16 juin 2018

Le grand chapeau de Ronaldo

On attendait une Espagne traumatisée par la perte de son coach, des Marocains conquérants, des Égyptiens flamboyants. Bien vu: tout était faux.

Le prédateur fixant sa proie (capture d’écran FIFA TV)
Le prédateur fixant sa proie (capture d’écran FIFA TV)

Ceux qui se réjouissaient - mais y en avait-il vraiment? - du mondial à 48 annoncé par maître Infantino pour 2026, ont passé hier sale une journée.

D’abord les deux affiches pas trop sexy – Maroc-Iran, Égypte-Uruguay- ont les deux effectivement accouché d’authentiques purges. A peine sauvées par des arrêts de jeux rocambolesques, qui sont souvent le sel du football.

Au final donc un Maroc très décevant mis en perce sur le fil par une équipe d'Iran solidaire, offensivement peu nucléaire, mais défensivement d’une discipline quasi prussienne.
Quant à l’Égypte, elle incarna la prudence qui affrontait la paresse, qu’avait choisi de symboliser l’Uruguay. Avec victoire de la paresse et cette triste leçon : un faux Trézéguet ne remplacera jamais un vrai Salah, dont le fantôme en chasuble mauve hantait le banc de touche.

Tandis qu’au contraire l'affiche de gala Portugal-Espagne débouchait sur un feu d’artifice renversant. Ceux qui imaginaient, pour s’en réjouir – mais y en avait-il vraiment?- l'Espagne plombée par l'invraisemblable licenciement de son sélectionneur, ont passé une bien sale soirée.

Certes la Roja a été bousculée, mais par un seul homme, un extraterrestre au sommet de son art et de sa force mentale, un Cristiano volontaire, affûté, inspiré. Commencer une coupe du monde par un triplé, un coup du chapeau, voilà de quoi faire trembler Justo Fontaine et son inatteignable record de 1958: 13 buts en une seule compétition.

Sinon, l’Espagne a fait la preuve qu’en plus de son jeu de précision légendaire, elle possédait aussi un mental d'acier pour revenir deux fois au score. Ainsi, enfin, qu'un véritable avant-centre, ce costaud Costa, tête de lard absolue dont on disait jusqu’ici que son jeu d'armoire normande ne pourrait jamais faire bon ménage avec la fine dentelle de la Roja.

Son but égalisateur à 1 à1, en tout cas, qui vit l’ami Diego envoyer Pepe dans les orties, avant de ridiculiser le reste de la défense lusitanienne et d'ajuster Rui Patricio avec le professionnalisme d'un sniper endurci, peu, très peu d'attaquants, auraient pu le marquer.

On retiendra donc qu’à Sotchi ce soir-là, ville où le football est à peu près inconnu, a eu lieu le premier match légendaire d’une compétition joliment partie.

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