2 octobre 2017

La valse des hausses de primes déprime

Les cotisations maladie augmentent chaque année, pesant ainsi toujours plus lourdement dans le budget des ménages. A un point tel que, d’après un sondage récent, 28% de la population ne pourrait plus en assumer la charge à terme.

Un médecin pointe une seringue dans le bras d'un patient, image en ombres chinoises.
Les primes maladie continuent d'augmenter. Chaque année, la piqûre est douloureuse pour beaucoup de Suisses. (Photo: dpa/keystone)

Année après année, comme une fatalité, c’est la même comptine, celle de la hausse des primes! Hausse liée à la flambée des coûts de la santé que la LAMal (la loi sur l’assurance maladie entrée en vigueur en 1996) s’avère décidément incapable de maîtriser. Pour 2018, Alain Berset, qui arborait jeudi passé mine et costume sombres de circonstance, a donc annoncé sans surprise un nouveau bond des cotisations de 4% en moyenne.

Coupables tout désignés de ces augmentations à répétition? De l’avis des quidams: les assureurs, les pharmas, les politiques, les médecins, les hôpitaux et les hypocondriaques. Du point de vue des spécialistes: l’évolution démographique (d’ici à 2045, le nombre des aînés de plus de 80 ans aura plus que doublé en Suisse) et les progrès de la médecine de pointe.

Lors de l’élaboration de la LAMal, le Conseil fédéral avait – rappelons-le – fixé comme objectif une charge maximale des cotisations équivalent à… 8% du revenu d’un ménage. A part dans les classes les plus aisées et aussi les plus modestes (parce qu’elles bénéficient de subsides), cette limite a donc été largement franchie.

Commandé par le site Comparis.ch, un sondage récent montre ainsi que le poids des primes maladie commence déjà à peser trop lourd pour près d’un tiers des Suisses (28% exactement), lesquels affirment ne plus pouvoir faire face à une nouvelle hausse. Beaucoup d’entre eux d’ailleurs rognent déjà sur leurs dépenses de santé en renonçant à des consultations qu’ils ne jugent ni nécessaires ni urgentes. Inquiétant.

Que pensez-vous de la hausse des primes d'assurance-maladie?

Heinz Locher: «Les assurés paient mais ne décident pas…»

Heinz Locher, économiste de la santé.

D’après un sondage commandé par Comparis.ch, 28% des Suisses ne peuvent plus assumer une nouvelle hausse de prime. Ça vous étonne?

Evidemment, non.

Est-il possible de freiner cette spirale des coûts?

C’est possible. Il n’y a pas de baguette magique, mais je pense qu’il existe des pistes prometteuses. Je reste optimiste, même si les coûts continueront sans doute à augmenter, notamment à cause des progrès médicaux.

Ce n’est pas l’avis de 62% des sondés qui jugent les élus incapables de maîtriser les coûts de la santé!

Ça ne me surprend pas, mais il ne faut pas oublier que les élus subissent les pressions de la population. Le refus des projets de fermeture d’hôpitaux dans les cantons de Neuchâtel et de Fribourg illustre bien ce phénomène. Incapacité des politiques à agir et régionalisme sont ici en cause.

Ce sentiment d’impuissance pourrait relancer l’idée de la caisse unique, non?

Oui, mais sous une autre forme. Une nouvelle approche vient d’être lancée dans les cantons de Vaud et Genève par les conseillers d’Etat Pierre-Yves Maillard et Mauro Poggia. Cette initiative vise à permettre aux cantons qui le souhaitent de créer une caisse de compensation qui fixerait les primes et participerait aux négociations des tarifs. C’est une bonne piste parce qu’elle donne plus de liberté aux acteurs qui financent les conséquences de leurs décisions. Il serait intéressant de voir comment cette approche fonctionne, même si ce n’est évidemment pas une bonne chose pour les assureurs. Mais il faut dire que ces derniers n’ont pas assumé leur rôle et ont échoué.

Et vous, quels remèdes prescririez-vous pour juguler les coûts?

Déjà utiliser les cantons comme des laboratoires pour tester des projets pilotes comme celui de Maillard et Poggia. Puis adapter les nouvelles solutions aux spécificités de chaque canton. Ensuite, appliquer le principe du «Qui décide paie».

Dans le système actuel, le principe du «Qui décide paie» ne fonctionne pas, puisque les assurés paient, mais ne décident pas...

Heinz Locher

On devrait plus responsabiliser les cantons, car ce sont eux qui décident de l’offre en soins (nombre de cabinets, planification hospitalière…), pas la Confédération. Il paraît donc logique que les cantons contribuent au financement des conséquences de leur offre.

Quoi d’autres?

Autrement, concernant des mesures concrètes comme le contrôle de la dotation en personnel, la transparence des tarifs ou l’interdiction des bonus, il s’agirait tout simplement d’appliquer ce que la loi prévoit depuis vingt ans. Le problème aujourd’hui, c’est que chaque acteur – médecins, hôpitaux, assureurs – a le potentiel politique de bloquer les propositions des autres. C’est vraiment un échec!

Constat amer pour un économiste libéral comme vous?

Le système, plutôt libéral effectivement, est bon, mais personne ne l’applique. Il faut en tirer les conséquences, analyser les faits et arrêter de jouer la carte idéologique.

Actuellement, on reporte l’entier de la hausse des coûts sur les assurés. N’existe-il pas d’autres options pour soulager le budget des ménages?

Oui, il en existe…

Comme plafonner les primes à 10% du revenu des ménages ainsi que le proposent les socialistes?

Cette initiative n’est pas une bonne piste. Je préfère la solution vaudoise, qui consiste à augmenter la déduction fiscale des primes pour les personnes de condition modeste. On pourrait d’ailleurs aussi la lier à une limitation des primes à 10% du revenu. De nouveau là, c’est le canton qui assume sa décision, c’est donc une solution parfaitement cohérente.

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Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Déprime d’assurance-maladie

La chronique de Martina Chyba.

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