13 juin 2019

Un travail au poil

Le métier de gardien d’animaux a le vent en poupe. Aurélie Besson, 29 ans, suit un apprentissage à l’élevage de labradors Hug Me, à Ogens (VD). Son quotidien riche en contrastes est bien plus physique qu’on ne l’imagine.

Jouer avec les chiots est une activité primordiale pour leur socialisation.
Jouer avec les chiots est une activité primordiale pour leur socialisation.
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Museau plissé et regard encore un peu flou, sept boules de poils pataudes et endiablées – six noires, une blanche – se bousculent près du grillage pour nous voir de plus près. «Il y a de l’animation, aujourd’hui, hein?», lance en souriant Aurélie Besson, 29 ans, apprentie gardienne d’animaux en 2e année.

Nous sommes à l’élevage de labradors Hug Me, à Ogens. Face à la chaîne du Jura, la magnifique propriété comprend un manège, les vastes écuries de l’Élevage de la Roche, où sont chouchoutés et travaillés des chevaux de sport, une belle demeure couverte d’échafaudages, ainsi qu’un espace verdoyant destiné aux chiens, flanqué d’une maisonnette: «C’est là que j’habite pour le moment, le temps que la rénovation de la maison principale soit terminée, s’amuse Françoise Trembley, la propriétaire, qui couve tout son petit monde – qui inclut aussi Kathleen, venue en stage d’observation durant deux jours – d’un regard bienveillant. «Je suis venue soigner les chevaux ici durant trois ans, explique Aurélie. Puis, lorsque Françoise a eu deux portées de chiots en même temps, je l’ai aidée à s’en occuper. Et j’ai adoré! J’ai eu beaucoup de chance, car il n’y a pas beaucoup de places d’apprentissage, et Françoise n’avait pas encore la possibilité de former quelqu’un. Mais elle a effectué toutes les démarches, et m’a ensuite engagée comme apprentie.»

Des journées bien occupées

La dernière portée de labradors n’a donné qu’un seul chiot blanc.

À côté de nous, des grognements sourds se font entendre: les chiots jouent, se battent et roulent les uns sur les autres. «Hé là, on se calme!», s'exclame Françoise Trembley, avant de se tourner vers nous: «On les laisse s’exprimer, mais il y a des limites.» «Ils ont des dents très fines, presque comme des aiguilles, et déjà beaucoup de force dans la mâchoire, explique son apprentie. Ils peuvent donc vite se faire mal ou se déchirer un bout d’oreille! Le problème, c’est que quand l’un s’y met, tous les autres suivent le mouvement.» À côté d’elle, Kathleen suit les explications avec intérêt. Elle est actuellement stagiaire bénévole au centre de soins pour oiseaux sauvages La Vaux-Lierre, à Étoy: «Il y a des bébés en couveuse qu’il faut nourrir toutes les quinze minutes! C’est une bonne expérience, mais j’ai toujours été plus attirée par les animaux de compagnie. Ici, il y a plein de choses à voir et à apprendre.»

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le travail d’un gardien d’animaux de compagnie ne consiste pas seulement à câliner et jouer avec des chiots – même si c’est une activité primordiale pour leur socialisation. «C’est un travail très physique, explique Aurélie Besson. On est debout toute la journée et dehors par tous les temps. Il faut aussi s’occuper des chiens qui sont en pension, aller les promener, les nourrir. Les journées sont souvent longues, et il faut ramasser régulièrement les crottes et bien nettoyer les lieux… Mais l’avantage d’un petit espace comme ici est que ces tâches ne prennent pas trop de temps. Certains camarades de classe travaillant dans des grandes structures passent une bonne partie de la journée à nettoyer!»

Aux petits soins pour chaque chien

Si elle connaissait déjà ces aspects du métier avant le début de son apprentissage, elle en découvre dorénavant d’autres: «Le travail administratif est très important, notamment lors des premiers échanges avec les futurs propriétaires. Il faut être sûr qu’ils offriront un accueil et des soins adéquats à leur chien. Il faut également faire passer le test de caractère TAN (test d’aptitudes naturelles) pour l’admission à l’élevage des chiennes destinées à devenir de futures mamans, puis inscrire les bonnes candidates.» L’éleveuse rit: «Quand on est, comme ici, au top de la sélection, il faut faire beaucoup de kilomètres pour trouver le fiancé idéal qui pourra saillir les chiennes.» Aurélie renchérit: «Lorsque la chienne arrive au bout de sa gestation, et qu’elle appartient à une famille, on l’accueille à nouveau et on l’aide à mettre bas, tout en tenant le propriétaire au courant de chaque étape pour le rassurer.»

Les chiots ont beaucoup d’espace et de jeux différents à disposition.

Elle ne s’avoue pas particulièrement impressionnée par son rôle ponctuel de sage-femme canine. «J’avais déjà aidé à faire naître un poulain. Mais la mise bas d’une chienne est beaucoup plus longue à cause du nombre de chiots, on compte facilement douze heures de travail et, durant ce temps, il faut être là en permanence pour parer au moindre problème. De toute manière, comme les horaires des journées fluctuent, je loge sur place: c’est plus simple pour être à disposition rapidement en cas d’urgence!»

Gastronomie canine

Il est l’heure pour la jeune fille de s’occuper d’une autre de ses tâches: la préparation du repas des chiots. «On commence les journées à 6 h 30, en faisant tremper des croquettes qu’on leur donne à 7 h»,explique­t‑elle tout en s’activant. D’un geste sûr, elle aligne sept écuelles, y émiette des Weetabix et les mélange à des cornflakes et du lait coupé d’eau. «Là, je prépare leur repas de 10 h 30. À 14 h, on leur donne soit des croquettes, soit de la viande fraîche avec des céréales pour chiens et du lait coupé. Et à 17 h 30, je leur prépare un flan avec du lait et des œufs, que je cuis au four pendant une heure. Comme ça, ils ont déjà l’habitude de manger des choses différentes et leur futur propriétaire pourra ensuite choisir de donner ce qui l’arrange.»

Au menu du déjeuner: céréales et lait coupé d'eau, le tout préparé avec amour par Aurélie!

Une bonne odeur de céréales se répand dans la cuisine. Tosca, une élégante labrador noire, hume l’air d’un air mélancolique. «Elle a deux ans et c’est sa première portée. Les chiots sont sevrés depuis cinq jours et on évite qu’elle les voie trop, afin de couper peu à peu son lait. Sa mise bas a été une vraie surprise: le papa est blanc et la maman de Tosca aussi, et de ce fait, il aurait dû y avoir plusieurs chiots blancs. Mais là, il n’y en a eu qu’un! En général, les chiots sont déjà réservés avant leur naissance et il y avait presque uniquement des demandes pour des blancs, qui sont les plus recherchés avec les chocolat. Mais certains propriétaires ont accepté de changer de couleur.»

Aurélie sort les écuelles, qu'elle place dans une mangeoire où chaque chiot a une place individuelle pour manger au calme. La petite troupe se précipite bruyamment sur son repas. L’un d’eux, goulu, lape son écuelle avec avidité avant de tenter de se frayer un passage dans l’espace voisin. Un autre, en revanche, goûte son plat avant de s’en désintéresser: «Il mange généralement plus lentement que les autres, et surtout ce plat-là: il le trouve trop collant, explique Françoise Trembley d’un air amusé. «Mais enfin, Ben, viens mon gars! Il faut manger encore un peu!», s’exclame alors d’un air inquiet l’une des deux propriétaires de ce dernier, arrivées dans l’intervalle pour admirer leur petit protégé. À côté d’elles, deux chiots se disputent un chiffon, tandis qu’un autre mordille un jouet en plastique.

Tosca, la maman labrador, a droit à une belle promenade à travers le domaine.

Après le repas, la jeune apprentie les entraîne tous dans un coin du parc pour qu’ils fassent leurs besoins. Puis Françoise Trembley s’empare d’une grosse cloche qu’elle fait sonner à la volée: «C’est la récréation! Il faut habituer les chiots au maximum de bruits et d’événements possibles durant le temps où on les garde, explique-t-elle. En général, les propriétaires les prennent à neuf semaines, après leur premier vaccin.» Fatigués par tant d'agitation, les chiots s’endorment un à un, affalés à l’ombre. «C’est bien, ils reprennent un peu de force, commente en souriant Aurélie. Ils en ont besoin, car cet après-midi, deux spécialistes viendront leur faire passer le test de Campbell, qui permettra de mieux déterminer leur caractère.»

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