16 avril 2012

Coup de balai chez les psys

Dès 2013, les métiers de la psychologie seront protégés par une loi fédérale, gage de qualité pour le patient comme pour le niveau de formation de ces professionnels. La question d’un remboursement des frais par l’assurance maladie suscite déjà le débat.

Croquis d'un charlatan dans son cabinet
Les charlatants auront bientôt la vie plus dure...
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Ils y travaillaient depuis vingt ans: les psychologues ont enfin une loi suisse qui protège leur métier. Votée en mars 2011, la Loi fédérale sur les professions de la psychologie (LPsy) entrera en vigueur début 2013. A partir de là, ne pourra plus se faire appeler psychologue qui voudra. Comme ceux, nombreux, qui se donnent aujourd’hui du psychologue après avoir juste suivi une initiation à la psychologie sur un week-end dans le cadre d’une formation médicale ou d’une thérapie naturelle. «C’est une reconnaissance pour notre métier et un gage de qualité pour les patients», se réjouit Carlos Iglesias, président de l’Association vaudoise des psychologues (AVP).

Dès lors, pour porter le titre de psychologue, il faudra avoir achevé avec succès la formation universitaire, soit trois ans de bachelor (tronc commun) et deux ans de master. La question des formations complémentaires et des titres de spécialisation – équivalents à ceux des médecins ou des maîtrises fédérales –, comme la psychothérapie, sera aussi harmonisée, et les exigences fixées à un niveau élevé, d’après le Conseil fédéral.

C’est que le terme générique de psychologue cache mille et une facettes d’un métier tentaculaire qui touche des domaines très variés. Voilà qui complique la recherche du professionnel adéquat pour son problème précis, pourrait-on penser. «Mais chaque formation de base est déjà explicite», répond Carlos Iglesias. Après leur bachelor, les futurs psychologues doivent choisir une option spécifique pour leur master (psychologie de l’enfant ou psychologie du travail, par exemple) qui ouvre la voie à une spécialisation. Ensuite, difficile de bifurquer d’une discipline à une autre. Les associations professionnelles veillent aussi déjà au grain: pour garder son titre, chaque psychologue doit justifier d’un certain nombre d’heures de formation continue chaque année.

A problème précis, spécialiste précis

La nouvelle loi n’empêchera certes pas un psychologue fraîchement «masterisé» d’ouvrir son cabinet de psychologue indépendant pour proposer du soutien psychologique, coaching et conseils sans autre forme de spécialisation, mais au moins, il s’agira d’un psychologue. Pour un problème précis, il vaut de toute façon la peine de chercher un spécialiste précis, comme on cherche un cardiologue si on a mal au cœur ou un urologue pour un souci de vessie.

La nouvelle loi fédérale fera aussi entrer les psychologues dans le code pénal, précise Christiane Muheim, secrétaire générale de l’AVP: ils seront donc tenus au secret professionnel comme les médecins et pourront refuser de témoigner devant un tribunal. La question du remboursement des frais par les assurances maladie ne va pas changer pour autant du jour au lendemain. Mais le débat s’est déjà ouvert sur la place publique. «L’ex-conseillère fédérale Ruth Dreifuss proposait déjà que les psychologues soient intégrés dans la LAMal dès que les critères de formation seraient posés dans la loi», rappelle Carlos Iglesias.

Remboursés sous certaines conditions

Actuellement, seuls les psychologues-psychothérapeutes qui travaillent en délégation, autrement dit sous la responsabilité et dans le cabinet d’un psychiatre, sont remboursés par l’assurance de base. Tandis que la psychothérapie en tant que prestation indépendante est prise en charge par les assurances complémentaires. Dans le dernier numéro de son journal Psychoscope, la Fédération suisse des psychologues (FSP) affiche toutefois sa volonté de faire admettre la psychothérapie dans le catalogue des assurances de base en tant que prestation indépendante. Et interpellée par une conseillère nationale, la Confédération a déjà accepté d’entrer en matière sur le sujet. Elle examinera cette année une adaptation de l’ordonnance sur l’assurance de base.

10% de la population nécessite un traitement spécialisé.

Quelles en seraient les conséquences financières? Faute de données complètes, la FSP va procéder à une enquête dès le début de l’été, relève-t-elle dans Psychoscope. Selon la dernière enquête suisse sur la santé, le nombre de personnes en traitement pour des problèmes psychiques avait passé de 4,1% à 5,3% entre 1997 et 2007. Entre 2000 et 2008, le nombre de psychologues-psychothérapeutes a quant à lui augmenté de 35%. En 2010, ils étaient 3500 à porter ce titre. «Le rapport national sur la santé de 2008 estime que chaque année 10% de la population nécessite un traitement spécialisé de type psychiatro-psychothérapeutique.» Alors que la moitié seulement est effectivement suivie, faute d’une offre adaptée.

Sa spécialité: démêler les tensions en entreprise

Sibylle Heunert Doulfakar (photo LDD)
Sibylle Heunert Doulfakar (photo LDD)

«On m’appelle dans les entreprises quand les gens disent: ça ne va plus, on ne s’entend plus.» Sibylle Heunert Doulfakar est psychologue du travail ou consultante psychosociale en organisations pour le terme technique. Lors de tensions, elle intervient auprès d’équipes, souvent au niveau de la direction, pour démêler ce qui est du fonctionnement des personnes, de leur rôle, leur fonction, afin qu’elles retrouvent une meilleure collaboration. On devient psychologue du travail et des organisations après un bachelor suivi d’un master à l’Université de Neuchâtel en psychologie du travail et des organisations. Pour le rester, il faut pouvoir justifier d’une ­formation continue dans son domaine d’activité, que ce soit les organisations (leur fonctionnement, leur influence sur les individus), le travail (stress, performance, motivation, ergonomie) ou le personnel ­(recrutement, bilan de compétences, etc.).

Sa spécialité: dépister les troubles de la mémoire

Caroline Imobersteg-Chesaux (photo:LDD)
Caroline Imobersteg-Chesaux (photo:LDD)

Le dépistage des troubles de la mémoire, c’est le terrain de Caroline Imobersteg-Chesaux. Cette neuropsychologue travaille au Service universitaire de psychiatrie de l’âge avancé à Cery, au CHUV, essentiellement au diagnostic des démences. Plus généralement, les neuropsychologues et les logopédistes se chargent d’évaluer les fonctions cognitives, notamment la mémoire, l’attention, le langage, lors d’atteintes cérébrales variées telles que des accidents vasculaires, des accidents de la route, des situations d’intervention chirurgicale lors de tumeurs ou d’épilepsie par exemple. La rééducation des fonctions cognitives, en collaboration étroite avec le corps médical, les ergothérapeutes, les physiothérapeutes par exemple, fait partie intégrante de leur travail ainsi que les situations d’expertise pour l’assurance invalidité. Pour obtenir le titre de neuropsychologue de la FSP, Caroline Imober­steg-Chesaux a terminé un master en psychologie, option clinique, puis un master of advanced studies ainsi que cinq ans de formation post-grade en neuropsychologie.

Sa spécialité: apporter un soutien dans l’urgence

Carol Gachet (photo: Philippe Maeder/Tamedia)
Carol Gachet (photo: Philippe Maeder/Tamedia)

Psychologue d’urgence, Carol Gachet intervient dans les meilleurs délais sur le lieu d’un événement grave pour accompagner et soutenir les témoins ou les proches des victimes, tel l’accident d’autocar en Valais.

«Nous les soutenons dans le moment de l’état de choc pour les aider à revenir dans la réalité, pour qu’ils ne se sentent pas seuls avec des réactions irrationnelles. Nous allons sur place, alors que d’habitude les psychologues ne sortent pas de leur cabinet.»

Les psychologues d’urgence assurent aussi un suivi (débriefing psychologique) quelques jours après un événement grave. Une manière de prévenir l’état de stress post- traumatique. Métier récent, psychologue d’urgence nécessite un cursus universitaire complet (master) suivi d’une formation complémentaire.

Illustration: François Maret

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