4 janvier 2016

Le petit homme qui apprenait le ski aux grands

Fils d’immigré italien, Bouby Rombaldi a d’abord été un sportif et un entraîneur de haut niveau, avant de devenir le professeur et le confident des célébrités qui déferlaient dans les années 60 à Crans-Montana (VS).

Portrait de Bouby Rombaldi
Bouby Rombaldi a été un professeur très apprécié de sa clientèle parfois prestigieuse.
Temps de lecture 4 minutes

Donc, il est né dans une baignoire. C’était le 31 décembre 1925, à Montana (VS). Baptisé Alfred-Germain, on ne l’appellera jamais que Bouby. Bouby Rombaldi, fils d’un ébéniste italien arrivé de Belluno et d’une ressortissante de Vouvry.

Aujourd’hui, à 90 ans, Bouby peut dire qu’il aura connu du monde. Et du beau. En vrac, Jackie Onassis, Bourvil, Gina Lollobrigida, Ted Kennedy, Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Bernard Blier, André Malraux, on en passe et des plus légendaires.

Des gens dont il aura été le professeur de ski, le fournisseur de matériel sportif, l’hôte et souvent l’ami. «Gina m’a encore téléphoné l’autre jour, elle m’a dit qu’elle s’ennuyait beaucoup, qu’à Rome c’était compliqué en ce moment. «Il raconte aujour­d’hui tout cela dans un livre (voir encadré) que lui consacrent les journalistes François de Michielis, Patrick Nordmann et Joël Cerutti.

La station des stars

Pour expliquer cette affluence de personnalités à Crans-Montana (VS) dès le début des années 60, Bouby évoque un effet «boule de neige»: «Ce sont quelques personnes de la politique, de la finance et du cinéma français qui sont venues d’abord, et qui ont attiré petit à petit leurs amis et les amis de leurs amis. A la fin, ils avaient tous un chalet ici.»

Bouby se souvient, modestement: «Mme Kennedy venait chez moi avec ses enfants, Mme Malraux venait jouer du piano.» Quand on lui demande qui parmi ces monstres sacrés l’a le plus marqué, il botte en touche.

«Je n’étais pas impressionné. Mais je trouvais la famille Kennedy formidable. Je les ai connus tous, Bob, Ted, et tous les enfants, ils étaient dix-sept quand on faisait du ski ensemble. Plus quatre gardes du corps. Pas pour Mme Kennedy, mais pour son fils John-John.

Je devais programmer très précisément le déroulement des journées de ski, surtout que les gardes du corps ne savaient pas skier. Mais tout s’est bien passé.»

Boubi Romabldi derrière une fenêtre avec reflet de montagnes.
Bouby Rombaldi a fait jazer le beaumonde..

Au point que la famille demande à Bouby de venir aux Etats-Unis accompagner les sorties du clan sur les pentes des stations américaines. La presse people new-yorkaise s’étonne: «Bouby Rombaldi, mais qu’est-ce que c’est que ce nom? Jackie Onassis a donné un petit dîner pour lui dans son appartement, une réunion intime, avec juste Ted Kennedy et quelques plus humbles mortels.»

Le même écho mondain présente Bouby comme un millionnaire suisse de l’immobilier qui posséderait «la moitié de la ville de Crans-Montana, à trois heures de Lausanne».

En réalité, Bouby quitte l’école à 16 ans, commence à travailler dans l’ébénisterie paternelle. Mais sa passion, c’est le ski. Avec les autres membres du ski-club de Montana, il pratique le «combiné 4» – descente, slalom, saut à ski et ski de fond. En 1946, il intègre l’équipe suisse, est sélectionné deux ans plus tard pour les Jeux olympiques de Saint-Moritz (GR). Avant qu’on s’aperçoive que Bouby était Italien. Il ne sera naturalisé qu’en 1949.

En 1950, il gagne le championnat suisse de combiné alpin. En 1951, lors d’une séance d’entraînement, il est renversé dans une file d’attente de skilift par un coureur qui avait perdu le contrôle de ses lattes. Huit fractures du tibia et du péroné et trois mois d’extension. Le skieur fou s’appelait Curtzen, venait de Montreux et était «un... bon coureur de ski nautique».

Des clients pas comme les autres

Ni une ni deux, Bouby, en 1953, devient entraîneur de l’équipe suisse et choisit de s’occuper des dames. Aux jeux de Cortina en 1956, ses protégées raflent tout: médaille d’or en descente pour Madeleine Berthod, médaille d’or en slalom pour Renée Colliard. Entre-temps il a ouvert un magasin d’articles de sport à Montana puis, en 1961, un autre à Crans, où les célébrités se précipitent bientôt. Bouby raconte avoir même vendu «des skis recouverts de fourrure de panthère. Trois ou quatre paires à 2000 francs de l’époque.»

Parmi ses clients, outre les glorieux personnages déjà mentionnés, Johnny Hallyday, Charles Pasqua, Roger Moore, Belmondo, Ventura. Mais ses meilleurs amis restent Gilbert Bécaud et Gina Lollobrigida. Bécaud en fait son invité surprise lors de l’émission Sacrée soirée sur TF1 et Gina l’invite à l’Elysée lorsqu’elle reçoit la Légion d’honneur des mains du président Mitterrand.

Sinon, Bouby a aussi appris le ski de fond à Eddy Merckx. Avec le champion belge ils ont même fait entre amis quelques tours de Corse ou de Toscane à vélo. «Lui roulait au ralenti et nous on crochait derrière.» Ou encore été chef technique des mémorables championnats du monde de ski à Crans-Montana en 1987. Pour résumer, il nous confie encore ceci:

parmi ces gens, certains étaient quand même plus intéressants que d’autres. Malraux par exemple.»

Texte: © Migros Magazine | Laurent Nicolet

Photographe: Isabelle Favre

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