6 mai 2018

Au chevet des furets et des animaux sauvages

À Chavornay (VD), Erminea – anciennement Association des furets de Suisse – se dote d’un centre de soins des animaux sauvages.

Erminea
Tout mignon qu’il est, le furet a un train de vie particulier qui exige beaucoup de soins et de place. (Photo: Christophe Chammartin)
Temps de lecture 6 minutes

Un bâtiment aux murs bleus et verts avec, à l’entrée, une grande sculpture de furet: c’est là que niche désormais Erminea. De Penthalaz, l’équipe a déménagé en début d’année à Chavornay, à Grand-Pâquier 5 (attention, pas Le Grand-Pâquier, qui vous fera errer au milieu de bâtiments agricoles…), dans un espace nettement plus grand, destiné à accueillir non seulement les furets, mais aussi tout animal sauvage blessé ou malade. «C’est un rêve d’enfance qui se réalise, s’enthousiasme Laélia Maumary, fondatrice et présidente d’Erminea. J’ai toujours baigné dans le monde animalier, avec une maman qui récupérait tous les petits oiseaux qu’elle trouvait, et mon grand frère Lionel, devenu ornithologue.»

Le furet a un caractère bien trempé et infatigable ne convient pas à tout le monde.(Photo: Christophe Chammartin)

Des soins destinés à tous

Elle-même gardienne d’animaux, la jeune femme s’est spécialisée dans l’accueil et le soin des furets dès 2002. «J’ai acquis mon premier furet chez un particulier. Comme je travaillais dans le domaine animalier, j’ai commencé à recueillir tous ceux qui y étaient abandonnés. Puis j’ai créé un forum et une association.» En parallèle, elle prend déjà en charge la faune blessée que personne ne sait vraiment comment soigner. Et c’est là que naît l’idée de combiner les deux domaines en offrant une palette de soins destinée aussi bien aux furets qu’à tous les animaux de nos bois.

Après avoir obtenu l’approbation du service vétérinaire cantonal et de la Direction générale de l’environnement (DGE), Laélia Maumary cherche longuement de nouveaux locaux avant de découvrir cette ancienne chaufferie, voisine du Centre de protection et récupération des tortues. «Le bâtiment était entièrement vide et nous avons dû construire l’intégralité de l’infrastructure.

Encore en travaux, l’espace comporte déjà deux espaces de 4 m2 au sol destinés uniquement aux furets, avec un bac à terre pour gratter, des tuyaux pour grimper, des coins pour dormir et se cacher ainsi qu’un toboggan. «Ils sortent tous les jours de leur enclos, pour se défouler dans la pièce qui leur est dédiée et ont aussi accès à notre cuisine.»

Cette chouette blessée à l’une de ses ailes est entre de bonnes mains. (Photo: Christophe Chammartin)

Assis dans la petite cafétéria, justement, on perçoit soudain un mouvement sur notre droite. Un museau rose pointe derrière le canapé et une paire d’yeux brillants nous observe avec curiosité: c’est Poupette, une petite furette sociable que sa maîtresse a dû donner après avoir développé une allergie à ses poils. Le centre accueille actuellement sept autres furets, provenant d’un élevage qui a fermé. Tous sont proposés à l’adoption. «En 2009-2010, on accueillait une centaine de furets par an, souligne Joan-Clara Eberlein, responsable du refuge. Grâce à la mise en place de cours obligatoires pour les futurs propriétaires, leur nombre a baissé drastiquement, mais nous en recevons encore une vingtaine par an.»

Le furet, aussi irrésistible qu’infatigable

Si le furet a une bouille à vous faire craquer, il exige cependant un entretien attentif et son caractère bien trempé et infatigable ne convient pas à tout le monde. «Il n’est pas très propre et a tendance à faire ses besoins un peu partout. Il s’agit donc d’utiliser du matériel facile à nettoyer, note Laélia Maumary. Il a besoin d’espace et il est donc recommandé de lui consacrer une pièce comme lieu de vie.»

Il a besoin d’espace et il est donc recommandé de lui consacrer une pièce comme lieu de vie

Laélia Maumary

À chacun son box

Passons à l’espace destiné à la faune: au fond du bâtiment, un box de mise en quarantaine de 6 m2 est destiné aux chevreuils, renards, blaireaux et autres mammifères de grande taille. Un peu sombre et en retrait du passage, il permettra à ces derniers de se sentir en sécurité, le temps de leur guérison. Par ailleurs, 3 grands box de 4 m2 sont réservés aux mammifères et oiseaux en soins et trois box de 2,5 m2 peuvent accueillir les animaux de petite taille. Un pensionnaire y dort déjà depuis quelques jours: un hérisson atteint de la teigne, qui perd ses piquants et a besoin d’un traitement approfondi avant de pouvoir repartir à l’assaut des champs. Au milieu du couloir, quelques marches mènent à un espace en construction: la future salle d’opération. «Mon but est de trouver des fonds pour aménager la salle de soins pour des vétérinaires terminant leurs études ou ceux qui souhaitent pratiquer des interventions ici, explique Laélia Maumary. Mais le plus dur, c’est de trouver l’argent nécessaire pour soigner les animaux de la faune.»

À gauche: un des furets est tenu par Joan-Clara Eberlein, responsable du refuge. À droite: Laélia Maumary, sa fondatrice, avec un hérisson souffrant de la teigne. (Photo: Christophe Chammartin)

Un travail de longue haleine

Les soins prodigués à ces derniers exigent temps et persévérance: «Les bébés mammifères doivent être biberonnés toutes les deux heures et les oiseaux tombés du nid toutes les heures durant la journée, souligne la présidente d’Erminea. Pour les animaux soignés directement dans la nature, les médicaments sont ajoutés à la nourriture. Savoir combien il y a d’individus et qui mange quoi demande un travail minutieux. Il se fait sur plusieurs mois, en installant des caméras nocturnes et en observant l’évolution des animaux, par exemple dans le cas de la gale du renard.»

Pour illustrer ces dires, les deux jeunes femmes nous escortent à nouveau à la cafétéria, où est posée une grande caisse grise. À l’intérieur, une superbe chouette hulotte, trouvée au bord de la route et qui leur a été amenée il y a peu. «Elle a dû être shootée par une voiture. Une de ses ailes et son bassin sont un peu voilés, mais elle n’a rien de cassé, heureusement! Si sa colonne vertébrale était touchée, nous n’aurions rien pu faire pour elle. Elle a toutefois un problème neurologique: quand on nous l’a amenée, elle souffrait d’un spasme permanent de la tête.»

L’oiseau ne mange pas encore seul et les deux expertes de la faune le nourrissent aux brucelles, d’une petite quantité de viande quatre à cinq fois par jour et lui administrent les médicaments nécessaires. Avant de la remettre dans sa caisse, Joan-Clara Eberlein lui glisse encore une proie morte, afin de l’inciter à retrouver ses réflexes de chasseuse. «Ce serait une bonne chose qu’elle recommence à manger seule, remarque- t-elle. Il faut savoir que ce centre est un lieu de passage. Les animaux y font un séjour temporaire, et nous les remettons en liberté aussitôt qu’ils sont rétablis.»

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