26 juin 2018

L'œil glacial de Moscou

L'arbitrage vidéo a joué un rôle important dans l'épilogue du Groupe B. Rétablissant sans doute un peu de justice, mais au prix de beaucoup de confusion. L'Iran à deux doigts d'un séisme.

L'arbitrage vidéo apportant la paix sur terre aux hommes de bonne volonté (Capture d'écran).
L'arbitrage vidéo apportant la paix sur terre aux hommes de bonne volonté (Capture d'écran).

Jouer pour savoir si l'on devrait affronter en huitième de finale le Portugal ou l'Espagne, c'était un peu comme avoir à désigner son tortionnaire. Charybde ou Scylla.

La Russie face à l'Uruguay décida donc de ne pas se casser la tête, ni surtout les jambes, pour si peu. Elle fit juste semblant de participer à un vrai match. Poussa le réalisme jusqu'à écoper d'un carton rouge. Et même à marquer par son héros et buteur fétiche Cheryshev. Bon, un autogoal, mais l'essentiel dans les matchs pour beurre n'est-il pas d'entretenir la bonne habitude de faire trembler les filets?

L'Uruguay, elle, poursuivit sa route tranquille et continua de semer l'inquiétude dans les chaumières. Trois matchs, zéro but encaissé. Il ne serait simple pour personne de lui passer sur le corps.

Jouer pour savoir si l'on devrait affronter en huitième de finale la Russie ou l'Uruguay, ça méritait donc qu'on y pense un instant, entre deux rêves de gloire et trois passes en retrait. Surtout si comme l'Espagne et le Portugal, vous aviez encore l'Iran aux trousses qui vous qui soufflait dans la nuque.

Une équipe coriace comme une fatwa, l'Iran, qui se présenta sur la tête du Portugal en piquante épée de Damoclès. Avant que le grognard Quaresma, inusable caresseur de sphères, parut rendre le monde plus simple pour les siens et rappeler que le Tage finit toujours par atteindre l'océan.

Sauf que l'arbitrage vidéo, la fameuse VAR, allait se déchaîner, se mettre à distribuer penaltys légers, cartons daltoniens et buts à gueule de suspects. Au point de renverser dans les arrêts de jeu l'ordre à venir des huitièmes de finale, et d'offrir même la balle de match du siècle à l'Iran. Grande émotion, petit filet.

Une soirée palpitante donc, où la VAR, affectueusement surnommée l'œil de Moscou, a volé la vedette à la bête humaine, distribuant un peu de justice mais surtout beaucoup de confusion et créant des armadas de nouveaux complotistes. C'est ainsi qu'en huitième de finale le Portugal devra se frotter au hérisson uruguayen, tandis que l'Espagne aura la tâche présumée plus facile de provoquer la déroutante Russie dans son jardin. Sans l'œil électronique, c'eût été l'inverse.

Peu importe finalement: ce qui apparut à l'œil nu c'est surtout que les épouvantails espagnols et portugais n'étaient pas si costauds que ça. Un Portugal fébrile emmené par un Ronaldo des petits jours, ratant un penalty, frôlant le carton rouge. Une Espagne qui montra qu'elle avait un sérieux point faible et que c'était sa défense, composée, a-t-on idée, de Carvajal, Piqué, Ramos et Jordi Alba, plus ou moins les meilleurs du monde chacun à leur poste.

Ce dont profita honteusement le Maroc, qui n'avait plus rien à jouer, fors l'honneur. C'est-à-dire tout.

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