20 octobre 2017

La rougeole divise le corps médical

Simple maladie infantile ou véritable problème de santé publique? Berne fait le point de la situation en Suisse. Et poursuit son objectif: bouter le virus hautement contagieux hors du sol helvétique. Mais est-ce possible?

rougeole
Les enfants qui ont la rougeole sont cloués au lit pour une semaine, avec de la fièvre et des éruptions cutanées. Mais la maladie peut aussi toucher des adultes. (Photo: iStock)

La rougeole, la fameuse maladie à points rouges, est en train de devenir la bête noire de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). «C’est un problème: il y a toujours des flambées de rougeole et des risques de complication qui peuvent aller jusqu’au décès», affirme Mark Witschi, chef de section recommandations de vaccinations à l’OFSP.

Malgré une campagne de vaccination efficace depuis une trentaine d’années, la rougeole n’a jamais complètement disparu: deux mille cas déclarés en Suisse en 2008, 678 en 2011, 22 en 2014. Des enfants cloués au lit, dans le noir, pour une semaine de fièvre et d’éruptions cutanées.

Pire: depuis trois ans, les cas sont en recrudescence. Pourquoi? «Parce que le taux de couverture vaccinale en Suisse n’est pas suffisant. Cela provoque des pics dans les régions où sont concentrées beaucoup de personnes non immunisées», avance Mark Witschi.

Ainsi la Suisse, à l’instar de l’OMS, veut atteindre une couverture vaccinale de 95% des enfants. «L’objectif est d’arriver à arrêter la transmission, comme aux Etats-Unis, où la maladie ne survit que par des cas importés.» Un avis que ne partage pas tout le corps médical (voir ci-contre).

En comparaison européenne, la Suisse n’est pas le plus mauvais élève: l’Italie, qui recense plus de 4000 cas cette année, vient d’introduire la vaccination obligatoire dans les écoles. Une mesure à suivre? «Cela ne serait pas possible, surtout en Suisse alémanique. Mais il faut continuer à sensibiliser la population.»

Etes-vous favorable au vaccin contre la rougeole?

«La gravité de la maladie a été exagérée à l’introduction du vaccin»

Dr Jean-Paul Ecklin, médecin, membre du Groupe médical de réflexion sur les vaccins.

La rougeole est-elle, oui ou non, une maladie infantile bénigne?

Jusqu’à l’introduction du vaccin, la maladie était, chez nous, considérée comme bénigne, avec certes des complications connues, mais rares. La baisse spectaculaire de la mortalité de la rougeole au siècle passé est due aux conditions de vie et d’hygiène et non au vaccin arrivé plus tard. La gravité de la maladie a été exagérée à l’introduction du vaccin, comme l’efficacité de ce dernier. C’est une constante en la matière. En 1987, on prétendait qu’une seule injection protégeait à vie. C’est précisément parce que cette affirmation est fausse que la rougeole est devenue un problème de santé publique.

Le vaccin n’a-t-il tout de même pas contribué à faire régresser cette maladie?

Oui, mais en introduisant la vaccination systématique, la maladie s’est déplacée vers d’autres catégories d’âge, comme les nouveau-nés, les adolescents et les adultes. Habituellement, la maladie se fait entre 2 et 12 ans. Au-delà, elle risque d’entraîner des complications potentiellement plus graves.

Malgré un fort taux de vaccination, on assiste chaque année à des petites flambées de rougeole en Suisse. Les cas déclarés sont même en augmentation depuis trois ans. Comment l’expliquez-vous?

La rougeole, maladie endémique avant la vaccination, évolue en épidémie depuis. Juger du nombre de cas sur trois ans n’est pas opportun.

En Suisse, la rougeole n’a jamais été un problème de santé publique.

En 1987, les sceptiques prédisaient que la vaccination systématique le provoquerait, ce qui est le cas aujourd’hui avec son corollaire de contraintes.

Mais pourquoi n’arrive-t-on pas à éradiquer cette maladie, comme l’ont fait la Finlande ou l’Australie?

Les Finlandais ou les Australiens sont-ils en meilleure santé? Depuis trente ans, nous nous posons les mêmes questions: quelle est la nécessité d’éliminer la rougeole? Est-ce utile, et avec quelles conséquences sanitaires? N’y a-t-il pas d’autres priorités en matière de santé publique que d’affirmer que les maladies pour lesquelles un vaccin existe sont dangereuses? Se marier est dangereux aussi: vingt femmes meurent annuellement de violences conjugales en Suisse...

Ce serait donc une erreur de vouloir vacciner contre la rougeole à tout prix?

Le vaccin contre la rougeole, même pratiqué deux fois, ne garantit pas obligatoirement une immunité, et un vacciné peut transmettre la maladie, ce qui rend probablement illusoire la volonté d’éradication de cette maladie.

En comparaison avec les autres pays européens, la Suisse fait-elle figure de mauvaise élève en matière de vaccination?

Les Européens nous envient d’abord notre liberté vaccinale… et d’opinion! En France, nos propos nous vaudraient des sanctions. Clamer que la fréquence de la rougeole diminue avec le vaccin ne suffit pas. Plus convaincante serait la preuve de l’utilité de son élimination. Les bons élèves n’ont peut-être plus de rougeole, mais ont-ils davantage d’autres maladies? Qu’en est-il de la sous- déclaration des effets secondaires et du cumul incessant de vaccins? Plusieurs études démontrent que l’absence d’éruption rougeoleuse augmenterait le risque de maladie immunitaire et d’allergies.

Etes-vous favorable à un taux de vaccination de 95%, objectif de l’OMS?

Nous ne sommes pas des anti-vaccinalistes, mais des médecins favorables à la réflexion critique, nuancée et indépendante sur la question des vaccins. Encore un tabou en médecine. 

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