1 octobre 2017

Dédramatiser la puberté

Pas toujours facile d’expliquer à sa pré-ado les changements qui s’opèrent dans son corps. Afin que l’arrivée des règles soit vécue le mieux possible, l’association Corps Emoi propose en Suisse romande des ateliers baptisés Cycloshow.

Un atelier cycloshow pour mieux vivre l'arrivée des règles.
Une quinzaine de fillettes et d’adolescentes âgées de 9 à 13 ans ont participé à un atelier sur le thème des menstruations au Centre de santé La Corbière à Estavayer-le-Lac (FR).

«Le cycle menstruel, c’est comme celui des saisons. Un éternel recommencement.» Une quinzaine de fillettes et d’adolescentes, âgées de 9 à 13 ans, sont réunies en ce samedi de septembre au Centre de santé La Corbière à Estavayer-le-Lac (FR). En compagnie de leurs mamans, elles s’apprêtent à découvrir tous les secrets de la puberté lors d’un atelier Cycloshow, animé par la Fribourgeoise Marie-Isabelle Hartmann.

Cyclo-quoi? «La doctoresse allemande Elisabeth Raith-Paula, créatrice de ce concept qui a essaimé dans plusieurs pays d’Europe, part du principe que le corps de la femme est chaque mois le théâtre d’un spectacle – d’un show donc – fascinant», relève la formatrice mandatée par l’association Corps Emoi, qui propose ces ateliers en Suisse romande. D’où l’idée d’expliquer aux toutes jeunes filles le cycle menstruel et la conception d’un enfant de manière ludique, interactive et surtout imagée.

Qui dit spectacle, dit décor, bien entendu. Au milieu du cercle formé par les mamans, installées sur des chaises, et par leurs pré-ados, assises sur des coussins à leurs pieds, un immense appareil reproducteur féminin, essentiellement composé de tissu, est représenté. Reste à savoir comment se nomment les différentes parties. Les petites se voient donc distribuer des cartes portant, outre les «vrais» mots, de bien jolies expressions. Ainsi, les ovaires sont rebaptisés coffrets à trésor (dans lesquels se cachent les perles de vie, c’est-à-dire les ovules), le vagin devient la voie sacrée de la vie et la trompe utérine le lieu du grand rendez-vous.

En effet, avant de raconter aux jeunes filles ce qui se passe chaque mois dans leur corps, il s’agit de leur montrer le déroulement de la rencontre entre l’ovule et le spermatozoïde. Et si la poésie et l’humour s’invitent souvent dans les explications de Marie-Isabelle Hartmann, elle n’hésite pas à utiliser des termes plus précis: ici, on parle en toute candeur de pénis et d’éjaculation.

Cette simplicité est importante, certaines mamans étant mal à l’aise au moment d’évoquer ces thématiques avec leurs filles.

Le cycle expliqué simplement

Du côté de ces dernières, point de gêne apparente. Et lorsque la formatrice leur lance: «Vous demanderez à vos papas combien de spermatozoïdes ils produisent à la seconde», ce sont surtout des rires décomplexés que l’on entend. Point d’embarras non plus lorsque les petites s’emparent chacune d’un spermatozoïde justement, représenté par un petit ballon et une ficelle. Accompagnées par des chansons choisies pour la pertinence de leurs paroles, elles se lancent alors dans le voyage qui mène de l’acte sexuel (Parlez-moi d’amour) au sprint final pour rejoindre l’ovule (We are the champions). Ne reste plus aux hormones, souvent comparées durant l’atelier à des copines, qu’à annoncer à la future maman, par quelques signaux dans son corps, qu’elle attend un bébé.

«Mais pourquoi, finalement, est-ce que je vous parle de bébé, interroge Marie-Isabelle Hartmann? Vous êtes encore bien loin de penser à en avoir…» Reprenant une métaphore utilisée plus tôt dans la matinée lors d’un jeu de rôle – les fillettes devaient imaginer qu’elles organisaient une fête, du traiteur à la déco, en l’honneur de la venue éventuelle de leur idole Louane, pour finalement s’entendre dire que cette dernière leur faisait faux bond, et rebelote le mois suivant, et ainsi de suite – l’animatrice explique à son auditoire que, dès l’adolescence et jusqu’à la ménopause, le corps se prépare chaque mois, inlassablement, et le plus souvent vainement, à accueillir une visite prodigieuse, celle d’un enfant

Après la pause de midi, la puberté est au cœur de la discussion. L’occasion d’évoquer les seins qui poussent et les hanches qui s’élargissent, les ovules qui disparaissent au bout de quelques heures s’ils ne sont pas fécondés et des hormones qui modifient parfois l’humeur en cours de cycle. Toujours avec l’aide du modèle géant de l’appareil reproducteur féminin, Marie-Isabelle Hartmann en arrive finalement à l’un des thèmes-clés de l’atelier: les règles.

Tout comme vous avez dû tout remettre en ordre après la visite manquée de Louane, le corps range ce qu’il avait préparé pour accueillir un éventuel bébé.

Les règles, ça fait mal?

Pour aborder en toute liberté ce sujet crucial avec les jeunes participantes, la formatrice prie alors les mamans de se rendre dans la salle d’à côté. Celles-ci pourront, en attendant, rédiger une dédicace à l’attention de leurs filles dans le livre de la doctoresse Elisabeth Raith-Paula qui reprend les thèmes de l’atelier. Quant aux pré-adolescentes, elles disposent à présent d’une trentaine de minutes pour poser toutes les questions qui les taraudent (ainsi que celles prévues par Marie-Isabelle Hartmann) sur les menstruations. «Est-ce que d’avoir les règles, ça fait mal?» «Quelle quantité de sang on perd?» «Comment on fait si ça nous arrive quand on est à l’école?»

Répondant de manière simple, concise et précise, l’animatrice les rassure. Et détaille au passage les différentes formes de protections sanitaires. «Le but, c’est de dédramatiser les règles, de montrer aux filles que ce n’est ni sale ni une catastrophe. Bien au contraire!» D’ailleurs, quand on demande à l’une des petites de résumer les informations qu’elle a reçues aujourd’hui, sa réponse est éloquente:

Ce n’est pas grave d’avoir ses règles, on devrait même être contentes, ça veut dire qu’on peut avoir des enfants. Enfin, pas tout de suite!

Du côté des mamans, on est aussi enchantées par l’atelier, qui touche à sa fin. Venues là, la plupart du temps, pour recevoir une base commune sur laquelle discuter ensuite à la maison, elles en ont eu pour leur compte. «Tout est extrêmement bien expliqué! Nous avons aussi appris plein de choses. C’est aussi un magnifique moment de partage entre mère et fille!»

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Mélanie Riggenbach

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