5 mars 2020

«Le sport est un moyen de rebondir dans la vie»

Devenir un athlète malgré un handicap, courir des kilomètres pour regagner de l’estime de soi… Dans l’ouvrage «Sport et Résilience» qu’il a codirigé, le psychiatre Philippe Bouhours nous explique comment l’activité physique permet de surmonter ses blessures psychologiques.

Qu’elle soit pratiquée au plus haut niveau ou à titre de hobby, l’activité physique se révèle un formidable outil pour rebondir après un traumatisme.Photo: IStock

Philippe Bouhours, êtes-vous un sportif?

Oui, j’ai un long parcours de sportif, à la fois amateur et semi-amateur. J’ai joué au rugby pendant plus de dix ans dans des équipes scolaires. J’ai aussi pratiqué le tennis, la plongée sous-marine, le golf… Aujourd’hui, je fais surtout de la marche et de la course à pied. J’aime le sport, il me définit. Ce n’est donc pas un hasard si je contribue à un livre qui aborde cette thématique.

Quels sont les bénéfices physiques et psychologiques du sport?

Ils sont multiples. On le sait aujourd’hui, le sport est bon pour la santé. Il contribue à améliorer et stabiliser l’humeur, à combattre la dépression et le stress, à prévenir certaines maladies comme le diabète. Une activité régulière évite la sédentarité et, quand le sport est un mode de vie, il pourrait jouer un rôle dans la résilience face aux perturbations émotionnelles.

Pourriez-vous nous rappeler brièvement ce qu’est la résilience?

Le concept de résilience développé par Boris Cyrulnik désigne la capacité, après un traumatisme, de rebondir pour reprendre un développement normal, voire pour certains de devenir plus forts.

Et le sport serait un bon outil pour y parvenir…

Oui, sport et résilience sont deux thèmes qui se complètent parfaitement. Tout dans le sport appelle au dépassement de soi et c’est souvent dans l’adversité que le champion se dépasse. Pour un individu traumatisé par la vie, le sport est un moyen de rebondir et de renouer avec la réussite après la défaite, la maladie, les échecs personnels.

À quel moment considère-t-on quelqu’un comme sportif?

Il m’est difficile de donner une définition stricte. Chacun a la possibilité de devenir ou d’être sportif puisqu’il s’agit d’une activité naturelle à l’être humain. Si vous regardez l’histoire, on voit le sport apparaître sur plusieurs fresques et mosaïques chez les Égyptiens, les Grecs, les Romains... À l’approche des Jeux olympiques de Tokyo, rappelons que cette manifestation semble avoir pris place en 776 avant J.-C. Le sport est intemporel et universel.

Comment est née l’idée de cet ouvrage?

Elle est née de discussions entre Laurent-Éric Le Lay, directeur des sports à France Télévision, Boris Cyrulnik, que je connais depuis
plus de vingt ans, et moi. Nous nous demandions, comme Laurent-Éric Le Lay le dit dans la préface, s’il était possible que le sport soit utilisé comme outil de résilience. L’idée était alors de prendre l’exemple de sportifs et de se poser précisément la question de la résilience dans leur parcours. On s’est ensuite entourés d’une dizaine d’experts en histoire, en coaching ou encore en psychiatrie pour créer cet ouvrage didactique. J’ai trouvé que c’était essentiel de parler positivement du sport, des équipes, des entraîneurs, et de renverser la thématique. Parce que aujourd’hui c’est facile de faire un article sur les sportifs et le dopage ou l’argent. Je trouvais donc intéressant de redonner une image plus favorable de ce domaine.

Concrètement, comment mesurer la résilience dans le sport?

Comme je l’explique dans l’ouvrage, trois composantes sont centrales pour l’évaluer: la mesure de l’adversité, les capacités positives d’adaptation et les facteurs de protection. Par exemple, dans une étude de 2016, on observe au sein d’une population de coureurs américains aux qualités résilientes qu’ils éprouvent plus souvent des expériences émotionnelles comme l’enthousiasme, l’excitation et se montrent bien moins énervés, affligés ou irritables. Globalement, la performance athlétique décroît quand apparaissent l’anxiété et l’agressivité. À l’inverse, elle s’améliore quand le sportif est capable de prendre la responsabilité de ses erreurs, de faire preuve de patience et d'accepter les remontrances de son entraîneur.

«Face aux épreuves de la vie, le sportif a des compétences supplémentaires pour pouvoir s’en sortir»

Le sport est en quelque sorte une école de vie…

Oui, c’est une école pour vivre et apprendre à vivre qui incorpore l’idée d’apprentissage, de parcours. C’est pour cela que le sport est plus que ce que l’on a tendance à médiatiser. Dans le livre, nous allons plus loin encore: le sport développe la capacité à s’adapter face à l’adversité à partir d’une situation qui peut elle-même être péjorative

Les sportifs seraient-ils donc plus enclins à faire face aux épreuves de la vie que la population générale?

C’est en effet ce que l’on cherche à démontrer. Le sportif a des compétences supplémentaires pour pouvoir s’en sortir, notamment parce qu’il a peut-être connu dans sa pratique des circonstances qui lui permettent de se confronter à des situations inattendues: un joueur de tennis, quand il commence un match, ne sait jamais comment celui-ci va se dérouler, un skieur ne sait pas non plus à l’avance s’il va descendre une piste dans des conditions optimales. De plus, dans la notion d’accomplissement sportif, il y a l’idée d’efforts répétés, de progression, d’amélioration… Et c’est aussi ce qui est accompli dans le processus de résilience. Enfin, chez le sportif, il y a des facteurs spécifiques qui
vont se mettre en place: la motivation, le soutien psychologique comme celui du coach, de l’équipe, de la famille… C’est donc en partie grâce au sport que le processus de résilience va pouvoir se mettre en place.

Justement, le coach est, dites-vous, un tuteur de résilience…

Oui, l’entraîneur, qui développe tous les principes d’enseignements sportifs, est le premier tuteur de résilience. Il est d’abord celui qui va apporter à l’autre l’écoute.
Parce qu’on ne fait pas de sport sans être écouté et observé. C’est ainsi que l’entraîneur peut encadrer et conseiller le sportif pour l’aider à bien performer. Un bon coach prend aussi le temps de discuter. Et dans l’échange verbal, il y a l’idée de narration qui est un élément clé de la résilience. Si l’autre a été en situation de traumatisme ou d’échec, il peut alors raconter ce qui lui est arrivé. La première médiation possible, c’est donc la narration. Ensuite, il est essentiel que l’entraîneur ne soit pas dans le jugement, mais qu’il accepte la différence et c’est là qu’intervient la notion centrale d’altérité dans la relation. Enfin, rappelons que le coach est le représentant de la figure parentale. Si celle-ci vient à manquer, il peut suppléer le manque, qui ne passe pas seulement par l’intellectualisation de la relation au sportif ou de la technique, mais par l’empathie et l’attachement.

Chez les jeunes en difficulté, le sport peut alors apporter un cadre…

Oui, en cas de comportements à risque ou d’attitudes anti-sociales, la pratique sportive permet de développer des valeurs positives comme l’altruisme, l’esprit d'équipe, l’engagement, le sentiment d’appartenance. Des valeurs qui sont implicitement en jeu dans la résilience.

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