24 décembre 2018

Coeurs de neige

Ariane Francey-Spicher, de Villars-sur-Glâne (FR), a gagné le 3e prix de notre concours du conte de Noël 2018. Elle remporte un bon d’achat Migros de Fr. 200.-. Nous publions ici son texte.

Coeurs de neige
Illustration: Getty Images

Blanco était un très bel homme de neige : des yeux de pierres noires polies, un joli nez de carotte orange vif et un sourire charmeur dessiné par de mignons petits cailloux gris. Une écharpe, un bonnet de Père Noël mettaient de la gaieté rouge à son manteau soyeux de neige scintillante alors que trois gros cailloux noirs lui donnaient une touche d’élégance.

Ses journées étaient emplies de joie d’enfants, partageant leurs jeux et leurs rires. Pourtant, son cœur de neige était empli de solitude. Il lui tardait de rencontrer des amis, pareils à lui. Et cela n’était possible que lors d’une seule nuit, au moment exceptionnel où des étoiles dessinaient la silhouette d’un être de neige.

Alors, tous les soirs étoilés, Blanco scrutait le ciel à la recherche de la forme espérée. Et, alors qu’il se disait que cela n’était qu’une fable racontée pour rendre la vie plus merveilleuse, il la vit enfin.

Un vent se mit aussitôt à souffler. Dans sa course, il emporta de plus en plus de neige devenant un vrai tourbillon blanc. Il encercla tous les hommes et femmes de neige de la contrée, les arracha de leur base. Ballotés, tournant sur eux-mêmes, ils s’accrochaient en vain à leur balai, à leur chapeau.

Parfois Blanco arrivait à voir celle qui émouvait son cœur de neige. Mais la voilà qui disparaissait à nouveau. N’arriverait-il pas à lui parler?


Le tourbillon se calma enfin. Les êtres de neige retrouvèrent leur esprit tout chamboulé par ce voyage dans les airs plutôt mouvementé. Et là, quelle surprise de rencontrer ses semblables, réunis sur une même place.

Blanco, d’abord intimidé, prit contact en souriant généreusement aux autres sourires pierreux. Mais un le retint particulièrement : un sourire de ravissantes pierreries roses. Et au-dessus, les plus beaux yeux de pierre qu’il n’aurait jamais imaginé l’existence possible, d’un bleu marin pailleté d’or.

Cependant, il n’eut pas le temps de s’approcher de la belle inconnue. La bonne humeur générale depuis la promenade endiablée dans le vent entraîna tout le monde dans une ronde folle. A la queue leu leu, on serpenta entre les arbres du parc, entre les maisons et les jardins puis suivirent une bataille de neige et une partie de cache-cache. Parfois Blanco arrivait à voir celle qui émouvait son cœur de neige. Mais la voilà qui disparaissait à nouveau. N’arriverait-il pas à lui parler?

L’occasion se présenta au moment du bal. Parmi toutes les dames de neige, il chercha la seule qui pouvait être sa cavalière. Et soudain, il l’aperçut… Mais hélas, elle valsait déjà sur la piste du lac gelé. Dans les bras d’un autre…

Toute sa joie tomba. Il resta dans l’ombre d’un sapin à regarder son aimée virevolter sous le ciel étoilé. La musique cristalline des glaçons frappés l’un contre l’autre par des bonhommes de neige musiciens, si entraînante au départ, l’attristait maintenant. Tout était perdu. Cette merveilleuse soirée dont il attendait tant, était gâchée.

Blanco était content de retourner chez lui. Il ne pouvait plus supporter de voir les autres s’amuser alors qu’il était si triste

Alors que les êtres de neige soupirèrent que la soirée s’achevait, Blanco était content de retourner chez lui. Il ne pouvait plus supporter de voir les autres s’amuser alors qu’il était si triste.

Le tourbillon de neige encercla tous les invités. Ils se retrouvèrent à nouveau ballotés dans tous les sens, s’accrochant les uns aux autres pour être le moins possible secoués. Le tourbillon faiblissait à chaque dépôt d’un passager chez lui puis reprenait de plus belle. Blanco s’agrippa à l’épaule d’un, à l’écharpe de l’autre, au balai de celui-ci, à une main libre.

Enfin, le vent le déposa dans son jardin. Comme après le premier voyage, il dut reprendre ses esprits. Mais avec eux, il retrouva sa mélancolie. C’est alors qu’il réalisa que sa main de brindille était refermée sur d’autres brindilles: une autre main menant à un corps pareil au sien. Tournant la tête, ses yeux noirs rencontrèrent ceux de l’être à côté de lui: de petites lumières bleu marin. Avec des paillettes d’or. Son sourire de petits cailloux gris se posa sur celui de pierreries roses.

Vers la constellation lumineuse de l’être de neige, s’éleva une onde de bonheur. Celle de deux cœurs de neige ne faisant désormais plus qu’un.

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