29 juin 2017

Des métiers périlleux

Qu’il s’agisse de leur profession ou d’une activité bénévole, certaines personnes côtoient régulièrement le danger. Pour mieux comprendre leurs motivations, «Migros Magazine» a donné la parole à un cordiste, un scaphandrier, une sauveteuse en montagne et un démineur de l’armée.

Un scaphandrier sous l'eau montrant ses outils
Xavier Coquoz travaille parfois dans le noir absolu des profondeurs subaquatiques.
Temps de lecture 8 minutes

Goût du danger? Recherche de sensations fortes? Héroïsme exacerbé? A l’heure où notre société semble privilégier la philosophie du risque minimal, certains professionnels n’hésitent pas à mettre en jeu leur intégrité physique dans l’exercice de leurs fonctions ou comme bénévole.

Qu’ils se balancent au bout d’une corde pour nettoyer une vitre, désamorcent un obus, courent en montagne pour sauver leur prochain ou plongent dans les profondeurs du Léman pour réparer un pont, ils évoluent souvent en milieu précaire, voire dangereux. Sans pour autant pouvoir être associés à des têtes brûlées. Prônant la prise de risque calculé, ils ne sont pas nécessairement accros à l’adrénaline.

Xavier Coquoz, 45 ans, scaphandrier: «Nous devons constamment être sur nos gardes»

Qu’il renfloue une épave, entretienne un barrage ou répare un pont, rien ne plaît davantage à Xavier Coquoz que de s’immerger dans l’eau. «Je m’y sens bien. Petit déjà, quand je partais à la mer, il suffisait que je me munisse de mes palmes, de mon masque et de mon tuba pour être heureux…» Pas surprenant donc que le Genevois exerce aujourd’hui le métier de scaphandrier!

C’est en travaillant sur des fouilles subaquatiques, durant mes études d’archéologie, que j’ai pris connaissance de cette profession:

en fait, les plongeurs professionnels font les mêmes tâches que les ouvriers sur un chantier, mais sous l’eau. J’ai donc trouvé des petits boulots de manœuvre, puis je me suis formé à l’Institut national de plongée professionnelle à Marseille.»

Aujourd’hui, Xavier Coquoz intervient surtout en Suisse. Soudant, vissant, fixant d’énormes éléments, jusqu’à 60 mètres de profondeur. S’accommodant souvent d’une visibilité réduite, voire œuvrant dans le noir absolu. Luttant parfois contre le courant des rivières. Mais qu’à cela ne tienne, les défis, il aime ça! «Avant de plonger, on doit anticiper chaque manipulation.

Une fois sous l’eau, tout devient plus difficile. Il y a une certaine satisfaction à accomplir une tâche dans ces conditions.

Pas peur d’éventuels accidents? «Non, même si j’ai connu quelques alertes. Lorsque par exemple mon casque a été coincé entre deux éléments de conduite. Mais ce genre d’incidents nous rappellent que nous devons constamment être sur nos gardes.» Il insiste également sur le soutien de ses coéquipers à terre. «Même si je suis seul sous l’eau, je sais que je peux compter sur eux.

Dans ce métier, on oscille entre solidarité et isolement.

D’ailleurs, c’est un des aspects qui me plaît: même en milieu urbain, il suffit de plonger pour se retrouver en pleine nature. C’est bien simple, lorsque je vois une étendue d’eau, je n’ai qu’une envie: y plonger pour aller voir ce qu’il y a dessous!»

Patrick, 39 ans, démineur: «Les risques sont davantage liés à l’environnement»

«Devenir démineur, ce n’était pas un rêve d’enfant. J’y suis venu un peu par hasard. Par curiosité.» En 2008, Patrick (prénom d'emprunt) travaille à la sécurité militaire à Genève, lorsqu’il entend parler du centre de compétences NBC-DEMUNEX de l’armée suisse, spécialisé dans le déminage et la destruction de munitions non explosées.

Intrigué, il postule, puis est engagé. «Après un an de formation, je suis parti en 2010 pour ma première mission au Soudan du Sud. Nous travaillions en collaboration avec la Fondation suisse de déminage et une ONG locale, pour assainir des zones de décharges de munitions.»

Une tâche que le militaire ne considère toutefois pas comme excessivement risquée. «On prend toutes les mesures nécessaires pour ne pas se mettre en danger. On ne touche jamais les objets que l’on ne connaît pas. En cas de doute, on cherche dans notre base de données ou on fait appel à des collègues plus expérimentés. Une fois que la pièce est identifiée, on décide alors de la transporter ou de la détruire sur place.» Bien sûr, reconnaît-il, il s’agit d’être très prudent.

C’est lorsqu’on commence à avoir peur que cela peut devenir dangereux, que l’on risque de commettre une erreur.

En réalité, les risques sont davantage liés à l’environnement qu’à une potentielle explosion: on évolue parfois dans un milieu non sécurisé et l’on peut être pris dans une fusillade.»

Au-delà des missions à l’étranger menées tantôt en civil sous mandat de l’ONU, tantôt sous l’égide de l’armée, le centre de compétences NBC-DEMUNEX agit également en Suisse. «On fait appel à nous pour éliminer les munitions non explosées. Nous intervenons principalement en montagne, sur d’anciennes places de tir. Mais il arrive que des particuliers nous contactent lorsqu’ils retrouvent de vieilles munitions dans leur cave.

Nous avons à traiter environ 2000 objets par an, mais seuls 10% représentent une menace pour la population.

Patrick n’a en revanche jamais travaillé sur un champ de mines. «Là encore, il existe des procédures très strictes qui minimisent les risques. Pas question de se promener au hasard sur un champ avec un détecteur de métal…» Quant aux objets explosifs improvisés, c’est la police qui s’en charge en Suisse.

Coraly Pernet, 32 ans, sauveteuse en montagne: «Je ne me sens pas l’âme d’une héroïne, j’apporte juste ma pierre à l’édifice.»

Voilà plus de dix ans que Coraly Pernet a rejoint le Secours alpin suisse (SAS), à la station des Diablerets, où elle a grandi. «Je suppose que le goût d’aider mon prochain me vient de ma maman, elle est infirmière. Je l’ai toujours vue donner spontanément un coup de main partout où elle pouvait. A la montagne, ces gestes de solidarité sont fréquents.»

A 16 ans déjà, l’Ormonanche approche le SAS pour proposer ses services. «On m’a dit que j’étais trop jeune! J’ai dû attendre finalement d’être majeure. J’aurais pu aussi devenir pompier, mais cela m’attirait moins. Une histoire d’environnement. Je pratique aussi l’alpinisme dans mes loisirs.»

Comme tous les sauveteurs du SAS, Coraly Pernet travaille comme bénévole. Elle exerce donc à côté le métier d’ostéopathe à Lausanne et à Vevey. «Du coup, je ne peux pas me libérer facilement pour les interventions, je ne suis pas toujours disponible dans la demi-heure. J’arrive donc en renfort. Récemment, nous sommes partis à la recherche d’un champignonneur qui avait été signalé disparu. Nous l’avons finalement retrouvé sans trop de peine, il s’était simplement égaré. Mais il faut constamment être prêts pour l’imprévu: dans ce cas précis, nous étions partis à 20 h et nous ne savions pas quand nous allions revenir. Et nous travaillons parfois dans des conditions météorologiques difficiles.»

La trentenaire n’a pourtant jamais eu l’impression de courir un risque particulier. «Nos principales activités consistent à rechercher des personnes disparues ou coincées en montagne. Nous évoluons donc parfois en terrain accidenté. Il nous arrive de traverser des torrents et de nous retrouver sur les lieux d’une avalanche.

Il s’agit donc de faire attention où l’on met les pieds. Mais on est équipé pour cela.

Je n’ai jamais été confrontée à la mort en intervention. Mais certains collègues ont déjà retrouvé des corps. Nous comptons heureusement un pasteur parmi nos membres: cela nous permet de débriefer après un coup dur.»

Elle apprécie d’ailleurs la diversité des profils de sa section. «Certains sont des alpinistes, d’autres des grands sportifs. Etant l’une des seules femmes actives, pas très grande de surcroît, j’ai dû faire ma place. Mais après une sortie sur 4000 mètres, je pense que j’ai réussi à prouver j’étais tout aussi capable que les gars d’évoluer dans cet environnement!»

Benoît Gay-Crosier, 42 ans, cordiste: «On ne peut pas se permettre de se mettre en danger»

«Vus de l’extérieur, les travaux que nous effectuons ont toujours l’air impressionnants!» Voilà près de vingt ans que Benoît Gay-Crosier exerce le métier de cordiste. Avec son entreprise Provertical, basée à Fully, il intervient en milieu industriel, urbain ou naturel, ici pour installer un paratonnerre, là pour nettoyer les vitres d’un imposant immeuble, ici encore pour sécuriser une falaise.

«On fait appel à nous pour atteindre des endroits inaccessibles en nacelle ou lorsque la durée des travaux à effectuer ne justifie pas la pose d’un échafaudage.»

Vertigineux? Certes! Mais pour le quadragénaire valaisan, qui officie en parallèle comme guide de montagne – comme de nombreux cordistes, d’ailleurs – rien de bien exceptionnel.

«La poussée d’adrénaline est bien plus forte en escalade, lorsqu’il s’agit par exemple d’atteindre une prise difficile d’accès. Le risque existe, même s’il est calculé. En revanche, dans l’exercice du métier de cordiste, on ne peut pas se permettre de se mettre en danger. Nous suivons des standards de sécurité très stricts, établis entre autres par l’organisme international Industrial Rope Access Trade Association (IRATA), (lien en anglais) par le biais duquel les cordistes suisses se forment depuis les années 2000.

Au final, nous courons moins de risques au bout de notre corde que sur un échafaudage ou une nacelle.

Jamais le sentiment de mettre sa vie en péril, donc? «Non. Bien sûr, nous devons rester extrêmement concentrés. Et ne pas nous laisser gagner par une fausse impression de sécurité, notamment lorsque nous travaillons à des hauteurs moins élevées. Quant au vertige, on en vient à l’apprivoiser, on s’habitue peu à peu au vide.»

Attiré par la montagne depuis l’enfance, il a tout naturellement embrassé la carrière de guide. «Il me manquait une activité pour l’entre-saison. J’ai donc commencé à donner des coups de main chez Provertical dès 1999. Et je m’y suis plu: j’ai retrouvé le plaisir du maniement des cordes. J’ai repris les rênes de l’entreprise en 2005 et la dirige aujourd’hui avec mon associé Stijn.

Aujourd’hui encore, mon travail me passionne! Il m’a mené sur des lieux improbables,

comme des usines souterraines, des gorges mystérieuses, des murs de barrages, des coffres de banques, des cuves de lait, ou encore des stations radar. Autant d’endroits où l’accès au public est habituellement interdit.»

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