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Yvan Perrin, entre bilan et tournant

Le conseiller national UDC a quitté la police et la vice-présidence de l’UDC. Avant de viser bientôt le Conseil d’Etat, il se confie en dégustant des tomates farcies après avoir avalé pas mal de couleuvres.

Il est né à La Côte-aux-Fées, au fond du Val-de-Travers, et n’a jamais été tenté d’habiter ailleurs. «Surtout pas. J’ai tout ce qu’il faut ici, assène Yvan Perrin. Ma famille, mes amis, mes habitudes.» Si on lui dit que, loin des problèmes du monde, l’endroit semble plus propice à la méditation qu’à l’agitation politique, le conseiller national UDC rétorque: «Faire de la politique, c’est peut-être une façon de prévenir. Faire que justement les problèmes n’arrivent pas jusque chez vous.»

Il assume en tout cas de vivre dans une sorte de «cliché de la suissitude, avec les pâturages et les vaches tout autour, et l’usine de montres à l’entrée du village». Il aime d’ailleurs dire qu’il a «grandi sous les montres»: «Ma mère, avant de travailler en usine, était horlogère à domicile, et j’utilisais les pieds de son établi pour faire des fortins quand je jouais avec mes petits soldats.»

Bon petit soldat, Yvan Perrin l’a été, mais le voici à l’heure de poser son sac. Après vingt-deux ans de service, il a quitté la police neuchâteloise – pour s’engager dans une société privée de sécurité – et vient aussi de céder la vice-présidence de l’UDC à la doublette Freysinger-Voiblet.«Au bout de six ans, je n’avais plus l’enthousiasme nécessaire. Quand on en arrive à se poser un certain nombre de questions, mieux vaut passer la main.»

Désabusé alors, Yvan Perrin? «Le terme est un peu fort. Je pense effectivement qu’on n’a pas tout fait juste lors de la campagne pour les élections fédérales.» Et de pointer «l’erreur d’avoir mené une campagne de votations, en insistant sur l’immigration, alors qu’il s’agissait d’élections, où il faut plutôt multiplier les thèmes. En nous focalisant sur un seul sujet, en inondant le pays d’affiches, nous avons suscité une certaine saturation.»

Yvan Perrin évoque aussi un déficit de personnalités à l’UDC, notamment lors des élections majoritaires aux exécutifs cantonaux: «Nous sommes cruellement démunis de gens capables d’emporter l’adhésion sur leur seul nom. Nous faisons le plein chez nous, mais pas une voix ailleurs.» Et de rêver pour l’UDC «de profils à la Pierre-Yves Maillard. Un homme avec des positions et un message clairs, indentifiables, qu’on partage ou pas, mais pourtant réélu triomphalement. Il a réussi cette alchimie qui nous échappe pour l’instant.»

«Faire de la politique, c’est peut-être une façon de prévenir. Faire que justement les problèmes n’arrivent pas jusque chez vous.»

«Ni du haut ni du bas»

Une alchimie que lui devra bien trouver rapidement: la suite de sa carrière passera probablement par une candidature au Conseil d’Etat neuchâtelois en 2013, où il pense pouvoir apporter «un regard moins figé sur l’antagonisme dantesque entre le haut et le bas, entre les Prussiens et les Meuqueux, qui freine le développement du canton.» Déjà parce qu’au Val-de-Travers, comme son nom l’indique, «on n’est ni du haut ni du bas».

Yvan Perrin raconte aussi ne plus vouloir revivre le burn-out qui l’a frappé il y a deux ans: «Ce sont des choses qui font réfléchir, sur soi et sur ce à quoi on tient. Le fait d’avoir été absent pendant cinq jours et que tout ait continué de bien fonctionner sans vous, ça relativise l’importance que vous pouviez vous accorder.»

Et puis lui, qui fut dix ans durant conseiller communal à La Côte-aux-Fées, croit que ce premier échelon de la politique est «le plus important et le plus formateur: à Berne, vous n’êtes pas plus haut, vous êtes plus loin. Les gens qui subissent ou profitent de vos décisions, vous les rencontrez rarement. Tandis qu’ici, au village, si vous avez mis le gendarme couché au mauvais endroit, le lendemain à la boulangerie vous avez quittance.»

J’ai tout ce qu’il faut ici. Ma famille, mes amis, mes habitudes.

Quant à ses vingt-deux ans passés dans la police, Yvan Perrin juge le bilan positif, du moins «jusqu’à l’introduction du nouveau code de procédure». Là il admet «avoir raté le virage»: «Trop de nouvelles prescriptions. Chaque fois que vous allez chercher quelqu’un, vous devez aviser le ban et l’arrière-ban, vous assurer que vous n’avez oublié ni ceci ni cela. Avant de commencer la moindre discussion, il y a une page et demie d’informations à donner au prévenu, des formulaires à remplir. Rapidement la question n’était plus de savoir si j’allais partir, mais quand.» Dans le salon, au-dessus de la cheminée, une assiette peinte, à l’effigie de Guisan. Une passion de famille, le général: «Quand Guisan est décédé en 1960, mon père, qui était alors sommelier à Arosa, a fait le voyage pour l’enterrement. Et à l’époque, un billet de train Arosa-Lausanne, ce n’était pas rien.» Quant à son grand-père, qui tenait un bistrot à La Vue-des-Alpes, Yvan Perrin raconte que vingt ans après une visite de Guisan au Val-de-Ruz, «il en parlait encore, ainsi que de son fameux cheval, Nobs».

Lui, il range simplement le général au rang des influences décisives qui ont déterminé son engagement et son parcours politique. Il veut y voir «le symbole d’un certain courage, d’une attitude exemplaire, d’une volonté de résistance qu’on ne trouvait pas chez tout le monde et manifestée dès août 40, pas fin 44...» Si on lui parle plutôt de Blocher comme déclencheur de sa vocation, Yvan Perrin esquive: «C’est Ueli Maurer en réalité qui a été la cheville ouvrière de la création de sections UDC en Suisse romande.»

«Les valeurs du christianisme méritent d’être défendues»

Ne reste plus qu’à évoquer un autre cheval de bataille, qui semble avoir remplacé l’épouvantail européen dans l’imaginaire UDC: la menace islamique. Yvan Perrin commence par dire que «le christianisme n’est pas supérieur à l’islam», mais «véhicule d’autres valeurs, d’autres convictions qui méritent d’être défendues». Il ne croit pas beaucoup aux «accommodements raisonnables», qu’il considère plutôt comme des «capitulations». Surtout si ce sont des demandes particulières qui concernent l’école, et même si elles émanent de «fondamentalistes de chez nous». Parce que «l’école est le creuset de l’intégration».

Enfin, quand on passe devant chez lui à La Côte-aux-Fées, il existe un moyen infaillible de deviner le degré d’activité politique d’Yvan Perrin: il suffit de regarder l’état des rosiers au bord de la route. «S’ils se portent bien, c’est que j’ai eu le temps de m’en occuper et qu’on n’est en tout cas pas en année électorale.»

 

Publié dans l'édition MM 19
7 mai 2012

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