6 juillet 2017

Là-haut dans ma cabane

Rêve de gosse, passer la nuit dans les arbres devient de plus en plus prisé. En Suisse romande, des passionnés se lancent dans l’accueil en hauteur.

Christophe Tallat a tout quitté pour réaliser son rêve. Sa femme Florence, elle, travaille dans le bureau d’architecte à l’origine des cabanes.

Mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec leurs cabanes? Est-ce pour satisfaire un désir inassouvi? Celui de passer enfin la nuit perché là-haut dans les arbres, à la Huckleberry Finn, le fidèle ami de Tom Sawyer, sans devoir rentrer pour le dîner? Un besoin de calme? Un éveil à la nature? Sans doute un peu de tout cela. A voir Claude et sa famille hilares perchés sur leur terrasse dans les arbres en ce dimanche d’été, on se dit que l’enfance a repris ses droits. «On aime le calme, être en hauteur et à l’abri, c’est une sensation unique», explique dans un rire propre à secouer les branches ce fromager de Langenthal (BE) venu passer le week-end chez Christophe et Florence Tallat qui viennent d’ouvrir les Cabanes du Mont sur les hauts de Cœuve, dans le Jura.

Le rêve est aussi devenu réalité pour ce couple depuis début juin dans la hêtraie qui abrite leurs quatre cabanes dans les arbres. Des nids douillets baptisés Nostalgie, Nature, Aventure ou Jurassicab dotés de tout le confort et de la logistique qu’exige un accueil hôtelier de premier plan. Meubles contemporains, lit spacieux, salle de bain, coin cuisine et hamac géant accroché à la porte-fenêtre de l’une d’entre elles, rien ne manque: «On a même installé le wifi, car aujourd’hui, on ne peut plus faire sans», confie Christophe. Ancien conseiller de vente dans un magasin de meubles contemporains de la région, ce quinquagénaire a tout quitté pour réaliser son projet. «L’idée me trottait dans la tête depuis longtemps, c’est évidemment un rêve de gosse, car on a passé beaucoup de temps à jouer au milieu des arbres et aussi un luxe incroyable: aujourd’hui, mon bureau se trouve dans la forêt!»

Il aura fallu de la patience avant que les pelleteuses ne foulent le sol de ce terrain qui abritait autrefois un amphithéâtre. «Cela fait sept ans que l’on parle cabane à la maison, résume Florence qui a conservé son emploi à mi-temps dans un bureau d’architecte de Porrentruy (JU) et qui est à l’origine des maisonnettes. Car si passer la nuit dans les arbres est une tendance lourde en France où l’on recense plusieurs centaines de sites, il n’en va pas de même de ce côté-ci de la frontière. En Suisse romande, les initiatives surgissent au hasard des envies et sont souvent l’œuvre de passionnés. Les choses se compliquant encore si le terrain se situe hors zone à bâtir, comme ce fut le cas pour les cabanes du Mont. «La Loi sur la forêt est très restrictive et on ne peut pas faire n’importe quoi, avertit Christophe. Nous nous trouvons sur une forêt communale classée en zone accueil et avant de nous lancer, nous avons convoqué le WWF et Pro Natura pour leur présenter notre projet et solliciter leur avis.» La construction respecte des règles strictes en matière d’environnement et le bois provient d’épicéas de la région. «Les racines principales des arbres ont été gainées dans des tubes afin de ne pas les abîmer et les cabanes reposent sur pilotis, car il était exclu de toucher au tronc.» Idem pour l’éclairage qui se veut discret afin de ne pas perturber la faune. «Le but était de mettre en valeur la forêt et de créer une sorte d’osmose entre l’habitat et la nature.»

Fabrique à souvenirs

Construire un balcon en forêt, c’était aussi l’idée de Jean-Paul Vuilleumier, pionnier dans le domaine avec ses «Nids» ouverts il y a quinze ans à côté du camping du Locle (NE) à l’époque d’Expo 0.2. Depuis, sa «fabrique à souvenirs», comme il l’appelle, ne désemplit pas. Ce qui pousse les clients à atterrir chez lui? «La moitié d’entre eux s’est vu offrir un bon cadeau et les autres sont à la recherche d’un moment insolite.» Idem au camping communal de Saignelégier (JU) où Jonas Kilcher, son gérant, propose depuis sept ans de passer la nuit dans une unique cabane montée sur équerres autour d’un arbre. Le confort y est sommaire – pas d’eau ni de toilettes –, mais loin de décourager les amateurs. «Les gens sont à la recherche d’une expérience, c’est un autre état d’esprit que celui de la clientèle de palace.» D’ici deux à trois ans, d’autres maisonnettes imaginées par des étoiles montantes de l’architecture devraient venir la rejoindre. En attendant, petits et grands jouent les Robinsons pour un retour en enfance garanti.

Cabanes du Mont à Cœuve, dans le canton du Jura. Nuitée et petit-déjeuner pour deux dès Fr. 190.- en semaine et en basse saison, dès Fr. 290.- le week-end et en haute saison.

www.cabanes-du-mont.ch

Cabane du camping de Saignelégier, dans le canton du Jura. Nuitée pour six personnes sans petit-déjeuner: Fr. 150.- www.campingsaignelegier.ch

Les Nids au Locle, dans le canton de Neuchâtel. Nuitée et petit-déjeuner pour deux dès Fr. 160.- en semaine et en basse saison, dès Fr. 280.- le week-end et en haute saison. www.lesnids.ch

Les cabanes de Marie à Ogens, dans le canton de Vaud. Nuitée et petit-déjeuner pour deux dès Fr. 200.- en semaine, dès Fr. 230.- le week-end et pendant les vacances. www.lescabanesdemarie.com

Le Diamant de Verre au bord du lac de Morat, dans le canton de Fribourg. Nuitée et petit-déjeuner pour deux à Fr. 830.- en haute saison, Fr. 780.- en moyenne saison et Fr. 650.- en basse saison. En moyenne et basse saison, un repas à trois plats est inclus.

www.vieuxmanoir.ch

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