2 mars 2018

Bruno et le dilemne de la bimbo

Lorsqu’on est en couple, on accepte qu’une partie de son image soit portée par sa douce moitié. Et comment fait-on lorsque la douce en question n’assure pas?

Lorsqu’on est en couple, on accepte qu’une partie de son image soit portée sa douce moitié. Et comment on fait lorsque la douce en question n’assure pas?
Un partenaire au look extravagant à l'opposé du sien ? Encore faut-il assumer. (Photo: iStock)
Temps de lecture 5 minutes

Avec Bruno, jeune banquier aux dents longues, nos discussions commencent toujours par un débriefing de nos vies amoureuses. C’est un peu comme chez le psy, sauf qu’on boit du rouge et que c’est gratuit. Alors, lorsqu’on s’est retrouvés la semaine dernière, rien de plus normal de lui demander des détails sur sa nouvelle conquête: Vanesa, une étudiante en sociologie d’origine colombienne. Il m’arrête net:

- On n’est pas vraiment ensemble.

-Ah bon! Pourquoi donc?

Bruno, l’air gêné:
- Y a un truc qui cloche chez elle. Le problème, c’est son look.

Moi, narquoise:
- Quoi? Elle porte des ponchos comme Ugly Betty?

- Si seulement! Là, c’est plutôt le contraire: trop sexy, trop court, trop tape-à-l’œil. Je suis un mec plutôt classique. Vanesa ne colle pas avec moi. Elle porte des «fringues de célibataire», tu vois ce que je veux dire? Je ne veux pas qu’à chaque fois que l’on ait une invitation tous les yeux soient braqués sur elle.

Bruno me tend son téléphone. Vanesa, tout sourire, en chair et en pixels: longs cheveux platines, plastique pulpeuse, mini jupe en lamé rose, collants couleur chair et top décolleté dévoilant sa généreuse poitrine. Cristina Cordula, notre adorée police brésilienne du bon goût, s’étoufferait avec une de ses boucles d’oreille si elle voyait ça. J’entends déjà sa voix: «Ma chérie, ça ne va pas du tout!»

Je ne peux retenir mon jugement:
- Ah ouais, quand même! J’avoue avoir du mal à t’imaginer à côté de cette fille. Je te vois pas vraiment sortir du bureau en costard-cravate et lui prendre la main. L’image me fait rire: le banquier et la bimbo…

Bruno piqué, opine du chef et vide son sac:
- Avant que l’on sorte, j’essaie de vérifier les tenues qu’elle va porter pour limiter les dégâts. Il m’arrive aussi de lui faire des remarques. Mais rien à faire. Elle ne veut pas faire de concession au niveau de son style. Même mes meilleurs potes ironisent sur la situation, pour eux il n’est pas question que j’officialise cette relation.

Mon ami semble perdre un peu le contrôle. Qu’arrive-t-il à ce fier diplômé d’une grande école de commerce européenne, un brin prétentieux, d'ordinaire toujours si sûr de lui? En fait, je comprends que ce n’est pas tant le regard des autres sur Vanesa, mais le jugement que les autres portent sur lui qui le dérange. Il n’assume tout bonnement pas d’être associé à elle. Autant il cultive avec soin un look bcbg, – combien de fois n’ai-je pas entendu que le polo est in-dé-mo-dable – autant elle frise le vulgaire. Choc des cultures ou choc des looks? Une chose est sûre, ce duo est folklorique.

L’amour est-il aveugle?

On pourrait penser qu’éprouver de la honte pour son partenaire vient essentiellement d’un problème de confiance en soi et qu’il faudrait accorder moins d’importance aux opinions des uns et des autres. Au diable les clichés sur l’apparence, notre relation vaut bien mieux que ça! Mais la réalité est bien plus pragmatique. Le choix d’un amoureux nous définit partiellement, du moins il apporte des informations intéressantes sur nous. S'il a été élu à ce poste, il doit bien y avoir une raison. Exposer son couple au public revient donc à accepter son jugement, qu’il soit positif… ou négatif.

J’entends déjà les petites voix bienveillantes réciter en chœur que l’essentiel est invisible pour les yeux et que de toute façon l’amour est aveugle. Personnellement ça me convainc moyen. Je trouve l’idée d’une passion affranchie de tous critères extérieurs bien trop idéaliste – quoique très respectable. Il me semble au contraire que l’amoureux a souvent les yeux (trop) grands ouverts et qu'il se laissee ainsi éblouir par une chevelure ondoyante, une paire de longues jambes, une carte Gold qui chauffe, une langue bien pendue ou encore la promesse d’une vie de rêve. Chacun son fantasme… ou son point faible. Et lorsque l’amant épris a de la lumière plein les mirettes, c’est là que ça se gâte.

Le conjoint, ce puissant faire-valoir

Le couple est un marqueur social très fort. Mais que marque-il exactement? Que peut-on attendre du binôme au niveau de la représentation de soi? La réponse est plus profonde qu'elle n'y paraît au premier abord.

Se montrer en couple, c’est donc accepter qu’une part de son image sociale soit portée par son partenaire

nous dit Laurence Peltier, psychologue, dans un article du magazine «Psychologies». Si cela vaut pour vous et moi, ceci l’est d’autant plus pour les personnes publiques dont le succès est lié à leur image. Sportifs, chanteurs, politiciens ou encore membres de familles royales, ils sont jugés et scrutés notamment au travers de leurs choix amoureux. Ainsi, Melania Trump nous apprend que son Donald de mari est un goujat, Kanye West-Kardashian que Kim est une redoutable femme d’affaires et Mirka Federer, que Roger n’est pas seulement un héros sur le court. Bref, ils ont le pouvoir d’embellir ou d’entacher la réputation de leur moitié.

Dans le petit monde des chefs d’Etats, les conjoints occupent une place d’état-major. «First Lady» ou «First gentleman» ont du pain sur la planche. Et gare aux faux pas! Car tous les regard sont portés sur eux, presque autant que sur leur président(e) d’époux(se). Prenez par exemple la dernière campagne présidentielle française. Les hommes se sont carrément fait voler la vedette par leurs compagnes. Alors qu’Emmanuel Macron, s’affichait fièrement aux côtés d’une femme moderne, élégante et tendance, le candidat de la droite, François Fillion, a traîné sa moitié comme un boulet. Là où Brigitte était une icône, Penelope était un caillou dans la chaussure. L’une portait du Vuitton alors que l’autre portait la poisse. Et la politique dans tout ça? Secondaire! Les histoires de casseroles et de chiffons, c’est tellement plus excitant!

En parlant de chiffons, on dit qu’il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes. Ça marche aussi pour le costard et la mini en lamé rose? T’en fais pas Bruno, des erreurs de casting ça arrive à tout le monde. Parfois, avant de trouver mocassin à son pied, on marche avec des tongs en plastique. Après tout, c'est pas si inconfortable...

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