26 juillet 2017

Cache-cache avec les nuages sur le Monte Generoso

Qui grimpe à 1704 mètres d’altitude sur le Monte Generoso pourra non seulement admirer le plus beau panorama du Tessin, mais aussi la dernière œuvre de Mario Botta. A moins que les stratocumulus décident du contraire.

Le Monte Generoso
La bâtiment Fiore di pietra sur la crête du Monte Generoso
Temps de lecture 6 minutes

Pour les Suisses habitant au nord des Alpes, le Tessin est synonyme de soleil. Un cliché qui se confirme souvent lorsque à Erstfeld (UR) le train pénètre dans le massif du Gothard sous un ciel bas et gris avant de ressortir à Bodio (TI) baigné de soleil. Seulement voilà, une montagne reste une montagne, fût-elle tessinoise, et les conditions climatiques à son sommet rappellent que la nature aime n’en faire qu’à sa tête. C’est ce que nous pourrons observer en faisant l’ascension du Monte Generoso, un mont culminant à 1704 mètres d’altitude et dominant le lac de Lugano.

Mais trêve de considérations. Commençons par le commencement… Notre aventure débute à Capolago, sous un soleil éclatant. En ce vendredi matin de juillet, le train à crémaillère orange et bleu a fait le plein. Une foule de visiteurs italophones, germanophones et francophones a pris place dans les deux wagons et s’apprête à avaler les 1400 mètres de dénivelé en quarante minutes. «L’affluence dépasse nos attentes les plus optimistes», se réjouit Martina Di Ponziano, responsable vente et marketing de la Ferrovia Monte Generoso, la compagnie qui exploite ce tronçon de 9 kilomètres.

Fermée durant plusieurs années, la ligne a rouvert ce printemps après un grand chantier au sommet: l’ancien hôtel a dû être démoli, car il menaçait de s’effondrer. Il a laissé place à une construction audacieuse signée par l’enfant du pays: Mario Botta. «L’architecte attire, et le Monte Generoso est déjà devenu la première attraction du Tessin», sait Martina Di Ponziano.

Rien que l’ascension en soi vaut le voyage. Quittant la plaine, la traction grimpe bravement la côte. La vue, à droite, sur la plaine est tout simplement impressionnante. Après quelques virages et tunnels, nous voici au cœur de la montagne, traversant des champs de fougères, des forêts de feuillus. Plus le train monte, plus des bandes de brume s’accrochent au flanc de la montagne. L’atmosphère se fait plus fantomatique avec ses arbres morts gris enveloppés dans les nuages. Soudain, des voyageurs s’exclament. A gauche, un chamois a été aperçu. Ou était-ce une apparition? «C’est tout à fait possible. Nous en avons sur le Monte Generoso. Plus loin dans la région du Bisbino se trouvent aussi des chevaux sauvages. Parfois, ils montent jusqu’au sommet.»

Martina Di Ponziano, responsable marketing de la Ferrovia Monte Generoso

La fleur de pierre

Le sommet, justement, le voici, ou plutôt le terminus de la ligne. Jouxtant la petite gare, la création de Mario Botta attire tous les regards des passagers au sortir du train. La construction octogonale a été baptisée Fiore di pietra (fleur de pierre) par l’architecte tessinois vu que le bâtiment se compose de huit pétales sur le point de s’ouvrir. Posé sur la crête, ce végétal minéral joue les funambules. A ses racines, une falaise sans fin alternant roches et végétation rampante plonge jusqu’au lac de Lugano. Alors que, dans le ciel, le soleil joue avec les nuages, sur terre, les pâturages reflètent ce petit jeu.

A quelques dizaines de mètres de la gare, en direction de l’antenne des télécommunications, un petit monticule suspendu dans le vide offre le plus beau point de vue sur la création de Mario Botta. Car de là, on peut aussi bien admirer la Fiore di pietra que le sommet quelque peu plus haut et une vue aussi vertigineuse qu’époustouflante. Les appareils photos des visiteurs crépitent, mais déjà le vent s’est levé et des bandes de nuages passent rapidement par-dessus la crête, cachant par moments la montagne.

Il est grand temps d’aller voir cette fleur de plus près. A l’entrée, quatre sgraffites retrouvés dans la salle de jeu de l’ancien hôtel Monte Generoso-­Bellavista situé en contrebas accueillent le visiteur. Le rez-de-chaussée est consacré à une petite exposition (en quatre langues) retraçant l’histoire de Monte Generoso, allant des débuts du tourisme en 1890 à la réouverture au public du restaurant en 2017 en passant par le sauvetage de la faillite de la ligne ferroviaire, en 1941, par Gottlieb Duttweiler, le fondateur de Migros.

Alors que le premier étage comprend des bureaux, le deuxième est celui des appartements de fonction. Ce niveau fonctionne également comme centre de conférence pouvant accueillir nonante personnes. Lorsque aucune société n’a réservé l’espace, un petit film de six minutes (en italien) est projeté en boucle. Il montre la destruction de l’ancien bâtiment, la construction de la Fiore di pietra et surtout la difficulté d’un tel chantier à 1704 mètres d’altitude, sans accès autre que le train et un petit téléphérique construit pour l’occasion. Dans la vidéo, Mario Botta explique aussi son projet. «Pour lui, la fleur minérale se veut le prolongement de la montagne. C’est pourquoi il a choisi une pierre dont les teintes offrent un continuum avec celles naturellement présentes au sommet», résume Martina Di Ponziano.

Au troisième étage, les visiteurs trouveront un self-service et une petite boutique proposant des souvenirs estampillés Monte Generoso, des produits régionaux ainsi que des ouvrages sur l’architecte. Un niveau plus haut, voici le restaurant. «Il est prudent de réserver», note Martina Di Ponziano. Ici, c’est le chef italien Luca Bassan qui officie. Auréolé par le passé d’une étoile au Michelin dans son restaurant de Pavie, Luca Bassan réinvente avec brio la cuisine régionale. Filet de bœuf au poivre du Valle Maggia, polenta nostrana aux bolets, gâteau de pain tessinois feront le bonheur des gourmets. Et qui peut s’asseoir derrière l’une des grandes baies vitrées aura alors tout simplement l’impression de manger en plein ciel, au cœur du ballet majestueux des stratocumulus. Magique.

Une montagne entourée d’ouate

Après cette pause gourmande, l’envie de découvrir les alentours se fait grandement sentir. «Pour les randonneurs, le Monte Generoso propose plus de 50 kilomètres de chemins, explique Martina Di Ponziano. Les autres sportifs ne sont pas oubliés puisque le sommet est le point de départ des parapentistes. Les grimpeurs trouveront une via ferrata non loin de la Fiore di pietra et les vététistes peuvent dévaler la montagne dès la station intermédiaire de Bellavista. Enfin, un observatoire permet aussi d’admirer tous les samedis soir la voûte céleste.»

Aujourd’hui, nous décidons d’emprunter tout d’abord le petit chemin montant au sommet proprement dit. Et si, au départ, l’on regrette de ne pas avoir emporté de crème solaire, une fois arrivé, dix minutes plus tard, sous le petite triangle marquant le point le plus haut de la montagne, une masse nuageuse a maintenant enveloppé le massif. Impossible de voir le Cervin, le Mont-Rose, et la Jungfrau d’un côté. Milan et la plaine du Pô de l’autre côté. Tant pis, la montagne ainsi entourée d’ouate semble encore plus surnaturelle. Tout un environnement – clos – se crée. Une parenthèse à part dont seul le son des cloches de vaches ou de chèvres restées invisibles parvient à nous extraire. Il est temps de redescendre. Pour cela nous choisissons le chemin de la nature, ainsi baptisé, car il est rythmé par une série de panneaux pédagogiques expliquant la géologie, la faune et la flore du Monte Generoso. A mesure que nous descendons, le tintement des clochettes laisse place au chant des grillons. Traversant aussi bien des pâturages que des forêts de hêtre aux troncs semblant danser dans les airs, la balade offre de jolis coups d’œil. Notamment sur les villages de Muggio et Cabbio, blottis autour de leur église. Après moins d’une heure de marche, nous voici déjà à la station intermédiaire de Bellavista. Deux possibilités s’offrent à nous: prendre le train pour redescendre à Capolago ou continuer la marche en direction de la plaine. Un convoi arrivant justement, nous choisissons la première solution, qui nous emporte sous un soleil à nouveau éclatant, à notre point de départ.

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