9 novembre 2014

C'est décidé, demain on arrête la tétine!

Pouce, lolette ou sucette, rares sont les bébés à ne pas recourir à la succion pour se rassurer. Naturel et inoffensif au départ, ce besoin se révèle souvent dommageable pour la mâchoire et la dentition. Les spécialistes sont formels: à partir de 3 ans, il est temps d’arrêter.

De magique, 
la lolette se révèle souvent maléfique passé un certain âge.
De magique, la lolette se révèle souvent maléfique passé un certain âge. Photo: Plainpicture
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Marianne (prénom d'emprunt) se gratte la tête quand elle ne s’arrache pas les cheveux. A 5 ans, Maxime (prénom d'emprunt), son petit garçon, se balade encore systématiquement sa lolette en bouche. Cette jeune maman a pourtant tout tenté pour lui faire lâcher son précieux compagnon de route.

J’ai tout essayé, les récompenses, les menaces, mais rien n’y fait, soupire-t-elle. Peut-être la lui ai-je trop facilement donnée. J’aurais sans doute dû être plus ferme.

Leurs premiers cris à peine poussés, rares sont les nouveau-nés à ne pas se voir affubler d’une tétine. Il faut dire que le petit bout de caoutchouc possède des vertus incontestées, agissant tant sur le moral de parents au bord de la crise de nerfs que sur les pleurs de leur petit trésor.

Mais de magique, le substitut se révèle souvent maléfique passé un certain âge. Et si les cas tel celui de Maxime sont rares, ne pas intervenir pour retirer le fameux bouchon peut se révéler dévastateur.

«A partir de 3 ans, la déformation est irréversible»

Orthodontiste à Bienne et président de la section bernoise de la Société suisse d’orthopédie dento-faciale, Sacha Ryf est formel: à partir de 3 ans, il devient impératif de se débarrasser de cette béquille si l’on veut éviter de se retrouver dans son cabinet quelques années plus tard. Car même si avoir sucé son pouce ou une lolette n’est pas l’unique cause des dents de lapin, cela y contribue. «La succion agit tant sur le développement de la mâchoire, en déformant par exemple le palais, que sur le positionnement des dents. A partir de 3 ans, les mâchoires sont déformées de façon presque irréversible.»

Le pouce est plus nocif que la sucette

A ce jeu-là, le pouce est encore plus dommageable que la lolette, poursuit le spécialiste: «La pression exercée est plus forte. Dans certains cas, on constate que les dents inférieures ont reculé en raison de la pression du doigt alors que chez d’autres ce sont les dents supérieures qui sont tirées vers l’avant.»

A ceux qui pensent que ces petits défauts se corrigeront une fois les dents de lait tombées, Sacha Ryf rappelle que même si leurs remplaçantes sont droites, rien ne prouve que le palais n’est pas déformé. «La mâchoire supérieure est comme un couvercle. Lorsqu’il ne s’emboîte pas correctement sur la mâchoire inférieure, cela peut causer une asymétrie, voire de l’arthrose plus tard.»

Au Danemark, les enfants peuvent accrocher leur sucette à un arbre déjà orné de nombreuses lolettes. Cette tradition, qui aide les petits à se passer de leur tétine, tend à se répandre en Europe.
Au Danemark, les enfants peuvent accrocher leur sucette à un arbre déjà orné de nombreuses lolettes. Cette tradition, qui aide les petits à se passer de leur tétine, tend à se répandre en Europe. Photo: Plainpicture

Alors que faire? Les parents devraient-ils renoncer à proposer un objet dont les vertus apaisantes ne sont plus à démontrer? Sans aller jusque-là, Sacha Ryf plaide pour un usage limité et le recours à des modèles «ne déformant pas trop» la mâchoire. Car, comme le rappelle la psychologue Suzanne Vallières dans son livre Les Psy-Trucs (Ed. de l’Homme), un enfant commence à sucer son pouce dans le ventre de sa mère. D’innée, la succion se transforme par la suite en besoin de réconfort, un geste de sécurisant qui s’estompe graduellement vers l’âge de 3 ou 4 ans. Si l’habitude persiste, «nous devons plutôt nous demander comment combler ce besoin, même à 5 ou 6 ans, plutôt que de l’interdire». Et tenter de repérer les moments où il ressent le besoin de sucer son pouce ou sa tétine en lui proposant une alternative telle que le jeu ou câlin.

© Migros Magazine – Viviane Menétrey

Texte: Viviane Menétrey

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