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21 mars 2019

Des classiques d’animation revisités

Fin mars, une nouvelle version de «Dumbo» sortira au cinéma. Pour cette adaptation du classique de Disney, le réalisateur a fait appel à Colin Farrell, Eva Green et Danny DeVito. C’est l’un des nombreux dessins animés de légende que la firme revisite au fur et à mesure.

Dans le nouveau «Dumbo» de Tim Burton, le petit éléphant et les actrices ne semblent faire qu'un. (Toutes les photos: Disney Enterprises, Inc.)
Dans le nouveau «Dumbo» de Tim Burton, le petit éléphant (virtuel) et les actrices (réelles) se retrouvent ensemble à l'écran. (Toutes les photos: Disney Enterprises, Inc.)

Ces six prochains mois, Disney présentera au cinéma pas moins de trois adaptations de ses classiques d’animation. Le «Dumbo» de Tim Burton ouvrira la marche le 27 mars, suivi du «Aladdin» de Guy Ritchie le 22 mai, puis du «Roi Lion» de Jon Favreau le 17 juillet. Tous trois mettent en scène des acteurs stars et sont réalisés par des cinéastes de renom. Tous trois vont également remplir les tiroirs-caisses – à l’instar des adaptations d’«Alice au pays des merveilles» (2010, 1,02 milliard de dollars dans le monde), du «Livre de la jungle» (2016, 966 millions de dollars) et de «La Belle et la Bête» (2017, 1,2 milliard).

«La Belle et la Bête»: à gauche en film d'animation (1991), à droite avec de vrais acteurs (2017).


Les suites et adaptations de films à succès font partie intégrante d’Hollywood, au même titre que les lettres géantes sur les collines surplombant Los Angeles. Car les enjeux financiers sont immenses. En effet, ces nouvelles productions ne manquent jamais d’attirer tous ceux qui, dans leurs jeunes années, appréciaient le dessin animé original. Dans le cas des classiques d’animation, les enfants d’autrefois emmènent également leurs propres rejetons. Dans l’espoir que la magie opère à nouveau et que les petits d’aujourd’hui partagent ces moments enchanteurs.

Dépoussiérer le contenu

«Les réalisateurs souhaitent en outre exploiter les nouvelles possibilités techniques», explique Petra Schrackmann, 40 ans, docteure en cultures populaires à l’université de Zurich. Cela permet d’atteindre aussi les adultes qui, par principe, ne regardaient jamais de dessins animés, les pensant réservés aux enfants. «Et puis, certains des vieux films d’animation paraissant dépassés, tant sur le plan sociopolitique qu’au niveau du contenu, on préfère ne pas les montrer aux jeunes générations et en proposer de nouvelles versions.»

Cette stratégie fonctionne tellement bien, semble-t-il, que Disney l’applique non pas à quelques-uns, mais quasiment à tous ses classiques. Parmi les projets de films en prises de vues réelles, citons entre autres «La Belle et le Clochard» (à voir dès cette année sur le nouveau service de streaming de la firme), «Mulan» (prévu pour le printemps 2020), La Petite Sirène, «Blanche-Neige», «Peter Pan», «Pinocchio» ou «Le Bossu de Notre-Dame».

Si les remakes ont jusqu’à maintenant respecté la trame de la première version, un certain nombre de détails ont été modifiés. Le personnage de Belle par exemple, la jeune fille de «La Belle et la Bête», repose sur une vision des femmes nettement plus moderne et constitue une héroïne beaucoup plus téméraire que dans l’original. Quant à LeFou, faire-valoir du vilain Gaston, il est assez explicitement gay; dans la scène de bal finale, on le voit même danser avec un homme, bien que cela ne dure que quelques secondes.

Lefou est le fidèle compagnon du méchant Gaston dans «La Belle et la Bête».

«S’adapter aux sensibilités actuelles en matière de questions sociétales est une caractéristique majeure des remakes, analyse Petra Schrackmann. Ils reflètent toujours les réalités historiques, sociales, politiques et esthétiques de leur temps.» Or, Disney a toujours eu du flair, sachant reconnaître ce qui était faisable ou non. «On ne veut avoir l’air ni rétrograde ni trop progressiste.»

Des personnages plus fouillés

Dans les adaptations de ces dernières années, on remarque également que de nombreux personnages ont gagné en profondeur. «On dévoile même le passé de certains méchants afin que leurs motivations soient plus claires.» Dans le Livre de la jungle, le tigre Shere Khan, par exemple, a souffert à cause des hommes, d’où sa haine de Mowgli. Selon Petra Schrackmann, la participation de nombreux acteurs connus explique aussi le travail effectué sur les personnages: «Il faut bien donner de la matière à ces grands noms du cinéma.»

Quand on réalise un remake, le défi consiste à doser correctement le familier et la nouveauté. «Ceux qui connaissent la première version ont envie de retrouver ce qu’ils aimaient dans le film, affirme la spécialiste. Mais en même temps, il faut insuffler une certaine fraîcheur pour que ce ne soit pas ennuyeux ou dépassé. Et ça doit convaincre aussi tous ceux qui n’ont pas vu l’original.» Elle estime que jusque-là, Disney est parvenu au bon équilibre. Maléfique (2014), adaptation de La Belle au bois dormant (1959) centrée sur le personnage de la méchante reine qui jette un sort à Aurore, lui a particulièrement plu. «Au fond, c’est plus une habile réinterprétation qu’un remake, car c’est surtout la relation entre la princesse et la reine qui est au cœur de l’intrigue.»

Dans le remake de 2016, le tigre Shere Khan du «Livre de la Jungle» est bien plus menaçant qu'en 1967.

L’équilibre est toutefois plus difficile à tenir dans «Le Livre de la jungle». Les animaux se comportant de manière plus réaliste que dans le dessin animé, le film paraît plus sérieux et la situation de Mowgli souvent plus périlleuse. «En fait, il est trop sombre et trop brutal pour un film destiné aux enfants. Il reprend quelques-unes des chansons originales, mais le mélange ne va pas vraiment ensemble.»

Les remakes surfent aussi à la vague de nostalgie

Globalement, la magie de Disney opère toujours, estime Petra Schrackmann. «Ils doivent simplement veiller à ne pas en faire trop.» Elle juge en effet que la sortie de trois adaptations en six mois est un peu osée. «Le cas de Star Wars, dont Disney a acquis les droits, illustre parfaitement ce qui se passe quand on est dans l’excès.» De fait, «Solo: A Star Wars Story» est sorti au cinéma en mai 2018, tout juste cinq mois après «Star Wars, épisode VIII: Les Derniers Jedi»; il est considéré comme le premier flop de la saga, avec seulement 393 millions de dollars de recettes mondiales. En comparaison, «Les Derniers Jedi» ont rapporté 1,3 milliard.

Se souvenir de Mowgli et Baloo, c'est pour beaucoup de fans se remémorer une célèbre mélodie: «Il en faut peu pour être heureux...»

Petra Schrackmann voit une autre raison au succès de ces remakes: «Depuis quelques années, la tendance est à la nostalgie. Actuellement, on compte beaucoup de films et de séries des années 1970 et 1980 qui ressortent dans une nouvelle version, et plus encore qui se déroulent dans ces deux décennies.» Un phénomène qui s’explique en partie par le fait que parmi les réalisateurs et producteurs œuvrant aujourd’hui à Hollywood, beaucoup ont grandi à cette époque et souhaitent reproduire ce qui les a captivés dans leur enfance. «Mais les spectateurs aiment eux aussi ces remakes qui leur permettent de se replonger dans une période où, petits, ils allaient au cinéma en famille et y vivaient des moments intenses qui les ont profondément marqués.»

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