26 janvier 2018

C’est quoi un sexe parfait au juste?

Concours du plus beau vagin au monde, opération chirurgicale pour ressembler au sexe de Barbie… Depuis qu’on l’a mis totalement à poil, le sexe de la femme passe à son tour par la case bistouri. Une tendance qui a explosé ces dernières années.

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Si les hommes peuvent être angoissés par la taille de leur sexe, les femmes ne sont pas en reste concernant l’apparence du leur. Après l’injonction aux seins parfaits, aux belles fesses rebondies, aux dents hyper-alignées et hyper-blanches, c’est au tour du sexe féminin de passer au crible, ou plutôt au bistouri. Petites lèvres rabotées, clitoris redimensionné, sexe rajeuni à coup d’injection d’acide hyaluronique… On appelle cela nymphoplastie, labioplastie ou encore labiaplastie. Le phénomène n’est certes pas nouveau, mais le nombre de personnes ayant recours à ces types d’interventions ne cesse d’augmenter. Aux Etats-Unis, plus de 12 000 femmes ont taillé dans la masse en 2016, contre 5 000 en 2013. C’est près de trois fois plus en trois ans. Au Royaume-Uni, la tendance est elle aussi exponentielle depuis ces dernières années.

Cliniques romandes

En Suisse, les chiffres manquent mais pas les cliniques qui vous promettent monts et merveilles en la matière, photos de jeunes femmes souriantes à l’appui. Sur la page d’accueil de l’une d’entre elles, on commence par vanter l’excellence de ses chirurgiens à la réputation planétaire (autant d’auto-promo, ça finit par sentir mauvais). Puis, on peut lire: «La nymphoplastie est une chirurgie intime permettant de restaurer une anatomie normale des petites lèvres.» Voilà, voilà.

Mais c’est quoi au juste cette normalité sinon une sorte d’idéal fait de fantasmes, d’images issues du porno et de poupées Barbie? Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’un beau sexe?

Sexe fringant

Sur ce point l’auteure Peggy Orenstein nous éclaire un peu… Dans sa passionnante conférence Ted (sous-titrée en français) où elle s’interroge sur le plaisir féminin, elle avance qu’aux Etats-Unis, la nymphoplastie qui a le plus de succès est celle qui s’appelle «Barbie»… seul hic, plaisante l’auteure, Barbie est faite en plastique et surtout, n’a pas de partie génitale! Avouez que c’est quand même embêtant…

A cela s’ajoute la couleur du sexe dont on découvre que la teinte idéale est pâle. Aucun problème: là aussi, on vous offre une opération de blanchiment des dents… euh pardon, des lèvres! A tout complexe, la chirurgie esthétique a une réponse, monnayée bien sûr… Une vidéo parodique drôlissime (voir ci-dessous la vidéo en anglais) vous montre d’ailleurs comment la machine infernale des complexes devient machine à millions pour les super-docteurs-à-la-réputation-planétaire de notre fameuse clinique suisse.

Concours de beauté

Pour continuer dans la définition du «beau sexe», il suffit peut-être simplement de se pencher sur cet étonnant concours mondial de beauté… pour vagin. Nan, nan, je ne blague pas! Il a été lancé en 2015 par Brian Sloan, un entrepreneur spécialisé dans les sextoys. Son but? Dénicher le vagin parfait pour le calquer sur ses prochains joujoux. Des femmes de tous horizons ont participé au concours en envoyant des photos de leurs vulves. Les gens pouvaient ensuite les noter de 1 à 10. Résultat: les trois plus beaux vagins viennent d’Europe et le numéro un est celui d’une Anglaise de 27 ans. Son apparence? Il est petit, «étroit» et clair. Rien ne dépasse. Rien. Le sexe idéal est donc bien celui de Barbie: imberbe et presque effacé, pourrait-on croire. Imberbe et presque enfantin, pourrait-on craindre. Mais il n’est en rien le reflet de la majorité ou de la «normalité» que nos copains-de-la-clinique-aux-super-docteurs voudraient nous faire croire.

L’espace médiatique est saturé d’une image unique du sexe féminin. Et les autres alors? Sont-ils donc laids? Moins désirables? Et d’ailleurs à quoi ressemble tous ces autres? Pour rétablir un peu de vérité, il existe quelques sites internet plutôt bien faits. Parmi eux, Thevulvagallery.com (site en anglais) ou encore Labialibrary.org.au (site en anglais) permettent d’observer les différentes morphologies. On y découvre que la norme est la différence, la variété, la diversité. Bref, on est loin d’un modèle unique dupliqué à l’infini sur toutes les femmes. Ouf!

Projections et autres fantasmes

Mais pour celles qui ne veulent ou n’osent pas se renseigner un peu, il est facile de trouver le sien bizarre, mal proportionné et donc potentiellement source de dégoût, de rejet de la part d’un futur amant dont on imagine déjà la réaction. Ainsi, celles qui franchissent le pas pour se tailler le sexe supposé de leur rêve, le font en réalité pour coller à l’image qu’elles pensent être la plus désirable pour un homme.

Un sexe fantasmé, dissocié de soi, dont on est en droit de se demander quel est précisément le but recherché: l'épanouissement du plaisir ou l’apparence?

L’être ou le paraître? Vieux débat je vous le concède, n'empêche il est toujours d'une terrible et déchirante actualité. On sait que la nymphoplastie n’est pas sans risques et qu’elle peut altérer les sensations à différents degrés.

Avant de s’encoubler dans le bistouri, il faudrait donc d’abord se demander quelle est notre image du corps idéal? D’où vient cette image? Est-elle réelle? Et surtout, le risque de sacrifier son propre plaisir en vaudrait-il vraiment le coup?

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