20 juin 2018

Les bourrins se rebiffent

Volontaire et inspirée, la Russie allonge la liste des plaies d’Égypte. Sinon, les favoris continuent à manger consciencieusement de la poussière.

Dziouba, ou l’art d’empiler les cacahouètes (capture d’écran)
Dziouba, ou l’art d’empiler les cacahuètes (capture d’écran).

C'est une loi idiote mais jamais démentie en coupe du monde: le pays organisateur a rarement beaucoup d'amis. La Russie encore moins que les autres. Parce que c'est la Russie. Parce que Poutine. Parce que la Crimée. Parce que le polonium. Parce que Dieu sait quoi encore. Parce que les ours.

En plus ils courent trop vite, ces Russes, vous avez remarqué? Quelques kilomètres de plus en moyenne par match que les autres équipes. C’est ce qu’insinuaient les mauvaises langues avant cette partie la vie à la mort contre l'Égypte.

Un match en tout cas de grande intensité et de forte maladresse. Dont le summum fut atteint par l'autogoal hors norme du défenseur égyptien Ahmed Fathi. Les latinistes et les complotistes y reconnaîtront le génitif de fatum, le destin.

Amor Fati, oui désormais ce Fathi, les Russes vont l'aimer. Sa bourde déclencha en effet une avalanche de buts maison, la deuxième de suite, avec un goal-average de 8-1 après deux matchs. Pas mal pour une équipe annoncée comme nullissime et qui a montré, plus le match avançait, technique, engagement, et même par moment, folle invention.

On avait décrété la Russie des bourrins, on devait bien constater celle des artistes. A l'image d’un Cheryshev, d'un Golovin et même du bûcheron Artyom Dziouba, cent fois moins de talent que Salah mais combien plus de présence hier soir.

Quant à cette Égypte dont on attendait pyramides et merveilles, elle a tout eu contre elle, de l'attentat contre Salah fomenté par Don Sergio, le parrain des surfaces, en passant par le but encaissé sur le fil contre l'Uruguay et enfin la cacade de Fathi. Le destin, on vous dit.

Dans le groupe H, la Pologne, orpheline de sa tour de contrôle Glick et ça s’est méchamment vu, a pris l’eau -de vaisselle plutôt que bénite- face au Sénégal. La terre de Russie il est vrai n'a jamais trop bien réussi aux Polonais.

Mais surtout en face il y avait un Sénégal ultra motivé, cohérent et qui possède, derrière, un garde-chiourme hors norme, avec la montagne napolitaine Kalidou Koulibaly, dit K2, et devant, un ludion lui aussi "fuoriclasse", avec l’ailier liverpuldien Sadio Mané. L'Afrique peut rêver.

Dans l’autre affiche, on attendait, comme chaque fois, la Colombie grande comme une cathédrale. Comme chaque fois, ce fut cent ans de solitude. La faute ce coup-ci au tonnerre du Fuji-Yama qui s’abattit d’entrée sur les Cafeteros. L’infâme guillotine à deux lames fut actionnée après seulement trois minutes: penalty et carton rouge.

Ce Japon qu’on imaginait limite cacochyme avec sa cohorte de stars plus que trentenaires (Kagawa, Nagatomo, Honda) allait en profiter avec beaucoup de zénitude. Et de volonté virevoltante, à l’image de l’incroyable Inui.

Benutzer-Kommentare