31 mai 2018

La Nati version cécifoot

L’équipe suisse de cécifoot – le foot pour aveugles et malvoyants – s’entraîne dur dans le but de participer un jour aux Jeux paralympiques. Ces athlètes font fi de leur handicap pour aller toujours de l’avant.

cecifoot
Le ballon fuse sur la pelouse humide en tintinnabulant. (Photo: Matthieu Spohn)

Le ballon fuse sur la pelouse humide. En tintinnabulant? Normal, il renferme des grelots pour que les joueurs de champ, qui portent tous un masque opaque sur les yeux, puissent le repérer, le contrôler et le conduire un peu à la manière de Messi (la balle reste collée aux pieds) avant d’adresser une passe à un coéquipier ou un tir au but. Dans les grandes lignes, voilà à quoi ressemble une partie de cécifoot, le football pour aveugles et malvoyants.

En cette fin d’après-midi au climat breton, une petite dizaine d’irréductibles «footeux» venus des quatre coins de la Romandie se retrouvent sur le parking de la «Fin du Monde» à Macolin (l’entraînement du lundi a lieu ici, celui du vendredi à Olten). Xamy, un labrador à la robe noir charbon, bondit du coffre d’une voiture pour rejoindre son maître Christophe Rollinet, le capitaine de l’équipe suisse de cécifoot.

Une expérience enrichissante

Ce Fribourgeois a le sourire. Il revient tout juste de Cracovie où lui et ses potes ont disputé pour la première fois un tournoi international officiel. «Porter le maillot rouge à croix blanche, entendre retentir l’hymne national, c’était vraiment un grand moment d’émotion.» Et une expérience enrichissante même si les résultats (8-0 contre la Pologne, 8-2 contre l’Autriche et 1 à 1 contre l’Irlande) ne sont pas encore tout à fait à la hauteur des attentes…

«On espérait obtenir au moins un nul dans cette compétition, notre objectif est donc atteint. Et puis, avec un meilleur arbitrage, on aurait sans doute fait mieux.» L’un des joueurs a d’ailleurs reçu un carton jaune pour avoir demandé à l’arbitre s’il était… aveugle. «Visiblement, il manquait d’humour!» commente Christophe, pince-sans-rire. Tout le monde s’esclaffe. La bonne humeur règne dans le vestiaire, on sent que tous tirent à la même corde, sont solidaires, soudés… Un atout ­essentiel dans la pratique de ce handisport collectif.

Porter le maillot rouge à croix blanche, entendre retentir l’hymne national, c’était vraiment un grand moment d’émotion

Christophe Rollinet

Du retard à rattraper

Leur coach Mathieu Chapuis (un jeune Jurassien qui carbure à l’enthousiasme) est content du chemin parcouru depuis qu’il a lancé cette discipline en Helvétie dans le but d’offrir la possibilité aux personnes handicapées de la vue – comme son ami Quentin – «d’accéder au sport le plus populaire du monde». «Notre association a été créée fin 2015, elle est jeune et c’est clair que nous avons du retard à rattraper sur les autres nations.»

D’autant que son équipe, qui est désormais reconnue et soutenue par PluSport (organisation qui chapeaute le sport handicap dans notre pays) et l’Association suisse de football, ambitionne de participer aux Jeux paralympiques de 2024 à Paris. «C’est réalisable, je suis confiant car nous progressons à chaque confrontation.» Le seul hic, c’est que cette Nati, version cécifoot, joue peu (quelques matchs ici et là contre des teams d’autres pays) et ne compte pas encore suffisamment d’athlètes déficients visuels dans ses rangs. Avis aux amateurs!

Aujourd’hui, seule une petite moitié des joueurs sont présents. Les autres sont au repos pour se remettre de leur belle équipée polonaise. Qu’à cela ne tienne: Christophe, Jérôme et Jason se mettent en jambe sous la conduite d’Angelo et de Mathieu. Pendant que Jay chauffe le gardien Steve qui, lui, est voyant évidemment. Les exercices s’enchaînent comme une partie de colin-maillard bien huilée où tous les joueurs auraient les yeux bandés et chercheraient le ballon à tâtons. «Du rythme, du rythme les gars, on s’endort!»

Un véritable exploit

Comme tous les footballeurs de la planète, ils répètent leurs gammes: passes, contrôles, conduite de balle, shoots… Ils courent en poussant des «Voy! Voy!» continus pour que leurs coéquipiers les repèrent sur le terrain, sans perdre une bribe des conseils et indications que leur prodiguent les entraîneurs. «On écoute pour voir», explique un joueur entre deux exercices. Ça demande une énorme concentration, surtout en match où c’est un peu la cacophonie.

Il y a parfois des maladresses (essayez de frapper une balle à l’aveugle…) et des hésitations qui, si elles se répètent, finissent par énerver. Un des joueurs a d’ailleurs failli jeter son masque aux orties ce jour-là, après avoir raté le ballon à plusieurs reprises. Mais dans l’ensemble, le jeu est fluide et les frappes étonnamment sèches. Dans le noir total, c’est un véritable exploit. L’entraînement se termine par la traditionnelle séance de penalties.

«Les sensations sont pareilles qu’au foot, peut-être même ­encore plus intenses ici», confie Christophe Rollinet en rejoignant le vestiaire où l’attend Xamy, son fidèle labrador.

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