30 novembre 2017

Crime dans le Transsibérien

Un meurtre au pays des tsars en pleine révolution bolchevique. Des convives-spectateurs appelés à démêler le vrai du faux. Attention, le sang va couler à bord du train Belle Epoque du Montreux-Oberland bernois (MOB). En voiture pour une soirée Meurtres et Mystères.

Dès leur arrivée dans le train, les passagers sont propulsés dans l’ambiance de la révolution bolchevique.

Fumée blanche. Officiers coiffés de papakhas et portant de longs paletots militaires. Musique slave. Sur le quai 6 de la gare de Montreux, les voituriers s’affairent en ce début de soirée. On prend les billets et les manteaux des passagers de ce train d’un autre temps, la rame Belle Epoque du MOB, la compagnie de chemin de fer Montreux-Oberland bernois, rebaptisée Transsibérien pour l’occasion. On discute sur fond de violon tzigane, s’interrogeant sur la destination du convoi. Montreux s’est changée en Ekaterinbourg et Les Cases, où la rame s’arrêtera durant une heure, se trouvent en pleine Sibérie. Vladivostok est le terminus de ce voyage dans le temps au cœur de la Russie post-révolutionnaire. Nous sommes en 1919 et l’heure est venue pour les passagers d’entrer dans l’univers des soirées Meurtres et Mystères. Le concept est simple: un train, une intrigue emmenée par la troupe de comédiens de la compagnie Rêves en Stock qui se déroule sous les yeux des passagers attablés. Et puis, entre l’entrée et le plat principal: un meurtre. Qui est l’auteur de ce crime abominable? Réponse après le dessert...

Il est 19 h 50. Dans la voiture 20 de la 3e classe, les coupes de Prosecco s’entrechoquent. Il y a Christian et Delphine, venus avec leurs deux ados, Valérie et Anouchka, qui fêtent leur anniversaire. Certains sont là pour la première fois, d’autres sont des habitués du concept qui se décline aussi dans des châteaux ou en bateau (lire encadré). «On est propulsés dès l’arrivée dans l’ambiance de la révolution bolchevique», s’enthousiasme Quentin. «Et puis, on est très intrigués», ajoute plus loin Izia.

Est-ce qu’Olga Konstantinovna a commis un meurtre? Et pour quelle raison?

La famille impériale dans le collimateur

Voix off. Le train s’ébranle. La provodnitsa Anna Sergueïevna Maïagorski, la responsable du wagon, raconte ce qui l’a poussée à coucher sur le papier son histoire cinquante ans plus tard sous forme d’un roman autobiographique intitulé Il était une fois dans l’Oural. Celle-là même qui va se dérouler sous nos yeux, dans cette Russie communiste en devenir. Comme la jeune fille qu’elle était alors, nous voici projetés au pays des intrigues et des trahisons. La famille impériale n’est pas encore décimée et à bord, certains membres se cachent, tentant de rejoindre les Russes blancs à l’Est et d’échapper au fougueux chef révolutionnaire Vladimir Vladimirovitch Ouliakov. «Ces événements sont restés gravés dans ma mémoire adolescente, se souvient-elle. J’étais au cœur de la révolution russe, j’étais heureuse, insouciante et j’allais, grâce au Transsibérien, la porter de l’autre côté du monde.» Soudain, une silhouette féminine au look d’aviateur de la Grande Guerre déboule dans le couloir. C’est Benoîte Van Skoope, journaliste au Petit reporter clandestin, à la recherche d’une histoire à se mettre sous la dent. «Un grand sujet est un sujet mort, vous savez!», lance-t-elle de son accent belge à l’assemblée. Et d’ajouter, pointant son appareil photo: «Si vous voyez des cadavres encore chauds, vous me dites et je tire!» Emoi dans le wagon où les conversations ont laissé place au silence pour assister à cette première scène. «Elle est géniale!», lance une voix. «T’as vu comme elle m’a regardé?»

A l’image du marchand Oleg Brodski, les personnages semblent tout droit sortis d’un roman russe.

La révolution, une affaire sérieuse

Quelques mètres et le train effectue sa première halte. Entre alors Vladimir Vladimirovitch Ouliakov suivi de deux jeunes groupies: «On veut faire la révolution avec vous!», supplient-elles. «La révolution est une chose sérieuse, pas pour les jeunes filles comme vous!», leur répond-il sèchement. Le bolchevique est à la recherche de la tsarine Alexandra qui aurait été vue dans les rues d’Eka­terinbourg. C’est certain, des membres de la famille du tsar sont à bord, reste à les trouver.

Grincements. Le convoi repart pour s’arrêter quelques minutes plus tard sur les hauteurs de Montreux. En contrebas, les lumières de la ville criblent l’obscurité, dévoilant les reflets du lac. Instant furtif où l’on retrouve la réalité avant de replonger dans la fiction. Le train a repris sa vitesse de croisière et l’heure est venue pour Evgueni Raskounine et son fils Dimitri de se faire connaître. Qui est ce mystérieux moujik qui refuse d’être pris en photo et qui vocifère au milieu des convives? Dans la rame, les conversations vont bon train. Pas encore de meurtre, mais des personnages tout droit sortis d’un roman russe. Au milieu des suppositions, les assiettes arrivent sur les tables. Nous sommes désormais aux Cases, terminus de notre périple et dégustons l’entrée dans une ambiance tamisée, croisant de temps à autre un train de ligne et ses passagers rivés sur leur smartphone.

Benoîte Van Skoope, journaliste au Petit reporter clandestin, est à la recherche d’une histoire à se mettre sous la dent.

Un goût de reviens-y

A 20 h 55, alors que nous nous apprêtons à soulever le couvercle de la cocotte contenant le plat de résistance, des coups de feu retentissent au loin suivis de hurlements de loups. Un drame, dont nous ignorons encore tout, s’est joué à quelques mètres, là-bas dans la forêt de bouleaux. Meurtre et mystère... Les scènes s’enchaînent apportant leur lot d’indices et de confusion. Qui a tué? Et pourquoi? Impossible d’en dévoiler davantage sous peine de gâcher le plaisir des futurs voyageurs. Mais ce qui est certain, c’est qu’à notre arrivée en gare de Montreux à 22 h 45, nous étions revenus de l’Oural avec l’idée que nous y retournerions un jour.

Evgueni Raskounine, un mystérieux moujik accompagné de son fils Dimitri, vocifère au milieu des convives.

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