26 décembre 2018

«Il faut se fixer un objectif à la fois et avancer à petits pas»

Le psychologue et coach Daniel Alhadeff dispense ses conseils pour tenir ses résolutions de Nouvel An. Alors que certains jettent vite l’éponge, le Genevois appelle à davantage de persévérance et à une approche méthodique.

Daniel Alhadeff
Arrêter de fumer, perdre du poids, réaliser un rêve… À Nouvel An, la tradition veut qu’on se fixe des objectifs ou plutôt, des bonnes résolutions. Seul hic, certains mettent la barre un peu trop haut ou ne s’attaquent pas au bon problème. Résultat: les engagements que l’on prend pour le 1er janvier deviennent, parfois, des promesses en l’air. (Photos: Fred Merz)
Temps de lecture 7 minutes

Daniel Alhadeff, les résolutions de Nouvel An, n’est-ce pas un peu des promesses en l’air?

Cela dépend entièrement de chacun. Dans l’ensemble, il est toujours recommandable et profitable de prendre des résolutions, que ce soit à la fin de l’année ou à n’importe quel autre moment. Le problème, c’est que les gens ne se donnent souvent pas les moyens d’aller jusqu’au bout. Au début, ils s’y tiennent, ensuite ça s’effiloche et puis ils se découragent et laissent tomber. C’est dommage.

  Pour quelles raisons jettent-ils l’éponge?

Elles sont multiples. Par exemple, on met parfois la barre trop haut ou carrément au mauvais endroit, en prenant en plus diverses résolutions en même temps. Or, il faudrait plutôt se fixer un objectif à la fois et y aller à petits pas. Ensuite, si l’on arrive à s’y tenir, rien ne nous empêche d’y ajouter une nouvelle étape ou de s’employer à prendre une autre résolution.

Pourquoi le Nouvel An est-il propice aux résolutions?

Tout d’abord parce que c’est une coutume et que le 31 décembre, on a tout naturellement tendance à faire le bilan de l’année écoulée. On réfléchit alors à ce qu’on aurait envie de changer pour celle à venir. Et puisqu’une nouvelle année commence, c’est l’occasion de repartir à zéro.

Il est fondamental de faire les choses qui nous effraient

Daniel Alhadeff

Quelles sont les principales résolutions que les gens prennent?

Les plus courantes sont je dirais, arrêter de fumer, faire une activité physique, perdre du poids ou encore arrêter de se fâcher pour rien. Bien sûr, il peut y en avoir beaucoup d’autres, plus ambitieuses parfois les unes que les autres. Ça dépend donc de chacun.

Mais tout cela, est-ce vraiment de «bonnes résolutions» ou des réponses à une forme de pression sociale?

Il peut arriver, en effet, qu’une pression vienne de l’extérieur et influence nos envies de changement. Il peut s’agir par exemple d’un conjoint qui fait des remarques sur le poids de l’autre. Dans ce genre de cas de figure, il devient difficile de tenir ses engagements puisqu’ils ne sont pas le fruit d’une réflexion personnelle.

Faudrait-il donc d’abord faire son propre examen de conscience?

Oui, il faudrait en d’autres mots, faire un bilan en examinant ce qu’on a réalisé et réussi et pas seulement ce qu’on n’a pas fait. D’ailleurs, des bilans, il est recommandé d’en réaliser tous les jours. Par exemple, il existe des exercices simples à entreprendre seul ou en famille comme déterminer le soir devant le miroir, trois éléments positifs de la journée. Et avec les enfants, ce genre d’approche peut même devenir un jeu. En fait, pour avancer, on marche mieux à la carotte qu’au bâton. Et sur le plan émotionnel, cette démarche est très bénéfique puisqu’elle permet de conscientiser ce qui s’est déroulé dans la journée.

Même quand il s’agit d’événements négatifs?

Oui, revenir sur les aspects qui se sont mal déroulés permet de passer une meilleure nuit ou soirée, en mettant à l’écart tout de suite les éventuelles tensions et en identifiant le malaise. Cette démarche rejoint la tendance très en vogue et très bénéfique des exercices de pleine conscience ou de méditation. Je recommande d’ailleurs souvent cela à mes patients.

Au fond, prendre des résolutions, n’est-ce pas une façon de donner un sens à son existence?

Oui, la question du sens est au centre de cette démarche. Par exemple, lors des thérapies de couple, je rencontre des personnes qui ont réalisé leurs principaux objectifs. Ils ont alors le sentiment que plus rien ne se passe dans leur vie. Or, ils ont besoin de retrouver un but, un projet pour avancer dans une direction commune.

Pour donner du sens, quel est le secret de ces personnes qui tiennent leurs résolutions?

Une partie de la réponse se trouve dans la méthode. Procéder par étapes et priorités. C’est comme lorsque l’on construit une maison, si l’on veut qu’elle tienne, il est préférable de commencer par creuser les fondations, puis bâtir le premier étage et enfin le toit. Ainsi, ceux qui ont pris la résolution de faire du sport en 2019 doivent d’abord réfléchir à la manière d’implanter de façon solide ce projet dans leur vie de tous les jours. En d’autres termes, il faut se concentrer sur les implications de cette nouvelle résolution. Pour certains, elle va par exemple impliquer d’aménager plus de temps pour soi ou encore se fixer un moment dans la semaine qui va correspondre à l’activité choisie.

Il ne faut donc pas avoir peur de prendre son agenda et d’être concret?

Oui, je pense que ça augmente réellement les chances de réussite. On a tous de la volonté mais il faut pouvoir l’appuyer sur quelque chose de concret. N’oublions pas non plus que réaliser ses objectifs demande de la discipline, du temps, de la patience. Et comme toute chose, au début c’est difficile de se plier à un nouveau rythme. On peut prendre l’exemple de la course à pied, qui est dure quand on commence mais au fil du temps, on finit par trouver son rythme, au point parfois d’y devenir accro. Et quand nous effectuons de tels efforts, il faut apprendre à se féliciter, à être bienveillant avec soi-même. C’est essentiel, surtout quand on se lance dans de nouveaux projets.

Quel autre conseil auriez-vous pour se motiver quotidiennement?

On peut par exemple écrire la liste de toutes les étapes qu’il nous faut réaliser pour atteindre un objectif. À chaque fois qu’on en franchi une, on peut la barrer, ce qui est toujours un grand plaisir. Écrire permet aussi de se rendre compte concrètement des défis qui nous attendent. Et pour les relever, soulignons l’importance de la confiance en soi, qui, quand elle manque, peut devenir un sérieux obstacle aux projets que l’on souhaite construire.

C’est-à-dire…

Les gens viennent régulièrement me consulter pour des problèmes de confiance en soi. En fait, c’est souvent par là qu’il faut commencer pour s’attaquer à un objectif quel qu’il soit. Le manque de confiance en soi est souvent lié à des peurs telle que celle d’échouer ou celle d’être jugé dans nos actions. Ainsi, le meilleur moyen de ne pas être mis en échec ou de subir un quelconque jugement est de ne rien faire. Cela peut expliquer la raison pour laquelle on ne va pas jusqu’au bout d’une résolution.

Comment procéder alors pour s’affranchir de ses peurs?

Il est fondamental de faire les choses qui nous effraient. Les gens pensent parfois que la confiance tombe du ciel, mais c’est faux. C’est parce que vous allez entrer dans un magasin pour demander des renseignements alors que vous êtes timide ou que vous détestez ça, que vous allez dépasser vos peurs. Dès qu’on se dit «je l’ai fait», on gagne dix points de confiance.

Derrière nos difficultés à avancer, ou à aller jusqu’au bout d’une résolution, se cachent des enjeux parfois plus complexes qu’on ne le pense

Daniel Alhadeff

La peur de la réussite peut-elle aussi constituer un obstacle?

Oui, certaines personnes n’osent pas réaliser un rêve, un objectif, par peur de la réussite. La raison? Elles se sentiraient par exemple déloyales vis-à-vis de quelqu’un. Dès lors, elles ont peur d’être rejetées, jugées… Au fond, tout cela fait écho à une autre crainte, souvent très ancrée en chacun, celle du changement.

Mais parfois n’est-ce pas davantage de la fainéantise que de la peur?

C’est sûr que sortir de sa zone de confort demande des efforts. Mais je crois que plus que la fainéantise, nos inactions cachent d’autres enjeux tels que ceux cités plus haut. Cela peut être également une question de timing, ce n’est parfois tout simplement pas le bon moment. Il ne faut pas oublier que s’attaquer à quelque chose, c’est dans certains cas, bouleverser sa vie. Donc là on n’est plus dans «sortir de sa zone de confort» mais l’abandonner à tout jamais. On peut donc aisément comprendre que les gens hésitent...

Au fond, n’existe-t-il pas des moments plus propices dans la vie pour réaliser ses objectifs que le 1er janvier de chaque année?

Parfois on vit de grands chocs comme des accidents, des maladies, des deuils qui entrainent des changements, des déclics. Mais ce n’est pas toujours le cas. Même si ces événements marquants peuvent provoquer des mécanismes psychologiques plus puissants qu’une date arbitraire sur le calendrier, on ne met pas nécessairement en place des changements réels dans la foulée. Par ailleurs, changer veut parfois dire faire des choses pour lesquelles on n’est pas prêt. Par exemple, je viens de rencontrer une mère de famille qui a de la peine à ranger son appartement, un fait qui pourrait cacher un problème plus profond. Peut-être que ranger signifie pour elle faire le deuil de son mariage, un aspect qu’elle ne peut sans doute pas encore affronter. Cet exemple montre très bien que derrière nos difficultés à avancer, ou à aller jusqu’au bout d’une résolution, se cachent des enjeux parfois plus complexes qu’on ne le pense.

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