30 mars 2017

Déprime d’assurance-maladie

Pendant une vingtaine d’années j’ai eu à traiter comme journaliste les augmentations des primes d’assurance-maladie.

Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.
Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Je vous explique comment ça se passe: en juin, ils annoncent qu’ils vont augmenter de 10%. Comme ça, en octobre, quand ils disent que finalement il n’y a que 5 ou 7%, on se dit «bon c’est pas si pire» et on avale la pilule (non remboursée) en râlant. Le peuple a refusé deux fois la caisse unique en votation,donc ils auraient tort de se gêner, ça marche leur petit jeu.

Mais là, il y a un truc qui commence à me faire mal et que je ne vais pas pouvoir soigner avec des médicaments.

Ce sont les histoires de franchises. Lors de la dernière session parlementaire, quand tout le monde s’écharpait sur l’AVS, ils ont décidé discrétos de revoir à la hausse la franchise de base qui est à 300 francs. L’argument, c’est qu’il faut responsabiliser les gens, qui vont trop chez le médecin et bla bla bla. Et cela fait trois fois que j’entends un député prononcer une phrase comme «ça évitera que les gens se précipitent chez le médecin au moindre rhume».

Eh les mecs, vous croyez vraiment qu’on rêve de passer notre vie chez le toubib? Ou pire, aux urgences?

Avec les heures d’attente à feuilleter des magazines d’architecture d’il y a cinq ans? Avec le 10% qu’on doit payer? Avec la queue à la pharmacie? Avec la paperasse à envoyer à l’assurance après? Je vais prendre un exemple concret, ne lésinons pas sur l’ego-trip: moi-même. Comme vous le savez, après 60 ans, si on se lève le matin et qu’on n’a mal nulle part, c’est qu’on est mort. En ce qui me concerne, c’était valable dès 50. En plus, je souffre d’hypertension très, trop élevée.

L’autre jour, j’ai vu dans la série Madame Secretary un personnage qui se faisait engueuler parce qu’il avait 149 de pression artérielle. Moi sans médicaments je suis à plus de 160. J’en peux rien c’est comme ça. En toute franchise (haha), je ne bois pas d’alcool, je ne fume pas, je ne mange pas de viande, je cours des marathons. Je ne me drogue même pas. Je devrais sans doute. Non, en juin 1965, il a dû y avoir un problème au montage ou à la loterie génétique.

Alors vous pouvez me coller une franchise à 400, 500 ou 1000, je ne vais pas arrêter de prendre mes comprimés.

Sinon vous aurez un AVC ou une opération cardiaque sur les bras et ça vous coûtera bien plus. En fait, pour toutes les personnes dans ce genre de situation, c’est juste une augmentation de plus, puisque de toute façon, on n’a pas le choix, on ne passera jamais une année en dessous de notre franchise. On est déjà contents de passer l’année tout court… je plaisante.

Je ne veux pas gémir, je peux et je vais payer. Je veux juste qu’on arrête de me parler comme à une profiteuse ou à une espèce de gogol qui ne sait pas faire la différence entre un rhume et un truc plus grave. Bon je vous laisse, ma tension est remontée à 160. L’assurance me rend malade je vous dis.

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