23 juin 2018

Le ciel étoilé de Kaliningrad

La Suisse et la Serbie nous ont offert deux matchs pour le prix d'un. Neymar, lui, peaufine ses talents de tragédien. Et le Nigeria redonne espoir aux zombies argentins.

Tiens, le premier renversement de score de ce Mondial (capture d'écran.)
Tiens, le premier renversement de score de ce Mondial (capture d'écran.)

«Le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi». Elles y étaient, les étoiles, pour ce Serbie-Suisse à Kaliningrad, anciennement Königsberg, ville natale du philosophe Kant. Pour la loi morale en revanche, il aura fallu attendre un peu. Une mi-temps exactement.

La faute d'entrée à des Serbes de feu. L'improbable Alexandar Mitrovic, prêté cet hiver par Newcastle, où il ne jouait plus, à Fulham en deuxième division anglaise, plaçait sa tête de lard. Boum badaboum après moins de cinq minutes. Un centre-avant pas trop subtil mais toujours extraordinairement impliqué, Alexandar le maousse. Tellement qu'on ne vit que lui durant les 45 premières minutes. Et même au-delà puisqu'il quitta le terrain en grande discussion avec Shaqiri. Pour refaire la guerre du Kosovo?

Comme contre le Brésil, l'affaire était salement emmanchée pour la Suisse, avec des Serbes clairement meilleurs en tout. Engagement, vitesse, technique. Quelle potion magique fut donc versée dans le thé suisse à la mi-temps? Le résultat en tout cas déboucha sur une inversion parfaite des valeurs. Les mouches, comme disaient jadis les commentateurs de rugby, avaient changé d'âne et le gazon de maîtres à jouer.

Deux buts «kosovars» noyaient la Serbie, un missile de Xhaka et une chevauchée folle de Shaqiri, soudainement ressuscité, l'homme de cette deuxième mi-temps. «Shaqirikou n'est pas grand, mais il est vaillant» comme résume le magazine «So foot». Un exploit majuscule.

Bon, la loi morale en a quand même pris pour son grade, avec un penalty deux fois flagrant non sifflé pour un double plaquage sur l'intenable Mitrovic. Personne ne saura jamais ce que Kant aurait pensé de l'arbitrage vidéo.

Venons-en à l'impossible monsieur Brésil. Neymar qui râle, Neymar qui rate, Neymar qui triche, Neymar démasqué par la vidéo, Neymar qui gagne sur le fil grâce à un but de Coutinho comme d'habitude, Neymar même qui marque au bout du bout un but que sa grand-mère aurait probablement aussi réussi, et pour finir Neymar qui pleure.

C'est dire si pour transpercer la muraille costaricienne il aura fallu en faire, en donner, en baver. Jusque-là le Brésil, c'est-à-dire Neymar, avait raté un grand nombre de gestes non pas faciles mais à la portée quand même d'un aspirant ballon d'or.

Disons-le: parmi les superstars attendues dans ce Mondial, une seule jusqu'ici a clairement répondu aux attentes. Un indice: on peut croiser tous les jours sa vilaine statue à l'aéroport de Madère.

Drôle de Nigeria enfin qui, le couteau pourtant sous la gorge, aborda son match contre l'Islande avec une frilosité et une apathie ne surprenant pas ceux qui connaissent leur coach allemand Gernot Rohr, passé en son temps par Nice ou YB.

Mais Rohr à la pause avait du rugir. Un autre Nigeria renversait des Islandais hébétés grâce à un Musa déchaîné, et sous l'impulsion d'un Victor Moses qui prenait enfin le dessus sur son adversaire direct, ce Magnusson dont les vignettes Panini avaient déjà popularisé le charmant prénom: Hordur.

Ce résultat redonnait aussi des couleurs au moribond argentin. Avec désormais pour la deuxième place qualificative du groupe, derrière la Croatie, un sanglant match à trois qui se profile, la peur aux pieds et calculette à la main.

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