24 août 2017

Au cœur d’un potager géant

Dans la région du Seeland, entre Anet (Ins) et Chiètres (Kerzers), deux sentiers permettent de vadrouiller au gré de ses envies à travers la plus grande surface maraîchère de Suisse.

Seeland
Trottinette, vélo, inline...Peu importe! Toute la famille y trouvera son compte.

Avez-vous déjà traversé un océan de légumes? Laissé votre regard errer sur des vagues de salades et de l’écume de fenouil? Non? Alors emboîtez-nous le pas dans le Seeland, où, entre Anet et Chiètres, les champs de pommes de terre succèdent aux plantations de poireaux, tournesols, courgettes et autres cultures de légumes et de céréales sur 7700 hectares.

Claudia Candrian Huber, la guide.

Près de soixante sortes de légumes

Créés il y a une quinzaine d’années par l’Association suisse des maraîchers et à présent soutenus par Migros Aar, l’Office du tourisme et différents autres partenaires, deux sentiers maraîchers respectivement de 25 et de 42 kilomètres serpentent à travers les cultures et des balades guidées y sont proposées depuis environ deux ans. «On peut parcourir les sentiers à vélo, à trottinette, en inline, à cheval ou alors à pied, mais c’est plus long!», explique Claudia Candrian Huber, guide indépendante à Morat et au Vully, qui dirige également avec son époux une agence de voyages pour personnes dialysées. Les chemins ne sont pas des routes touristiques, mais des sentiers destinés aux paysans. Donc interdits aux voitures, mais on peut en revanche y croiser des tracteurs…»

Au Seeland, environ soixante sortes de légumes et de céréales sont cultivées chaque année.

Incollable sur la région, notre guide souligne que le Seeland accueille environ 500 maraîchers et que 50 à 60 différentes sortes de légumes et céréales y sont cultivées chaque année. «Depuis cinq ou six ans, l’asperge a pris son essor. Plusieurs entreprises autour de Chiètres collaborent pour pouvoir la mettre sur le marché, comme la prison semi-ouverte de Bellechasse, entre autres, dont les résidents travaillent dans les champs et qui s’est spécialisée dans cette culture.» Chaque région privilégie ainsi certaines plantations plus spécifiques, selon son type de terrain: Sugiez et alentours, par exemple, cultive les oignons – de nombreuses fermes y possédaient d’ailleurs un «chapiteau» au premier étage, soit une terrasse utilisée pour sécher ces derniers. Du côté de Charmey, on trouve plutôt du blé et du maïs, tandis que dans le Vully croissent rhubarbe et vignes. Les baies et fruits sont pour leur part plutôt cultivés du côté de Champion, Salavaux, au bord du lac de Morat et dans les jardins…

En quête de nouvelles cultures

Afin de diversifier la production et devenir plus concurrentiels face aux importations, les maraîchers utilisent toujours davantage de serres, surtout au printemps. Et ont dû se lancer dans de nouvelles cultures. Les dernières tendances? Les mini-légumes, que ce soient des carottes, des poivrons ou des concombres. Juste après Montilier et ses superbes demeures de style bernois, on longe des champs de tournesols, de maïs et de courges pas encore mûres. Et soudain, à notre gauche, des salades parfaites se succèdent sur des supports métalliques surélevés à 1,50 m du sol. «Les maraîchers développent de nouvelles méthodes, nous explique Claudia Candrian Huber. Ces supports sont creux et pourvus d’une cavité tous les 30 cm, où poussent les salades. Cela permet à la fois d’utiliser très peu de terre, de protéger les cultures des limaces et escargots et d’économiser de l’eau en faisant simplement passer celle-ci dans les supports. On gagne aussi de la place puisqu’on peut cultiver d’autres variétés dessous et cela facilite le travail des maraîchers, qui n’ont ainsi plus besoin de se pencher.»

Le canal de la Thielle.

Une terre à préserver

Mais pourquoi vouloir utiliser moins de terre et gagner de la place dans ces si vastes espaces de culture? «Les trois lacs de Morat, Bienne et Neuchâtel forment une grande plaine inondable et donc très marécageuse, appelée comme il se doit «Le Grand Marais», raconte notre guide. Il y a deux siècles, le niveau des lacs était trois mètres et demi plus haut!» Afin d’assainir ces terres marécageuses, la plaine a été asséchée par le biais de deux corrections des cours d’eau, de 1868 à 1891 et de 1962 à 1973. Chacune a permis de faire baisser le niveau des lacs de un à deux mètres et demi, et l’Aar a été déviée vers le lac de Bienne par le canal de Hagneck. Un grand réseau de drainage a été mis en place, et la terre, tourbeuse et calcaire, donc propice au maraîchage, est devenue cultivable. «Mais même si cette terre est particulièrement riche, elle s’épuise aussi, remarque Claudia Candrian Huber. On produit en effet ici 20% de toutes les cultures suisses! Les différents intervenants réfléchissent donc à la manière de préserver les sols. Depuis quelques années, on a commencé à cultiver bio. On laisse aussi de nombreux champs en jachère pour favoriser la récupération des sols. Et on enlève les herbes indésirables à la main, sans produits chimiques. On ne parle d’ailleurs plus de mauvaises herbes, maintenant, mais d’herbes qui poussent naturellement avec les cultures.»

De la serre à l’étalage

Tout en discutant, nous arrivons devant un commerce de campagne dont les corbeilles et cageots de fruits et légumes offrent leurs couleurs vives aux regards. «C’est le magasin de légumes Gutknecht, qui vend ses propres produits mais aussi ceux d’autres maraîchers locaux, et livre Migros Neuchâtel-Fribourg. Un grand nombre d’exploitations livrent leur marchandise à Migros Aar, sous le label «De la région.», explique notre guide. Au fond du magasin, les parois vitrées offrent un aperçu des serres voisines. La vue est spectaculaire: les tomates, plantées au pied de fils tendus en hauteur, s’enroulent autour telles d’épaisses lianes, dévoilant des grappes de fruits rouges et charnus. Juste à côté, des aubergines grimpent jusqu’au toit en un joli contraste de vert tendre et de violet profond.

Nous repartons sur la gauche, en admirant les rangées régulières et colorées de salades et de choux: «Les agriculteurs travaillent aussi sur l’aspect esthétique de leurs cultures, remarque Claudia Candrian Huber. Et regardez, là-bas: les coquelicots ne poussent que dans les endroits sans engrais! La culture bio a d’ailleurs fait réapparaître les alouettes, autrefois presque disparues.» Si le lieu est propice aux cultures, il représente en effet aussi un paradis pour la faune.

«Il y a beaucoup de zones protégées et de biotopes. Des nichoirs ont aussi été fixés sur certains pylônes électriques pour les faucons.» Autour de nous, les oiseaux gazouillent à tue-tête, tandis que milans rouges, mouettes et goélands picorent tranquillement dans le champ voisin.

Joana Maria Marques Moreira de Oliveira propose fièrement une pastèque qui a poussé dans la région.

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