Bref, l’Américain n’a guère le temps de chômer. Souvent sollicité pour des animations ponctuelles aux quatre coins du pays, il envisage d’ouvrir, cet automne, un atelier pour les adultes. «J’ai reçu pas mal de demandes. Et pour aller plus loin, j’aimerais bien, un jour, organiser un concert en utilisant uniquement des instruments inventés de toutes pièces. On pourrait imaginer une tournée, durant laquelle on recruterait des volontaires dans chaque ville pour jouer. Ils devraient avoir le sens du rythme, mais ce ne serait pas forcément des professionnels. C’est mon plus grand fantasme musical, j’espère un jour le concrétiser!»

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