17 février 2014

Calvitie féminine: pas de quoi s’arracher les cheveux!

L’alopécie féminine n’est pas un phénomène si rare, mais il reste traumatisant pour l’image de soi. Des solutions existent toutefois.

calvitie féminine: une jeune femme au crâne dégarni se regarde dans un miroir
Un quart des femmes non 
ménopausées 
sont touchées par l’alopécie, une chute anormale des cheveux. Photo Prisma / Ampyang
Temps de lecture 4 minutes

Vanessa a 28 ans, deux enfants. Et six ans de chute anormale de cheveux, avant de recevoir le diagnostic d’AAG ou alopécie androgénétique.

De quoi? En termes savants ou dermatologiques, la chute anormale de cheveux s’appelle «effluvium». Son résultat, l’absence de cheveux, l’alopécie. Du grec «alopex» désignant le renard qui, paraît-il, perd toute sa toison chaque année de manière brutale. Sauf que la belle fourrure de goupil repousse tout naturellement. Alors que l’alopécie, elle, devra être combattue. Et parfois vaincue.

A force de la conjuguer au masculin, on la croit réservée aux crânes des mâles. Il n’en est rien. Certes moins fréquente chez les femmes, la perte des cheveux touche environ un tiers des femmes au moment de la ménopause. Et environ un quart d’entre elles avant cet âge.

Mais cela se voit moins, parce que sa forme est souvent plus diffuse que chez les messieurs. Elle n’en est pas moins difficile à vivre, sans doute davantage encore tant les cheveux restent associés à la féminité. «Je ne crois pas que les hommes, chauves ou non, comprennent que leur calvitie n’a rien à voir avec l’AAG chez une femme. Culturellement, un chauve reste un homme. Certains en ont même fait un facteur de virilité. Pour une femme, à chaque aggravation du mal, c’est un peu de sa féminité et de sa confiance séductrice qui s’en vont», se lamente Sophie qui passe d’un traitement à l’autre sans trop de succès.

Des pertes capillaires héréditaires

Pierre de Viragh, dermatologue, spécialiste du cheveu.
Pierre de Viragh, dermatologue, spécialiste du cheveu.

«Il ne faut pas confondre cette alopécie héréditaire avec une chute de cheveux momentanée, qui peut être la conséquence de multiples facteurs: stress, troubles de la thyroïde, carence en vitamines ou en fer, etc.», souligne à Zurich Pierre de Viragh, dermatologue spécialiste du sujet, consultant au CHUV et responsable de la consultation des cheveux à l’hôpital de l’Ile à Berne.

Ces pertes capillaires momentanées peuvent aussi apparaître à la suite de différents événements physiologiques ou psychologiques, que ce soient des variations saisonnières, grossesse, choc psychologique et différentes maladies.

Dans son cabinet, Pierre de Viragh reçoit parfois des patientes très jeunes, et déjà concernées par cette alopécie héréditaire.

Certaines ont à peine 16 ans et sont déjà bien dégarnies. Il s’agit d’ailleurs du meilleur signe d’alerte: l’importance et la vigueur du cuir chevelu diminuent avec les années. L’état de la chevelure, et le rythme de chute, doivent donc correspondre à la tranche d’âge de la personne. A 40 ans, on ne peut plus avoir la force capillaire de son adolescence, mais si on les perd comme quelqu’un du 3e âge, c’est qu’il y a un problème.

Une personne possède en effet une moyenne de 100 000 cheveux. On peut lire çà et là qu’une perte de 100 cheveux par jour serait la norme. «Un nombre mythique sans réelle base scientifique», rétorque Pierre de Viragh. Qui ajoute que le chiffre réel moyen est sans doute bien plus bas. «Mais, de manière générale, il vaut mieux estimer la masse capillaire sur la tête que dans la baignoire.»

Les hormones mâles en cause

L’origine de l’AAG est double: d’abord la réceptivité de la racine des cheveux aux hormones mâles, ainsi qu’une prédisposition des cheveux à subir cette stimulation. Autrement dit, les hormones mâles accélèrent sur le cuir chevelu (sur le menton, c’est donc l’inverse) la phase d’involution du cheveu chez des personnes prédisposées, ce qui aboutit à l’épuisement précoce du capital capillaire.

Même si l’alopécie féminine aboutit rarement à une calvitie totale, elle ne doit pas être négligée, car son évolution peut être rapide. Comme chez les messieurs, les dermatologues prescrivent souvent du minoxidil à 2%, une lotion qui s’applique à la base du cuir chevelu.

Utilisée à l’origine pour faire baisser la tension artérielle, elle a la propriété de stimuler la croissance capillaire. Sa prise doit être régulière puisque les effets s’estompent après l’arrêt de la médication. Si elle s’accompagne souvent de prise de complexes vitaminés et de compléments nutritionnels, de lotions anti-chute et de produits cosmétiques adaptés, ils n’ont pour notre spécialiste «d’autre effet que d’embellir les cheveux qui restent, sans effet réel sur leur croissance».

Autre possibilité: agir sur les hormones mâles en prenant ce qui s’appelle des antiandrogènes. Enfin, il existe la technique des microgreffes, à l’effet souvent durable mais à un prix élevé.

Bref, l’alopécie féminine doit être prise au sérieux, mais sans panique puisque le plus souvent des solutions existent. Et comme le dit avec humour Pierre de Viragh:

Dans deux millions d’années, il y a fort à parier que nous serons tous chauves. Mais personne n’a envie d’être pionnier de l’évolution.

© Migros Magazine - Pierre Léderrey

Benutzer-Kommentare