1 juillet 2018

Le jour des tornades bleues

Messi et Ronlaldo, le bec dans l'eau. La faute à une France de feu et à une Uruguay de fer. Un parfum de préretraite flotte sur la steppe russe.

Quand tu as tout essayé, vraiment tout (Capture d'écran).
Quand tu as tout essayé, vraiment tout (Capture d'écran).

Ceux qui ont assez vécu pour s'être morfondus devant un nombre invraisemblable de huitièmes, de quarts, de demis et même de finales soporifiques, avec des couards ne visant que le Graal rikiki des tirs aux buts, ceux-là ne pourront s'empêcher d'éprouver une bouffée de reconnaissance. De gratitude même envers les footballeurs argentins et français qui se sont affrontés à Kazan, Tatarstan, ce 30 juin 2018.

4-3, un score au parfum de légende, qu'on ne pensait jamais revoir à ce stade. Celui par exemple de la mythique demi-finale 1970, Italie-Allemagne, sorte de référence absolue et scrogneugneu en matière de match de coupe du monde.

Revenant sur terre, on devra bien constater que les vieux cow-boys de la Pampa ont fini par faire très méchamment leur âge face aux flèches tricolores, ces blancs-becs bigarrés à défaut d'être joyeux et qui étaient attendus au tournant après trois matchs de poule misérables.

Une interrogation anxiogène déchirait en effet l'Hexagone: ces piètres performances étaient-elles dues à une génération de milléniaux gâtés, narcissiques jusqu'au bout de leurs crampons dorés, pour qui la notion de sélection nationale rimait avec archaïsme et corvée?

Ou au contraire tout cela relevait-il d'un machiavélisme ancestral fomenté par ce diabolique rat des gazons qu'a toujours été Deschamps ? N'avait-on pas déjà vu maintes fois des futurs champions du monde bâcler les poules à la feignasse, avant de tout renverser sur leur passage jusqu'au casse final ?

La réponse tombait très tôt. Mbappé allait cent fois trop vite pour la cacochyme arrière-garde argentine. On aura certes pu croire un instant que l'insolence juvénile allait se faire remettre à sa place par le vécu boucané des briscards d'en face.

Sauf que dans une guerre inédite des arrières-droit, le chef-d'oeuvre de l'inconnu Pavard répondait à une malicieuse talonnade de l'anonyme Mercado. Il ne restait plus pour les Bleus qu'à asphyxier la vieille dame argentine, cramponnée à son sac de certitudes surannées. Ce fut fait et promptement, sans que Maradona affalé en tribune ait eu le temps de se demander où était la police.

Pour expliquer ce naufrage de l'Albiceleste, nul besoin désormais d'inviter le fantasque coach Sampaoli à monter sur l'échafaud. Même la guillotine n'en voudrait pas, surtout depuis que le monde entier sait qu'il ne s'agit que d'un prête-nom. Pour laisser sur le banc Higuain, Agüero et Dybala il faut au moins s'appeler Messi. Un Lionel dont le fabuleux palmarès restera à jamais orphelin de la ligne la plus importante. Maradona peut se rendormir tranquille, il n'a toujours pas de successeur.

Quant aux Bleus, ils auront, en deux embrouilles, trois déboulés, fait basculer tout un pays du scepticisme le plus goguenard à l'optimisme le plus fanfaron. La France sera toujours la France.

Dans l'autre huitième de finale, Oscar Tabarès, le sélectionneur uruguayen, le plus âgé de la compétition et qui ne se déplace plus qu'avec une béquille, faisait pourtant plus envie que pitié. Grâce à deux paires de duos gagnants qui lui simplifient drôlement le job. Quand vous avez en défense centrale Godin et Gimenez, les matons de l'Atletico Madrid, et en attaque ces purs funambules que sont Cavani et Luis Suarès, vous pourriez même coacher couché par terre. Même avec le Portugal en face.

Surtout que Ronaldo ce soir-là, comme beaucoup de soirs de sa vie, a fait ce qu'il sait le mieux faire: tout comme Messi.

Benutzer-Kommentare