22 septembre 2017

L’air helvétique est-il aussi pur qu’on le prétend?

Si la qualité de l’air s’est améliorée depuis vingt ans, de récentes études scientifiques restent alarmistes: les particules fines, émises notamment par les moteurs diesel, seraient la cause de plusieurs milliers de décès prématurés chaque année en Suisse.

un enfant portant un masque
Les enfants figurent parmi les personnes les plus susceptibles de développer des maladies en lien avec la pollution. (Photo: iStock)

Les études sur la pollution de l’air se suivent et se ressemblent plus ou moins, amenant chacune son nuage de chiffres. La dernière en date, parue dans la revue Environmental Research Letters, parle de 5000 décès, qui seraient dus, chaque année en Europe, y compris en Suisse, aux moteurs diesel truqués. C’est plus que l’estimation de l’OFEV (Office fédéral de l’environnement) qui s’arrête à 3000 morts. Mais moins que l’hebdomadaire Nature, qui avance le chiffre de 38 000 décès prématurés...

Qui dit mieux? Et surtout comment calculer avec certitude le nombre de morts imputables à la seule pollution atmosphérique, quand on sait que les causes sont souvent multifactorielles?

Une chose est sûre: Berne multiplie les ordonnances pour tenter de réduire les émissions de particules fines. Mais l’application des mesures revient aux cantons, qui empoignent le problème volatile avec une assiduité variable, même si la qualité de l’air ne s’arrête pas aux frontières... N’empêche: en comparaison internationale, même si l’air helvétique n’est pas totalement pur – surtout lors du smog hivernal –, il reste d’une qualité enviable, moins chargé en NOx (oxydes d’azote) que la plupart des Etats occidentaux.

A l’échelle européenne, la Suisse (13,9% de décès prématurés) se situe bien avant la Macédoine (30,4%), mais derrière la Finlande (5,9%) et la Suède (6%). Ni bonnet d’âne, ni premier de classe, mais une position en milieu de peloton pour un pays qui peut encore respirer tranquille.

«Les voitures ne sont pas seules responsables. On parle de trois sources de pollution»

Elena Strozzi, responsable politique à la Ligue pulmonaire suisse.

L’air que l’on respire en Suisse est-il de qualité ou non?

Depuis quelques décennies, la qualité de l’air s’est améliorée. Mais il est encore considérablement pollué par l’ozone, les particules fines et les oxydes d’azote, un gaz réactif très irritant. Malgré les normes, on a encore beaucoup de dépassements de limites avec ces trois polluants.

On estime à 3000 le nombre de décès imputables à la pollution atmosphérique en Suisse par année. Vrai?

Oui. C’est une estimation qui se base sur une large étude menée en Suisse sur des cas réels. Ce sont des person­nes qui décèdent d’une maladie en lien avec la pollution de l’air: cancer du poumon, BPCO (maladie pulmonaire chronique obstructive), diabète et accidents cardiovasculaires, dont on sait aujourd’hui que la pollution atmosphérique est l’un des principaux facteurs de risque.

Quelles sont les personnes les plus exposées?

Ce sont les enfants, dont les poumons en développement sont plus sensibles, les personnes âgées et les malades pulmonaires. C’est sur ces groupes cibles que se basent les normes de limitation. L’étude Sapaldia, menée sur 9000 personnes dans huit communes suisses, a d’ailleurs montré une corrélation entre la pollution de l’air et les crises d’asthme chez l’enfant.

A qui la faute, aux voitures encore trop polluantes?

Les voitures ne sont pas seules responsables. On parle généralement de trois sources de pollution: l’industrie, le trafic routier et le chauffage des maisons. Il y a donc différentes mesures à prendre en fonction des polluants. Le diesel produit des particules fines très cancérigènes, qui s’introduisent non seulement dans les poumons, mais dans le sang et même le cerveau. On a pu l’observer dans certains cas de personnes vivant à proximité de grands axes routiers.

L’arc lémanique est donc moins bien loti que la campagne jurassienne par exemple...

La concentration de gaz polluants est plus grande dans les centres urbains, notamment pour ce qui est des particules fines et des oxydes d’azote, dus au trafic. Mais l’ozone se trouve aussi à la campagne, car il se déplace facilement dans l’atmosphère. Comme l’air y contient un minimum d’oxydes d’azote, qui éliminent en partie l’ozone, sa concentration reste élevée. L’agriculture, par exemple le fumier, produit également de l’ammoniac, gaz très nocif pour les poumons.

Pourtant, on a installé des filtres un peu partout...

Non, certaines anciennes voitures, certains chauffages n’en ont pas. La loi qui fixe les valeurs limites est fédérale, mais les mesures qui sont mises en œuvre sont en grande partie du ressort des cantons, qui l’appliquent de manière très variable...

Trouvez-vous que l’ordonnance sur la pollution de l’air est suffisante?

Elle n’est pas assez restrictive. Ces dernières années, la limite journalière de particules fines qui, selon la loi, peut être dépassée une seule fois par année, a été mesurée durant plusieurs dizaines de jours à divers endroits de Suisse et il n’y a jamais aucune sanction.

Quelles mesures peut-on prendre à titre personnel?

Tous les petits déplacements devraient être effectués autrement qu’en voiture. Il faudrait baisser la température dans les appartements, on peut vivre à 22 °C aussi bien qu’à 25 °C. On sait que le mazout et le chauffage à bois produisent beaucoup de particules fines. Et arrêtons les feux de cheminée! Ou si on persiste à en faire, une astuce écologique: il vaut mieux allumer le feu depuis le haut que depuis le bas, telle une bougie. Cela permet de réduire de moitié la production de particules fines, qui restent piégées dans le brasier. 

Pensez-vous que l'air en Suisse soit si pur qu'on le prétend?

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