2 avril 2020

Les bons côtés de la crise

Tout n’est pas noir dans l’épidémie de coronavirus. La situation actuelle apporte aussi son lot de bonnes nouvelles.

La diminution du trafic nous permet de mieux apprécier le calme de la nature. Ici, une vue aérienne de la Bucheggplatz à Zurich.
La diminution du trafic nous permet de mieux apprécier le calme de la nature. Ici, une vue aérienne de la Bucheggplatz à Zurich (photo: Keystone).

Ah ce silence…

Depuis que la Suisse est en semi-confinement, la pollution sonore a fortement diminué. De quoi améliorer la qualité de vie de dizaines de milliers de Suisses. Et ce ne sont pas les résidents habitant à proximité des aéroports de Genève et Zurich ainsi que tous ceux ayant un logement sous les couloirs aériens d’atterrissage et de décollage qui diront le contraire. Dans ces deux villes, les mouvements aériens ont drastiquement baissé. À Cointrin par exemple, l’aéroport note ainsi une réduction allant jusqu’à 97% selon les jours.

Les riverains des grands axes routiers peuvent eux aussi respirer. Dans la ville du bout du lac, le trafic automobile a baissé de moitié aux heures de pointe, et sur les autoroutes vaudoises, on note une fréquentation réduite de deux tiers.

Enfin, avec une restriction de l’offre CFF toujours plus importante, celles et ceux qui habitent à proximité des voies ferroviaires réapprennent, sans doute non sans joie, à écouter le doux gazouillis des oiseaux. Seules les vaches, qui voient passer moins de trains, ne sont pas à la fête.

Désolé, j’ai confinement

Devoir rester chez soi n’a rien d’amusant, c’est entendu. Mais avouons-le, le confinement permet aussi d’éviter certaines fêtes de famille ennuyeuses à mourir et les apéritifs entre collègues faussement collégiaux. Le Covid-19 a ainsi terrassé, du moins pour un temps, tous ces rendez-vous que la bienséance et les règles sociales tenaient pour incontournables.

Zut alors, c’est fermé

Enfin une bonne excuse pour ne plus faire de sport (photo: Istock).

Les abonnés aux salles de sport qui y allaient à reculons ont enfin une excuse ­imparable pour ne pas aller au fitness. Plus besoin de se creuser les méninges pour inventer une fausse blessure ou un problème urgent à régler à la maison. C’est donc la conscience légère qu’ils peuvent se laisser tomber sur leur canapé.

La culture réellement accessible

Les salles de spectacle et de concert, les maisons d’opéra, les centres alternatifs ferment? Ne paniquons pas. La musique, la danse, le théâtre font fi des portes closes et n’ont jamais été aussi accessibles que ces jours. Ainsi, de très nombreux acteurs culturels ont décidé de rester en contact avec leur public via internet. Le Montreux Jazz Festival, par exemple, met à disposition – gratuitement – durant trente jours plus de cinquante concerts (Ray Charles, Nina Simone, Marvin Gaye, Deep Purple...) sur sa plateforme de streaming. De son côté, Arte Concert propose six cents concerts en tous genres (musique du monde, classique, reggae, etc.). Enfin, mentionnons encore le Digital Concert Hall des Berliner Philharmoniker, qui offre un accès d’un mois à sa plateforme de live-streaming et à ses archives. Il est ainsi possible d’entendre l’un des meilleurs orchestres du monde en direct ou de revoir des concerts de légende sans bourse délier.

Des stars sous un jour nouveau

Les célébrités, c’est comme les moustiques: elles aiment la lumière. Alors, à défaut de pouvoir se placer sous les projecteurs ou les flashs des photographes, elles se mettent en scène chez elles. Pour un résultat déroutant. Car jamais il n’a été pareillement possible d’entrer dans la vie privée des people, qui se livrent sans pudeur. Madonna tient ainsi un journal de bord de son isolement sur Instagram. Jean-Jacques Goldman sort de sa réserve pour reprendre, sous un angle peu flatteur, l’un de ses célèbres tubes. Quant à la violoniste Anne-Sophie Mutter, elle a récemment annoncé dans une vidéo postée sur sa page Facebook avoir été détectée positive au Covid-19. En gros plan, sans maquillage, la voix émue, la star est à nu comme jamais. Et son capital sympathie d’exploser.

Un quotidien plus confortable

Sérieux en haut, plus détendu en bas (photo: Istock).

Actuellement, le monde entier vit à un autre rythme et semble répondre à de nouvelles règles moins strictes, ce qui, ma foi, n’est pas plus mal. Du coup, sans tomber dans le lâcher prise le plus total, on se permet quelques libertés, comme:

– télétravailler en babouches. Personne n’en saura rien;

– porter en semaine les habits du week-end;

– se maquiller ou se raser moins souvent;

– faire de vraies turbo-siestes dans son lit et non plus la tête posée sur son bureau;

– travailler avec son chat ou son chien sur les genoux;

– procrastiner. La vaisselle sale peut bien rester encore quelques heures dans l’évier de la cuisine;

– être un peu plus coulant avec son régime. En période de crise, les aliments réconfort sont autorisés;

– ralentir son mode de vie. Cette course entre deux rendez-vous avait-elle vraiment un sens?

Plus vite au travail

La gare de Cornavin, à Genève, n'a jamais été aussi vide (photo Nicolas Righetti).

Les employés qui ont la chance de pouvoir faire du télétravail l’ont vite remarqué. Le home office, ça a du bon. Fini le stress des trains bondés, terminé les courses sur les quais pour tenter d’avoir une correspondance, adieu les retards dus à un accident de personne. Par ailleurs, l’heure du réveil ne se fait plus aux aurores, mais trente minutes, voire une heure plus tard, car désormais le temps de trajet à son travail est réduit comme peau de chagrin.

Les salariés qui eux doivent quitter leur domicile pour aller gagner leur vie sont aussi gagnants en termes de durée de parcours et de confort. À eux les rues exemptes de bouchons et les wagons à la soixantaine de places libres.

Une vie de famille retrouvée

En cassant le sacro-saint rythme métro-boulot-dodo, de nombreux Suisses redécouvrent qu’il y a une vie (de ­famille) en dehors du travail. Terminant souvent plus tôt leur journée de travail – merci le télétravail –, nombreux sont les pères et mères qui voient leur rôle renforcé. Cela est ­d’autant plus vrai que les écoles et les crèches ont ­fermé. ­Réunis tous ensemble durablement et non plus ­durant quelques heures le soir, les membres de la famille se ­rapprochent et les liens s’en trouvent vivifiés. Les parents voient enfin grandir leurs enfants, qui eux-mêmes apprécient de rester davantage auprès de papa-maman. On joue ensemble, on cuisine ensemble, on rit et on se rassure ensemble. Car ainsi regroupé, on est tout simplement plus fort.

Nouvelle solidarité, nouvelle socialisation

Confinement ne doit pas être synonyme d'isolement (photo: Keystone).

Un appel à la voisine pour savoir si elle a besoin d’aide, une pancarte dans l’ascenseur pour indiquer que l’on est disponible à rendre des services… Partout en Suisse se met en place une nouvelle solidarité, terrassant le très helvétique chacun pour soi. Pour s’y ­retrouver parmi cette nouvelle et vaste offre, le site internet www.aide-maintenant.ch, par exemple, recense des centaines de groupes d’entraide prêts à donner un coup de main. Que ce soit faire les courses, promener le chien ou aller chercher des médicaments.

À cette entraide spontanée s’ajoute naturellement une nouvelle socialisation. Car il est faux de prétendre qu’un semi-confinement est synonyme d’isolement. Les contacts humains se transforment et se réinventent. Ainsi, on se prend à saluer le voisin sur le balcon d’à côté – voisin que l’on ignorait encore il y a quelques semaines – et on organise cafés et apéritifs entre amis via
vidéoconférences.

Benutzer-Kommentare

Articles liés

Aussi belle que savoureuse: la tarte aux amandes et à la rhubarbe de Migusto (photo: DR).

Toujours en réserve

Informationen zum Author

Barbara Beckenbauer conseille et accompagne les patients dans toutes les situations de vie (photo: Cyrill Krähenbühl).

«Dans tous les foyers, il y a des frictions»

La crise foudroie la culture

Avec son outil calculant les coûts réels de production par pays, Suzanne de Treville a notamment séduit l'administration Obama en 2014.

«Les managers doivent se réveiller»