23 mai 2015

«J’étais sans doute déjà un peu clown blanc et auguste quand j’étais petite»

La comédienne et humoriste genevoise Brigitte Rosset voit la vie en rose: elle est en amour, vient de démarrer un nouveau one-woman-show intitulé «Tiguidou» et a été désignée «actrice exceptionnelle» par le jury des Prix suisses de théâtre 2015.

Brigitte rosset en train de bouger
Sur scène, la comédienne genevoise dit parfois du Shakespeare, parfois du Brigitte Rosset.
Temps de lecture 7 minutes

Le 28 mai, le conseiller fédéral Alain Berset vous remettra le prix «actrice exceptionnelle» obtenu dans le cadre des Prix suisses de théâtre. Ça vous fait quoi?

«Artiste exceptionnelle», un titre à choper la grosse tête, non?

Mais non! Les enfants m’ont déjà beaucoup taquinée avec ça: «Alors maman, dorénavant tu vas faire des cafés exceptionnels, des repas exceptionnels…». On a beaucoup rigolé avec ce terme, mais au fond il n’est pas si mal. Exceptionnelle, ça peut vouloir dire que vous êtes différente, qu’on vous a choisie pour vos particularités.

Est-ce que c’est d’oser se mettre à nu comme vous le faites dans vos spectacles qui a séduit le jury des Prix suisses de théâtre?

Je ne sais pas. J’imagine plutôt que c’est la diversité de ma carrière qui a retenu leur attention. Le fait que je joue aussi bien des pièces du répertoire classique et contemporain que des spectacles humoristiques. Mais pour moi, c’est le même métier: on est sur scène à dire des textes. Des fois, c’est du Shakespeare. D’autres fois, c’est du Brigitte Rosset.

C’est par pudeur que vous n’évoquez pas cette mise à nu?

Non. Se mettre à nu, ça veut simplement dire qu’on est sincère, qu’on touche les gens. C’est la base de notre profession. Si on ne donne pas une partie de soi-même sur scène, ça ne vaut peut-être pas la peine de faire ce métier-là.

Et vous, vous donnez beaucoup!

Je ne peux pas imaginer faire autrement. J’ai même eu un malaise récemment lors d’un spectacle. Les ambulanciers sont venus, j’ai dû interrompre la représentation, mais après je suis remontée sur scène. On a parlé de malaise vagal, un truc comme ça…

Brigitte Rosset en train de gesticuler
Qu'est-ce qu'on se donne du mal pour se faire du bien!

Votre nouveau one-woman-show s’appelle «Tiguidou». Drôle de titre?

Tiguidou, ça veut dire tout va bien en québécois. J’ai appris ça l’an passé à Montréal au festival Juste pour rire. Sur scène, je demandais aux gens s’ils allaient bien et un monsieur dans la salle m’a répondu: «Ouais, c’est tiguidou!» J’ai cru qu’il s’appelait p’tit Guy ou p’tit Guidou. Alors, pendant tout le spectacle, je l’interpellais: «Alors monsieur Guidou, tout va bien?». Les gens riaient et, à la fin, on m’a expliqué ce que ça voulait dire.

Quelle est la trame de «Tiguidou»?

Après avoir évoqué les affres du mariage et de la maternité, la rupture amoureuse et les séjours en maison de repos, voilà donc que vous traitez de la quête du bonheur…

Oui. Mais qu’est-ce que c’est que le bonheur? Je serais bien en peine de vous répondre, mais je trouve amusant de se poser la question, de parler de ça dans un spectacle.

Brigitte, votre alter ego sur scène, entrevoit à nouveau la vie en rose. C’est votre cas aussi?

Oui, je vais très bien. Vraiment!

Avoir retrouvé le grand amour, ça aide?

De se sentir aimée, ça apporte un équilibre important dans la vie. Moi, je crois à l’amour, je crois au couple! Je pense qu’il faut soi-même être bien pour être bien en couple. J’ai compris ça, je crois. Si on va chercher chez l’autre quelque chose qui nous manque, on va se planter. J’ai beaucoup fait ça. Ahahah! Là, je vais un peu mieux, c’est l’avantage de prendre de l’âge et de mieux se connaître.

Brigitte Rosset en action vue de profil.
La clé du bonheur pour Brigitte Rosset: être cohérent entre ce qu’on pense, ce qu’on dit et ce qu’on fait.

C’est quoi aller bien pour vous?

C’est être aligné, être cohérent entre ce qu’on pense, ce qu’on dit et ce qu’on fait, être le plus juste possible… On est tous obligés de faire des choses qui ne nous correspondent pas, c’est normal. Mais lorsque ça dure trop longtemps, qu’on est trop longtemps en porte-à-faux par rapport à soi-même, je pense qu’à un moment donné ça pète!

Dans «Tiguidou», vous parlez une fois encore de vous. Sur les planches, vous êtes un peu comme à confesse?

Ahahah! Je ne sais pas, je ne suis pas catholique. Bien sûr que dans mes spectacles, je me raconte aussi moi à travers d’autres personnages. Des choses que je n’ai pas envie de dire moi, ça m’arrange de les mettre dans la bouche de mon Jean-Pierre ou d’Anne-Marie. Mais je ne sais pas si je le fais pour me faire du bien ou si ça me fait du bien de le faire… L’idée, c’est plutôt de rire de moi parce que finalement j’ai la même vie que Monsieur et Madame Tout-le-monde.

La scène ne remplace donc pas le divan du psy...

Non. Pour se faire du bien, des gens iront chez le psy, d’autres au bistrot ou chez le coiffeur, d’autres encore iront marcher ou parleront à leur chien. Mais je ne pense pas que le psy a plus de valeur qu’un chien ou un coiffeur.

En fait, il y a des coiffeurs formidables et des psys formidables, il faut éviter tout jugement.

Je me suis moquée pas mal des psys parce que j’en ai fréquentés quelques-uns. Il y a des charlatans comme partout, mais eux sont médecins et ont donc un peu plus de crédibilité…

Brigitte Rosset en train de faire le pitre.
Petite, Brigitte Rosset aimait attirer l'attention par le rire.

Entamons alors une psychanalyse pour rire! Brigitte Rosset, quelle enfant étiez-vous?

Des anciens voisins, des profs, ma famille me disent que j’étais déjà un peu fofolle, que j’étais un vrai petit clown. Moi, je me souviens que j’avais aussi de grands moments de nostalgie quand j’étais enfant. Sur les photos, j’ai un air un peu ahuri avec des grands yeux. Je ne suis pas très souriante, ce qui ne veut pas du tout dire que je suis triste. Plutôt observatrice. J’étais sans doute déjà un peu clown blanc et auguste quand j’étais petite.

L’humour vous a sans doute aidée à trouver votre place, vous la cadette d’une famille de quatre enfants…

J’ai toujours été très entourée et protégée par mes frère et sœurs. C’est d’ailleurs toujours le cas. Ma sœur, celle qui a deux ans de plus que moi, c’était la jolie et la sportive. L’autre sœur, c’était l’intello. Mon frère, c’était l’aîné. Il a onze ans de plus que moi et, comme je n’ai plus mon père, c’est vraiment le Sicilien qui veille au grain. Moi, je ne savais pas très bien comment me situer dans cette fratrie. Mais j’ai vu que quand je disais des bêtises, ça rigolait. Déjà enfant, on comprend très vite qu’on attire l’attention quand on fait rire. Du coup, j’ai trouvé un peu ce créneau-là pour qu’on s’occupe de moi.

Vous êtes la maman de trois charmants enfants, vous êtes en amour, vous êtes «actrice exceptionnelle»… Actuellement, tout semble vous sourire!

Mon dieu, qu’est-ce qui va me tomber sur la tête? Ahahah! Quand tout va bien, qu’on reçoit beaucoup, beaucoup, c’est étourdissant, c’est vertigineux!

Je me disais que les gens qui prennent la grosse tête, c’est peut-être pour mettre tout ce trop-plein de bonheur dedans…

Que vous manque-t-il encore aujourd’hui?

Rien, tout va bien, tiguidou comme on dit!

Photographe: François Wavre

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