24 mai 2018

Comment arriver à comprendre les ados

Et si cet âge ingrat avait aussi ses points positifs, voire ses bons côtés? Cinq mots-clés pour comprendre et, pourquoi pas, aimer cette période de la vie qui bouscule autant les enfants que leurs parents.

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Tous les jeunes traversent un jour cette période charnière, qui s’étale désormais de 12 à 25 ans. (Illustration: Amélie Buri)
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Non, tous les adolescents ne vont pas forcément mal, ne sont pas toujours apathiques, boutonneux, vissés sur leur écran de smartphone. Non, tous les ados ne virent pas dépressivo-suicidaires devant la béance de la vie. Mais tous les jeunes traversent un jour cette période charnière, qui s’étale désormais de 12 à 25 ans. Une période parsemée de sautes d’humeur, de crises de larmes et de rires incompressibles, avec ses comportements plus ou moins incohérents. Quelques pistes pour encadrer au mieux l’adulte en devenir.

Les copains d’abord

Tout à coup, les sorties en famille passent au second plan («Le dernier film de Marvel? Je l’ai déjà vu en streaming!»). Tout à coup, l’enfant, hier encore gourmand de câlins, ­devient un ado un peu distant, garçon ou fille d’ailleurs, mais qui converse pendant des heures par textos, tout en apprenant son vocabulaire allemand (allez savoir comment?). «C’est la période de la vie où on rencontre le plus de gens. L’adolescent sort du cocon familial, il noue des relations, amicales ou amoureuses, fait des expériences, c’est un âge très florissant!» avance Pascale Roux, psychologue, spécialiste en coaching pour adolescents et adultes à Nyon. Une entrée dans la vie sociale, une recherche de soi à ­tâtons, qui passe par de longues heures devant le miroir: l’ado change son look vestimentaire, révise sa garde-robe, et revient un jour avec une casquette à l’envers ou des jeans à trous. Agaçant? Peut-être, mais signe d’un bon développement, en fait. «C’est la contradiction constitutive de l’adolescent: il veut être unique et… conforme!» explique Marcel Rufo, pédopsychiatre, dans son dernier livre Dictionnaire amoureux de l’enfance et de l’adolescence*. Il se singularise tout en se rassurant par une ressemblance avec les nouveaux pairs qu’il s’est choisis.

C’est la contradiction constitutive de l’adolescent: il veut être unique et… conforme!

Marcel Rufo

Grosse crise

Tous les psychologues le disent: mieux vaut une adolescence un peu chahutée que trop calme! Pourquoi? Parce que la rupture est nécessaire et il vaut mieux qu’elle se fasse à ce moment-là, plutôt qu’en milieu de vie. «La crise d’adolescence, c’est comme un déménagement, un moment où on fait le tri et on change d’orientation. On garde certaines choses et on en acquiert de nouvelles. C’est important que l’adolescent évalue, parfois rejette ce que ses parents lui ont transmis pour pouvoir faire des choix personnels», souligne Pascale Roux. Une étape capitale de la vie que la pédopsychiatre Françoise Dolto appelait «le complexe du homard»: l’ado change de peau au sens littéral du terme. Nouveau corps, hors de l’ancienne carapace, nouvelles proéminences, pulsions qui s’éveillent et signent la fin de la période de latence. «L’adolescent a la peau à vif. Il est comme un grand brûlé, qui a davantage besoin d’être pansé que provoqué. Il vit une mutation douloureuse, mais nécessaire, pour qu’il puisse s’approprier sa propre identité», explique Nathalie Glatz, psychologue FSP à Lausanne. Un petit deuil à faire pour les parents, mais aussi une nouvelle ­opportunité pour eux de recentrer leur vie et de réinvestir des projets personnels. «Leur rôle en matière d’éducation n’est plus le même. L’autorité change, c’est moins de la soumission que de l’adhésion. Il faut chercher le partenariat, développer une relation plus égalitaire et moins hiérarchique», propose Pascale Roux.

Un cerveau en travaux

Même s’ils affichent parfois un aplomb et une soif d’autonomie, les ados ne sont pas encore des adultes. On l’oublie parfois, mais la maturité de leur cerveau n’est pas terminée. Elle se poursuit jusqu’à 25 ans, procède de l’arrière vers l’avant et se termine par le lobe frontal. «C’est cette zone du cerveau qui permet la distance avec soi-même, la remise en question et la capacité à anticiper. Le lobe frontal est aussi le frein du véhicule, autrement dit, c’est la région cérébrale qui permet d’évaluer les risques», précise Pascale Roux. Voilà pourquoi, l’orientation professionnelle peut devenir un véritable casse-tête. Voilà pourquoi aussi il arrive aux ados de prendre des risques inconsidérés, comme dévaler les pentes de ski façon bolide ou tenter un triple flip au skatepark. «Ils n’ont pas encore toute la capacité neurologique. La maturation va se faire progressivement par la réflexion.» Aux parents, dès lors, de favoriser le raisonnement par le questionnement socratique plutôt que par la réprimande.

Voilà pourquoi aussi il arrive aux ados de prendre des risques inconsidérés, comme dévaler les pentes de ski façon bolide

Pascale Roux

La carotte plutôt que le bâton

«Agitons des carottes, ça fonctionne mieux que le bâton!» propose Pascale Roux. À l’adolescence, mieux vaut le savoir, le plaisir prime sur la peur. La récompense l’emporte sur la crainte de la sanction. Pour relever une motivation en berne, enrayer une fatigue scolaire, les grands discours moralisateurs et frontaux sont souvent sans effet, voire contre-productifs. «À cet âge-là, on entre vite en conflit, on est dans le force contre force. Plus l’un pousse, plus l’autre ­résiste», poursuit la psychologue. Pour casser le rapport de force, la carotte est une meilleure alternative: faire entrevoir une possible récompense (le bomber de Rap Monster, une soirée à Paléo ou la maison pour le week-end!) peut regonfler le moral des troupes. De même, l’humour – et non l’humiliation – est un outil indispensable dans le kit d’accompagnement de l’adolescent. Manier le deuxième degré et une certaine dose d’absurde permettent d’entrer sur le terrain de la complicité et de renouveler la relation. «Surprendre et rompre avec la prévisibilité, éviter les approches frontales, changer de rôle sont autant d’approches à privilégier. Aux parents d’être créatifs!» suggère Nathalie Glatz.

Des secrets bien gardés

La moindre question est perçue comme une intrusion. Demandez-lui s’il s’est bien amusé à sa soirée, il vous répondra d’arrêter de le harceler… Pas toujours facile d’établir un simple contact ou d’avoir le récit, même sommaire, de ses sorties. «Le dilemme de l’ado est qu’il se trouve pris entre la peur de l’intrusion et l’angoisse de l’abandon. Mais les parents doivent accepter qu’il ait des secrets. Il souhaite seulement que certains moments lui appartiennent, il préserve son intimité», répond Nathalie Glatz. Ce que l’on considère, souvent à tort, comme des mensonges ne sont en fait qu’une façon de protéger un nouvel espace privé.

*À lire: «Dictionnaire amoureux de l’enfance et de l’adolescence», Éd. Plon/Anne Carrière, 2017. Disponible sur www.exlibris.ch

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