27 juin 2018

Le calvaire en crampons

Messi un court instant est redevenu Messi. L'irrationnel a fait le reste. L'Argentine d'entre les morts.

Prophète dans son pays, c'est pas tous les jours facile (Capture d'écran).
Prophète dans son pays, c'est pas tous les jours facile (Capture d'écran).
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Ce n'était pas Leo, c'était Lazare. Ressuscité! Marquant un but de géant, à la Messi, après seulement quatorze minutes dans ce match de la grande trouille contre le Nigeria.

Des chutes d'Iguaçu à la Terre de Feu, la mise au tombeau de l'Albiceleste quelques jours plus tôt par un service de pompes funèbres croate particulièrement expéditif, avait dû être ressentie comme une humiliation nationale.

Une minute de silence avait été instaurée en direct sur la chaîne qui retransmettait le match. Avec aussi des rumeurs de destitution du coach Sampaoli, qui fut même attaqué sur son apparence physique. Le toujours bien coiffé milieu de terrain argentin des années 70 Osvaldo Ardiles, l'avait même décrété «imprésentable».

Sauf que cette résurrection fit long feu. Comme si Lazare s'était pris les crampons dans son linceul. En provoquant d'abord un genre de penalty d'habitude jamais sifflé -ceinturage d'un attaquant dans la surface de réparation. Que l'arbitre ait néanmoins sanctionné une peccadille pareille dans un moment si crucial pouvait laisser aux Argentins un goût plus amer que le maté.

Cüneyt Çakır, sifflet turc, l'un des meilleurs actuels, ferait plus tard un peu compensation, refusant aux Nigérians un penalty plus évident. Arbitrage vidéo ou pas, les arbitres restent de grands romantiques.

La donne, toujours est-il, en était salement bouleversée, d'autant que les coiffeurs croates dans l'autre match éloignaient la menace islandaise. Les Nigérians pouvaient voir venir, surtout que les assauts des gauchos étaient menés sans génie, la tête dans le sac et comme paralysés par une pression qui s'intensifiait de minute en minute. Le visage couturé du vieux chinois Mascherano paraissait devoir symboliser à jamais la violence de cet échec annoncé.

Mais ce qui ne devait pas, ne pouvait plus arriver, arriva quand même. Mercado, latéral besogneux s'il en est, réalisait au bout de l'enfer un centre parfait. Qui surgissait alors? Ni Higuain, ni Messi, ni Agüero, mais, aïe, aïe, aïe, Rojo.

Le défenseur central intermittent de Manchester United, déménageur aux pieds de plomb, réussissait (lui-même doit encore se demander comment) une reprise de fin goleador. Rojo, ce héros.

Dieu ce soir-là était argentin et Maradona dans les tribunes, après s'être endormi un moment, on parla même de malaise, pouvait, lui aussi, ressusciter d'un bond et se fendre d'un de ces gestes obscènes qu'il affectionne tant.

C'est donc un alléchant France-Argentine qui nous attend en huitième de finale, la toute grosse affiche, le match à mort des fainéants contre les grands brûlés.

Le premier 0-0 de ce mondial en effet fut franco-danois. Un match de fantômes satisfaits de leur sort tranquille, une purge épouvantable. Dans l'œil du cyclone, le présumé accélérateur de particules tricolores, Antoine Griezmann, aggravait son cas en déclarant à chaud: «On allait pas se fatiguer à presser. C’était deux équipes qualifiées, y’avait rien à faire de plus».

Moins cynique, la France des supporters n'était pas de cet avis. Ils s'étaient déplacés en nombre à Moscou, les Gaulois, et ils ont copieusement sifflé leur équipe à la fin du match. Le prix de ce long voyage et des places au Loujniki, pour ne contempler que du néant, leur était peut-être un peu resté sur l'estomac. Mais c'est bien connu: le vil peuple ne connaît rien au football.

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